‹ Œuvres, revues, corrigées et mises en ordre (volume 2)Chapitre 129 sur 259 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

GRACCHUS

Conservez votre vie.

OPIMIUS

Fuyez ces lieux.

GORN^LIE.

Moi fuir! Connais-tu Comélie?

Mère, auprès de mon fils je brave le danger:

Aux cotés de Caïus nous venons nous ranger; A ses cotés, c'est là le poste de sa mère.

Si j'avais dans le temple accompagné son frère, Taurais péri cent fois par vos coups inhumains , Avant que mon enfant fut tombé sous vos mains.

OPIMIUS

Texcuse vos transports, je plains votre tendresse; Mais des esprits ardens qui fermentent sans cesse Remplissent nos remparts de troubles éternels, Et Caïus est le chef de tous ces criminels.

LICINIA.

Mon époux!

CORNÉLIE

Qu'a-t-il fait?

OPIMIUS

Sans cesse il nous outrage; Il nourrit contre nous des sentimens de rage; De son cœur ulcéré rien ne peut les bannii^

CORinÉLIE.

Et qu'a-t-il mérité?

OPIMIUS

La mort doit le punir.

GRAGGHUS, CORNÉLIE, LICINIA, FULVIUS, LE PEUPLE.

La mort! ,

CORNELIE.

Non , non , cruel ! c'est à moi qu'elle est due; L'orgueil des Scipions dont je suis descendue, Le nom, les dignités, le rang de mes aïeux, Tous ces fantômes vains ne sont rien à ipes yeux: Mes fils! voilà mes biens, mes trésors, ma parure; J'ai gravé dans leur cœur les lois de la nature, Le respect pour le peuple, et l'amour de ses droits. Au sein de leur berceau je leur ai dit cent fois Qu'il faut de l'indigent soulager les misères. Que des patriciens les plébéiens sont frères; Que l'homme en tout pays naît pour la liberté, Et qu'il n'est de grandeur que dans l'égalité. Tous deux ont cru leur mère, et leur mère est contente: Ils ont par leur vertu surpassé mon attente.

Je vous rends grâce, ô dieux : j'ai porté dans mon sein Deux mortels vraiment grands, l'honneur du nom romain. Leur gloire impérissable à la mienne est unie; , L'Univers avec eux citera Cornélie.

Si le sénat punit la ^oire et les vertus , C'est trop peu d'immoler le dernier des Gracchus : Ne vous"^ arrêtez point au milieu de vos crimes;

Consul , patriciens , voilà d'autres victimes , Venez; près de Caïus vous voyez tous les siens. Où sont vos meurtriers ? ses forfaits sont les miens. Par sa mère du moitts commencez le carnage;

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