INTRODUCTION. XV
rigoureusement déduite de pareilles lois, à ne pas la rejeter parce qu'elle serait en contradiction avec certaines expériences. Ainsi la théorie fournit une expression remarquable de la chaleur de dissolution d'un sel dans l'eau. Celte formule, due à Kirchhoff, a été considérée comme démentie par les faits : non seulement la vérification numérique n'aurait pas lieu, mais le sens même du phénomène serait changé; il y aurait absorption et non dégagement de chaleur. Au lieu de renoncer à un résultat établi sur des principes certains, il faut discuter. Dans la formule de Kirchhoff figure le rapport des tensions de vapeur de l'eau pure et de la dissolution, rapport qui est sensiblement indépendant de la température et généralement constant; mais souvent il dépend de la quantité de sel dissoute et n'est connu qu'avec une faible précision. Or, la moindre erreur commise sur sa valeur entraîne une erreur formidable sur le nombre donné par la théorie. La formule n'est donc point infirmée par son désaccord avec certaines expériences. C'est là un exemple de la nécessité qui s'impose toujours de discuter la composition mathématique des formules au moment d'y introduire les résultats des observations.
La Science que nous allons constituer sous le nom de Thermodynamique GÉNÉRALE u'cst autrc quc la Science générale des équilibres et des modifications de la matière, et se compose de deux parties : Statique générale^ Dynamique générale^ Tune théoriquement achevée, l'autre à peine ébauchée à l'heure présente. Tandis que la Mécanique classique n'étudie que les équilibres de position et les déplacements, nous faisons rentrer dans la Statique tous les équilibres physiques et chimiques : pareillement, nous posons le problème de la Dynamique dans ses termes les plus généraux : ayant relevé à un certain momerrt des données en nombre suffisant, relatives à un système, déterminer ce qu'il a été et ce qu'il sera à un instant quelconque de la durée.
C'est sur le principe de Carnot, ou plus exactement sur l'un des principes de Carnot (car nous verrons qu'il y en a deux), que repose toute la Statique générale. Les vues de Carnot sont plus profondes et plus cachées que le principe de réquivalence, leurs conséquences autrement lointaines et précises. Il a fallu plus de génie pour les concevoir que pour dégager l'équivalence de la chaleur et du travail.