INTRODUCTIONS
Quel est le problème que se pose la Science? Les savants ont probablement un parti pris, qui dirige leurs recherches; mais ils gardent le silence. Ce silence, je crois bon de le rompre, pour émettre quelques idées que je revendique.
Avant de s'occuper du monde extérieur, il faudrait savoir s'il existe. Mais cette question préalable est sans intérêt pour le savant. Nous savons parfaitement distinguer nos sensations des souvenirs que nous en gardons, et Ton n'implique pas la réalité des objets extérieurs en s'occupantde sensations associées. D'ailleurs, si nous n'avons pas le droit d'affirmer que le ciel existe, il nous suffit de constater que l'impression éprouvée par nous devant ce que nous appelons un ciel est très différente de l'impression éprouvée devant un autre ciel. Le fait primitif est la sensation. Aussi, en assignant pour but à la Science de prévoir l'avenir, entendons-nous qu'elle doit prévoir nos sensations futures d'après nos sensations passées.
Admettre que cette prévision est possible, c'est formuler le déterminisme; il ne consiste pas, en effet, à dire que les faits seront déterminés quand ils arriveront, ce qui est un truisme. Il signifie qu'au moyen d'un petit nombre de règles, susceptibles d'être contenues dans une tête humaine, on peut prédire tel événement futur : un phénomène n'est déterminé que si nous pouvons le prévoir. En ce sens, il n'y a point de déterminisme absolu, car nous ne pouvons pas tout prévoir et nous ne pouvons prévoir que
(*) Cette Introduction est composée en majeure partie par la Leçon inaugurale du Cours de Chimie physique (1896); le reste est formé de fragments empruntés à diverses Leçons de ce Cours.