‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 27 sur 101 · Voyez le Schol. de la Propos. 17, part · texte numérisé non relu

Voyez le Schol. de la Propos. 17, part

.DeTéiendfite tfc Dim.

L'Étendue est un attribut de Dieu *; en effet, rÉtendoe est infinie, et ce qui est infini ttè peut être que Dieu ou un attribut de Dieu.

L'Étendue est infime; ear^ fêssàyêi de litniter TËteDdue, avec quoi la Irmitez-iiotts? afe» eUe^méme. &d réalité, concevoir l'Étendue limitée, ce n'est pins cooce' ^oir l'Étendue, mais tm de ses'UMKtes, c'est-à-dire ui eorp$. L'Étendue réeile, distificte des corps, prise en soi dans sa pléedéude et sa perfectiosi, est par&iteraeiil positive, e'ôsthâ-tdiFe rsiBSs oxégatmi , c'estÀ^dire S9m limitation.

L'Étendue n'est dancpafr un mode, t>iiisque tout mode est fini de sa nature. D'un autteeôté TÉtendue, quoique infinie, n'est pas l'Infini^ l'In&ii d)solu; car elle ne contient qu'un genre précis de perfection, et l'Infin absolu les contient iKHis. L'Étendue est donc une perfection déterminée, contenue dans l'absolue PerfectioD, une infinité relative, qui exprime à sa manière l'abseltte Infinité, en d'autres termes, un attribut de Dieu.

Nous savons d'ailleurs que les corps, comme tout ce qui est, sont en Dieu et par Dieu '. Mais à quel titre et comment en est-il ainsi? c'est que les corps ne sont pas des substances, mais des modes, lesquels enveloppent le concept de l'étendue. Chaque corps exprime donc d'une manière finie l'infinité et la perfection de l'Étendue,

1 . Éthique, part. 2 , Propos. 1 et î, t. De Dieu, Propos. 15,

HTTEODUCTIÔN. 65

uî exprime elle-même, d^une manière relative (quoique ifinie), l'absolue perfection de la Substance '.

Entre Dieu, pris en soi, dans la plénitude absolue de ion essence, et les corps, pris en eux-mêmes, dans la limitation nécessaire de leur nature, TÉtendue est une w>Tte d'intermédiaire, infinie relativement aux corps, finie (en tant que détermination de l'Être) relativement à la substance divine. Mais il ne faut pas croire que l'Étendue soit séparée ni même distinguée de la Substance autrement que d'une distinction toute logique. Spinoza ^t nettement et résolument que l'étendue infinie, c'est Dieu même, et en termes plus significatifs encore, que Dieu est chose étendue [Dem est res extenso] .

Dieu est en même temps indivisible , non-seulement dans le fond de son essence ' non encore manifestée, mais dans toutes les manifestations immédiates de cette essence, dans tous les attributs * qui l'expriment et la développent.

Spinoza donne une simple et belle démonstration de l'indivisibilité divine « : « Si la substance infinie était divisible, les parties qu'on obtiendrait en la divisant retiendraient ou non la nature de la Substance. Dans le pre- Dûier cas, on aurait plusieurs substances de même ûature, ce qui est absurde* (ou même plusieurs dieux, ^ qui est plus absurde encore) ; dans le second cas, la Substance, une fois divisée, perdrait sa nature, c'est-àdire cesserait d'être. »

J* De VAme, Démonstr. des Propos. 1 et S.

•• Ethiquey part. 1 , Propos. 1 3.

3' De Dieu, Propos. 12.

*• DeDitu, Démoiislr« de la Propos. 13.

^> Par la Propos. 5. — Deux substances de même nature, çoui S^VsKAlL^^%mN P*8 moins impossibles que, pour Leibnitz, deux Indiscernabioa.

Le résultat de cette double démonstration, c'est que Dieu est à la fois étendu et indivisible. Spinoza n'était pas homme à se faire illusion sur cette énorme difiScult^ [à nos yeux insoluble] de sa doctrine. Mais il faut reconnaître qu'il Ta abordée avec franchise. Tout s'explique, à l'en croire, par la distinction de l'étendue finie, qui est proprement le corps, et de l'étendue infinie, qui seule convient à la nature de Dieu.

Dire que Dieu est étendu, ce n'est pas dire que Dieu ait longueur, largeur et profondeur, et se termine par une figure. Car alors Dieu serait un corps, c'est-à-dire un être fini , ce qui est, suivant Spinoza, l'imagination la plus grossière et la plus absurde qui se puisse concevoir'. Dieu n'est pas telle ou telle étendue divisible et mobile, mais l'Étendue en soi, l'immobile et indivisible Immensité.

L'opinion de Spinoza, par cet endroit, se rapproche beaucoup de la célèbre doctrine de Newton, soutenue par Samuel Clarke, avec un zèle aussi ardent qu'inutile, contre la dialectique accablante de Leibnitz :

Newton disait de Dieu : Non est duratio et spatium, «tt durât et adest , et extstendo semper et ubique, spatium et durationem constitua ^ Spinoza eût certainement souscrit à cette formule, et Leibnitz le savait bien, lui qui serrait Clarke de si près sur ce point délicat, et lui montrait du doigt le panthéisme à l'extrémité de sa doô-

i . De Dieu, Schol. de la Propos. 1 5.

2. Newton, Principia, Schol. gêner, sub finem. Voici le morceau tout cnli«f ^ « Deuê xternus est et infinitus, omnipotens et omnisdens; id est, durât o^ setemo in xtemum, et adest ab infinito in infinitum; omnia régit et ornn^ cognoscitf qux fiunt aut fieri possunt. Non est aeternitas vel infinitas ; non f^ duratio et spatium, sed durât et adest. Durât semper et adest ubique ; et exiS" tendo semper et ubique, durationem et spatium, œtemitatem et infinita^ constitua, »

rine. Quand on donne en effet à l'espace une réalité disincte et absolue, que répondre à Spinoza qui vient vous lire : « L'espace existe, et il est infini. Ce qui est infini est 3arfait dans son genre ; ce qui est parfait ne peut être jue Dieu lui-même ou une manifestation immédiate le sa perfection. »

Mais il est juste et nécessaire de signaler ici, entre l'opinion des newtonîens et celle de Spinoza, une difi*érence capitale. Pour Newton l'espace pur, l'immensité, est distincte des corps, non pas d'une distinction tout idéale, mais d'une effective et réelle distinction. Les corps se meuvent dans l'espace ; mais ôtez les corps et leurs mouvements, l'espace demeure. Pour Spinoza, les corps sont les modes de l'étendue infinie, de l'espace pur, de l'immensité divine, peu importe le nom. Ils sont donc distincts de l'Étendue, mais ils n'en sont pas séparés ni séparables. Cette union est si forte que Spinoza dit quelque part : « Qu'un seul corps vienne à être anéanti, l'étendue infinie périt avec lui '. »

Chose singulière! l'Espace et le Temps, qui ont toujours, dans les Écoles philosophiques, subi la môme fortune, réduits par Aristote, par Leibnitz, à de simples rapports des êtres, par Kant à des formes de la sensibilité, élevés par les newtoniens et les Écossais au rang de réalités absolues, mais qui toujours, reconnus ou niés, diminués ou agrandis dans le degré et le caractère <le leur être, ont partagé un sort commun , l'Espace et l6 Temps, dis-je, jouent un rôle infiniment différent dans la philosophie de Spinoza.

L'Espace est infini, réel; il est la substance des corps,

*. Lettre à Oldenhwg, tome ni, pag. 358.

58 niTRODtJCTION.

il est Dieu lui-même en tant qu'étendu. Le Temps et h Durée, au contraire, simples conceptians de la pensée, moins encore, pures formes de Fimaginatioa *, ne sort point infinis, mais indéfinis. Le Temps même n'est point indéfini; car, pour Spinoza, il n'est qu'une détermimh tion de la Durée * ; la Durée n'est point séparée del dioses qui durent ; elle est l'ordre de leur monyemeDt. Â son plus haut degré, prise dans sa totalité indéfinie, elle représente l'écoulement étemel des modes de h substance. N'ayant pas commencé et ne pomvant finir, elle imite l'Éternité dans un effort perpétua «* ime fdh pétuelle impuissance à l'égaier*.

Spinoza, qui réduit ainsi la ÎMfèe à %m wdre de sas** cession dans les mourements, aumit dû e^aftxhier pto attentivement si l'Ëtendue est autre ehose en soi quHtt ordre de coexistence dans les comrp'osés. H démokitre, avec une force singulière, que retendue infinie ne pest être, en tant qu'infinie, qu'une forme de l'eKistefiee divine ; mais cela Suppose démontré que l'Étendue eà distincte des corps et qu'elle existe en soi d'une e^xistence propre et absolue. Otr nulle patt Spinoza n'a donné ni môme essayé cùtte démonstration.

C'est ici que se découvre, pas* un point capital, l'éducation cartésienne de Spinoza. Comme Deseartes, connue Malebranche, il ne voyait dans les corps que des modtlités de rétendue. Les corps ne sont point des étres4i^ tincts; ils ne se composent point de parties effectives ^^ réelles, séparées ou du moins séparables par des intervalles vides, comme les atomes de Démocrite et de

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