Ibid., Lemme i, après la Propos
k • Ibid,, Axiome 3 , après le Lemme 3 .
corps simples; mais ce serait se méprendre étrangement que d'entendre par là des atomes. Les atomes, le vide, ne sont à ses yeux que des fantômes de l'imagination '. Tout est plein, et l'Étendue, substance des corps, loin de se résoudre en particules distinctes, séparées ou séparables par des intervalles, est un seul être continu et indivisible. L'univers corporel de Spinoza, c'est l'univers de la géométrie. L'étendue, en effet, réduite à quelque chose de figurable et de mobile, en quoi diffère-t-elle de Vespac^pur? Or, dans la continuité absolue de l'espace géométrique, la divisibilité et la mobilité sont choses (od( idéales; ce sont des actes de la pensée.
Un corps, pour Spinoza, n'est donc véritablement qu'une détermination de l'espace pur; et c'est une des raisons qui lui feront dire dans la suite qu'un corps est Uftraode de l'étendue correspcmdant à un certain mode, i un certain acte de la pensée, et, par une conséquence facile à prévoir, que les modes de l'étendue sont au fond identiques aux modes de la pensée, un corps n'étant que l'objet d'une idée, une idée »' étant que la forme, l'acte d'un corps ^.
Qu'est-ce maintenant qu'un corps simple? Si ce n'est pas un atome, est-c^ un point géométrique? pas davantage. L'atome est une chimère des sens; le point géométrique est une abstraction de la pensée. Composer un corps de surfaces, une surface de lignes, une ligne de points, c'est composer les êtres réels d'éléments abstraits 6t les nombres de zéros. Un corps simple, c'est donc ^ qui correspond dans l'étendue absolue à un acte
j- Ethique^ part. 1, Schol. de la Propos. 15, *• ^ VAme, Schol. de la Propos. îl.
96 INTRODCCTION.
simple de la pensée, déterminant, circonscrivant dans dei limites précises Tidée de l'espace pur. Maintenant, les sens et T imagination, venant à se mettre de la partie, revêtent de leurs couleurs ce produit de la pensée pure, et voilà le corps.
Spinoza parle de corps simple, mais cette simplicité est toute relative. Ce corps simple, produit en quelque façon par un acte de la pensée, un autre acte de la pensée peut le diviser, et cette division, par sa nature, ne souffre pas de limites. L'étendue est donc à la fois indivisible et divisible à l'infini, divisible dans ses modeSi indivisible dans sa substance. Quelque jugement qu'on porte sur la valeur de cette tbéorie, dont Spinoza prit le germe dans Descartes, on ne peut disconvenir qu'elle ne soit extrêmement originale ; et il serait difficile de lui trouver des analogues dans l'bistoire de la pbilosopbie. Ce n'est point la théorie des métaphysiciens-géomètres, qui composent le corps de points, de lignes e de surfaces, ni celle des physiciens matérialistes, poui qui tout se résout en atomes ; ce n'est pas non plus 1; théorie de Leibnitz , où les corps sont formés de ce ctotncs inétaphysiques qu'il appelle monades. Chose eu rieuse ! la doctrine avec laquelle celle de Spinoza pré sente le plus d'analogie, c'est celle de Kant. Pour tou deux, en effet, les qualités secondaires de la matière s réduisent à des impressions de la sensibilité, et le fom de l'existence corporelle, c'est l'idée pure de l'espac avec ses déterminations infinies.
Mais voici une différence capitale qui sépare Spino» de Kant, ainsi que de Berkeley et de tous les idéalistes c'est que 1 étendue, pour Spinoza, n'est pas une idée, mai un objet. Qu'est-ce, en effet, qu'un corps dans sa théo
rie? ce n'est point seulement un acte de la pensée; c'est ce qui, dans retendue absolue, correspond à cet acte de la pensée. La pensée et l'étendue, les idées et les corps, se pénètrent et s'unissent dans la Substance qui les enfante sans cesse; mais bien qu'un corps n'existe pas sans être pensé, bien qu'une idée n'existe pas sans avoir un corps pour objet, l'idée et le corps n'en sont pasmoins deux choses distinctes et même indépendantes, l'idée, en effet, n'est point fondée sur son objet, ni le corps sur le sujet qui le représente; l'idée ne repose que sur la pensée; le corps ne repose que sur l'étendue ; l'idée et le corps ne sont identiques, à leur racine derrière, que parce que l'étendue et la pensée d'où ils relèvent sont elles-mêmes identiques dans la Substance.
Qu'est-ce maintenant qu'un corps composé ? Voici la définition de Spinoza* :
« Lorsqu'un certain nombre de corps de même grandeur ou de grandeur différente sont ainsi pressés qu'ils s'appuient les uns sur les autres, ou lorsque, se mou- «^ant d'ailleurs avec des degrés semblables ou divers de rapidité, ils se communiquent leurs mouvements suivant des rapports déterminés, nous disons qu'entre de tels corps il y a union réciproque, et qu'ils constituent dans leur ensemble un seul corps, un individu, qui, par cette union même, se distingue de tous les autres. Or, ajoute Spinoza % à mesure que les parties d'un individu corporel ou corps composé reposent réciproquement les ^es sur les autres par des surfaces plus ou moms erandes, il est plus ou moins difficile de changer leur
*' ^« l'Âme, Défin., après le Lemme 3.
^* Jhid, Axiome 3, après le Lcmme 3.
i8 INTRODUCTION.
situation, et par conséquent de changer la figui*e de l'individu en question. Et c'est pourquoi j'appellerai les corps du7*s, quand leurs parties s'appuient l'une sur l'autre par de grandes surfaces, mous, quand ces surfaces sont petites, fluides , quand leurs parties se meuvent librement les unes par rapport âttx autres. »
On voit que la solidité d'un corps, pour Spinoza, dé^ pend uniquement de la figure de ses parties compo^ santés; la figure est donc, dans cette théorie, le véritable principe de l'individualité des corpS; Et cela devait être dans ce monde tout géométrique; car si un corps n'est autre chose qu'une détermination- de l'étendue, comme c'est la figure qui détermine l'étendue, la figure sctiW' pouvait servir à distinguer les corps les uns des autres. Mais la figure n'est rien de positif; c'est une limite. Hle ne peut communiquer à l'étendue ce que l'étendtae ne contient pas. Or, l'étendue pure ne contient qiie soi, c*ést-à-dire l'extension infinie en longueur, Ifergèuret profondeur. Spinoza se tourmente donc en vain pour trouver la solidité qui lui échfeppe. H a beau dire : lai aussi, et Leibnitz le lui protivei^, compose les Corps réels avec des absti^aits, et fait avec des zéros des unités et
des nombres. |
Après avoir dêtermiiië leâ éïértients de son univers, Spinoza recherche les transformations dont ils sont susceptibles. A l'en croire, il n'eA est pas une seule qui ne soit explicable par les lois mathématiques du mouve^" ment. Il n'y a pas de naissance réelle ni de mort effective* dans la nature; il n'y a pas de développement interne des choses; tout se réduit à des additions ou à dessous^ tractions de parties. Les modes simples de l'étendue s^
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composent, et c*est la naissance; ils se décomposent, et c'est la mort; ils se maintiennent dans un rapport fini, et c'est la vie.
Considérez les modes simples de retendue hors de toute composition, vous avez les éléments ineii^es de l'univers eorporel. Les eombÎAaisons les plus simples de ces modes formelles corps jjoorganiques. Ajoutez à ces coml>inai$ons un degré supérieur de complexité, l'individu devient c^apable d'uo plus grand nombre d'actions et de passions; il est organisé^ il vit. Avec la complexité €ix)issfuite des parties, se perfectionne et s'élève l'orga- «y^atÛMa, et l'on arrive tain^i (de degré en degré à cette 44mi!i^b^ iKacfaii^e, la pjus riche, la plus diversifiée, la pUis -CiHMpiète de toutes; et ce ehef-d'œuvre de la nature, qui coDtieiit toutes les formes de combinaison et d'organisation dont die est capable, ce petit monde où Vunivers entier vieût ae réfléchir, c'est le corps hu-^ lïiain^
Spinoza ^t done^ ça physique, pour le mécanisme Fttr de Desearfîss. S'il donne une Ame à la nature, s'il iW9l4 aux animaux It vie ej; le sentiment que Desc^rtes kur avait retranchés, ^'est ^'après avoir nié le dynamisme en physique, M le retrouve en métaphysi<;ue (coiome il arriva plus tard à Leibnitz). — A l'exemple de I^cartes et de Mald>raA^e, Spinoza n'admet dans le ^fps, en tant queeprps,auc*me vertu motrice. Un corps
*• De l'Ame, Schol. de la Propos. 13. — « Qaaud uos adversaires (dit Spi- >9ia fusant allusion aux partisans des causes fkiales) considcreat l'économie du corps buraain, ils tombent dans un étonnement stupide; et comme ils ignorent les Wusesd'un art si merveilleux, i!s concluent que ce ne sont poiut des lois mécanises mais une industrie divine et surnaturelle qui a formé qçt ouvrage et en a disposé les parties de façon qu'elles ne se contrarient pas réciproquement. »
(^(/ifque; pan i^ KvvÇ^<i«.ft,\
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ne peut, de soi, clianger son état '. S'il est en mouyement ou en repos, il a dû y être déterminé par un autre corps, lequel a été déterminé lui-même au mouvement ou au repos par un troisième corps, et ainsi à l'infini. D'où il suit qu'un corps en repos ou en mouvement resterait éternellement dans l'état où il a été mis une fois, s'il ne recevait l'action d'une cause étrangère.
Mais, dira-t-on, il faut au moins admettre un promis corps qui a été mis en mouvement ou par soi-même, oo par une cause incorporelle. Spinoza n'accepte point cette conséquence, qui, en effet, est diamétralement opposée à l'esprit de sa philosophie. Suivant lui, de même que les idées ne relèvent que de la pensée, les corps et leurs mouvements ne relèvent que de l'étendue. Expliquer un mode d*un des attributs de Dieu par l'action d'un principe étranger à la nature de cet attribut, c'est ne pas entendre Tordre des développements divins^Etil est aussi absurde d'expliquer un mouvement par un principe incorporel, qu il le serait d'expliquer une idée par un mouvement. En général les modes d'un attribut quelconque ont Dieu pour cause, en tant que Dieu est considéré sous le point de vue de ce même attribut dont ils sont les modes et non sous un autre point de vue'. Si donc Ton considère Tordre des choses sous le point de vue de Tétendue, en d^autres termes si Ton regarde à IV nivers des corps, tout doit y être expliqué ou du moins explicable par des mouvements, comme si Ton considère Tonlre de choses sous le point de vue de la pensée, ou, en d'autres termes, si Ton regarde à Tuni-