‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 41 sur 101 · De FÀme, Propos · texte numérisé non relu

De FÀme, Propos

INTRODUGTKHT. 107

avoir été aperçu comme à travers un nuage par quelques Hébreux qui soutiennent que Dieu, VintoUigence de Dieu et les choses qu'elle conçoit ne font qu'un. »

Une conséquence évidente de cette doctrine, c'est que tout corps est animé; car tout corps est un mode de TEtendue, et tout mode de l'Étendue correspond si étroitement à un mode de la Pensée que tous deux ne sont au fond qu'une seule et même chose.

Spinoza n'a point hésité ici à se séparer ouvertement ' deTécolè cartésienne. On sait que Descartes ne voulait reconnaître la pensée et la vie que dans cet être excellent qtle Dieu a foit à son image. Tout le reste n'est que mîatière et inertie. Lés animaux mômes qui occupent les degrés les plus élevés de l'échelle organique ne trouvent point grâce à ses yeux. Il les prive de tout sentiment et les condamne à n'être que des automates admirables dont la main di^ne a disposé les ressorts. Cette théorie dbniie à l'homme un prix infini dans la création ; mais ôiltre qu'elle a de la peine à sô mettre d'accord avec l'expérience et à se faire aôfeepfet» du sens commun, on pfitit dire qu'elle rompt la chaîne des êtres et ne laisse Pfes compfêildrè lé prog^rès de loi i^ature.

Cet abîme ouvert par DescaHeft entre l'homme et le ^ste des choses, Spinoza tfb^site pas à le combler'. Il ^ loin de rabaisser l'homme et de l'égaler aux ani- DïûuX ; car, à ses yeui, la perfection de l'âme se mesure

*• Je citerai un passage remarquable de V Éthique : « Tous les individus de la J*^, dit Spinoza [Éthique^ part, f, Schol; de la Propos. 12), sont an:'més à *« ^és divers. DetOMes choses, «ri effet, il y a nécessairement en Dieu une jj^don* Dieu «rt cause, de la même façon qu'il est cause de l'idée du corps 5*"**^ fh par conséquent, tout ce que nous disons de l'idée du corps humain, ' /««l le d&rb nécessairtment de l'idée de toute autre chose quelconque. Et tou- ^'m'riBus ne voulons pae nier qm les idéeê ne diffèrent entre elles comme les

sur celle des corps, et réciproquement. Par conséqueBt à ces organisations de plus en plus simples, de mois en moins parfaites qui forment les degrés décroissant de la nature corporelle, correspondent des âmes c moins en moins actives, de plus en plus obscurcies, ju qu'à ce qu'on atteigne la région de l'inertie eiàe'. passivité absolues, limite inférieure de l'existence, cornu l'activité pure en est la limite supérieure.

Qu'est-ce donc que l'âme humaine dans une telle do< trine? évidemment, c'est une suite de modes de la Pei sée étroitement unie à une suite de modes de l'Étendue en d'autres termes, c'est une idée unie à un corps, el comme dit Spinoza : l'âme humaine, c'est l'idée du corp humain.

Il est aisé maintenant de définir l'homme de Spinoza c'est l'identité de l'âme humaine et du corps humain L'âme humaine, en effet, n'est au fond qu'un mode d la substance divine ; or, le corps humain en est un wt tre mode. Ces deux modes sont différents en tant qu'il expriment d'une manière différente la perfection divina l'un dans l'ordre de la Pensée, l'autre dans l'ordre (h l'Étendue; mais en tant qu'ils représentent un seul a même moment du développement étemel de l'activife infinie, ils sont identiques. Ce que Dieu est, comme corps, à un point précis de son progrès, il le pense, comme âme, et voilà l'homme. Le corps humain n'es!

objets eux-mêmes, de sorte qw Vwm est supériewre à Vautre et contieiU «>M réalité plus graruie à mesure que l'objet de celle-ci est supérieur à l'objet i^ celle-là et contient plus de réalité» C'est pourquoi si notu voulons détermiMI en quoi l'âme humaine se distingue des autres âmes et par où elle leur tt^ supérieure, il est nécessaire que nous connaissions la nature de son objt^t savoir : le corps hunuùn* • <— Gomp, Éthique, part. 8, Schol. de la Propoi* VI*

que l'objet de Tâme humaine; Tâme humaine n'est que ridée du corps humain. Uâme humaine et le corps humain ne sont qu*un seul être à deux faces, et, pour ainsi dire, un seul et même rayon de la lumière divine qui se décompose et se dédouble en se réfléchissant dans la conscience.

Malgré la prodigieuse confiance que Spinoza laisse partout éclater en la vérité de ses systèmes, malgré ce calme dans Taffirmation que nul philosophe n* égala jamais, il ne faut pas croire qu*il se dissimule les difficultés dont sa théorie de Thomme est hérissée. A plusieurs reprises, il interrompt le cours de ses déductions pour supplier le lecteur de ne point trop s'efiaroucher et d'attendre la fin*. Comment, en effet, ne pas arrêter Spinoza pour lui dire : Que faites-vous de l'individualité de rhomme? que faites-vous de son activité? de son identité personnelle? Quoi! T âme humaine est une idée de Dieu, et elle dit : Moi. L'âme humaine est une suite de pensées qui se poussent en quelque façon Tune l'autre comme des flots, et vous dites qu'elle est active. £Ile s'échappe sans cesse à elle-même dans une mobilité que rien ne peut arrêter, et vous soutenez qu'elle persiste dans l'être et a conscience de soi.

n est curieux d'observer ici les efforts sincères de Spinoza pour concilier avec les principes de sa doctrine l'individualité, l'activité, l'identité personnelle de l'âme humaine.

On sait que pour lui l'âme humaine est un mode de Dieu. Or, Dieu est l'activité infinie au même titre qu'il ^t l'existence infinie. Si donc il a communiqué à l'âme

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