‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 59 sur 101 · Spinoza à Oldtnbwrg, tome UI, pag · texte numérisé non relu

Spinoza à Oldtnbwrg, tome UI, pag

S. Hêine lettre, pag. 377.

163 IlfTII0DOGTI0!f.

Du Bien et du Mal. i

La même nécessité logique à laquelle obéissait Spinoza en niant le libre arbitre devait inévitablement le conduire à rejeter la distinction du Bien et du Mal. Si tout est nécessaire, en effet, chaque chose est ce qu'elle peut et ce qu'elle doit être, et il est déraisonnable de se représenter à sa place une chose meilleure; c'est substituer les caprices de l'imagination aux lois éternelles des choses, et mettre au-dessus d'une réalité nécessaire la chim^re d'un idéal impossible. Si la nature et TeDchafaiement des causes n'étaient pas profondément cachés à nos faibles yeux, chaque être serait pour nous parGsùt et accompli, étant aperçu immédiatement dans sa cause, cVst-à-dire dans la nécessité de son êtreV Mais notre connaissance des choses est incomplète et muliUv; au lieu de les conceToir, nous les imaginons; au lieu de les rapporter à leur cause, nous les comparons à de certains idéaux que nous nous sommes formés par la comparaisoii des individus» et suivant que les êtres de la nature se rapproohenl plus ou moins de ces types imaginaires^ nous disons qu'ils sont parfaits ou impar- &it$. bons ou mauv;iis. meilleurs ou pires', etc. Les idées de bien el de mal« de perfection el d^imp<»rfection, c^>mme o^les de beauté el de laideur^ scmt d<mc filles deVima^inaliou et non vie la raison; elles n'exprimait

IHTlOMCTlOlf. 1C3

en de positif et d^absolu qui appariienne eflfectiTenieBi ui êtres, et ne marqoait autre cho6e que la constituon et la faiblesse de Tesprit humaiu. Un objet se laisseil imaginer avec aisance, nous l's^ppelons beau, barlonieux, bien ordonné; ayons-nous de la peine à nous ! représenter, il nous paraît laid, discordant, plein de ésordre'. Un homme naU aveugle : voilà un monstve our nous*. Nous disons que la nature est en défaut, u'elle a manqué s(m ouvrage. Comme si la nature agisùi jamais pour une fin ! comme si cet être éternel i infini que nous nommons Dieu ou Nature n'agissait as comme il eiiste, avec une égale nécessité 1 Or, omme il n'existe pas à cause d'une certaine fin, cen'est as non plus pour une fin qu'il agit, et il est lui-même s premier principe de l'action comme il est le premier viocipe de l'existence.

C'est donc un préjugé absurde que de penser qu'il oanque quelque chose à un être et que la nature l'ait ais&é imparfait, puisque rien ne c<Mivient à la nature ^na être que ce qui résulte nécessairement de la nature Ifi sa cause efficiente, et que tout ce qui résulte nécesi^ement de la nature d'uAe cause efficiente se produit écessairement*.

S'il n'y a en soi ni bien ni mal, c'est du moins un fût ^Contestable que certaines choses sont bonnes pour Wime, et d'autres mauvaises, liais qu'est-ce qu'une ^ose qui nous est bonne, sinon une chose utile? Et ii*est-ce qu'une chose qui nous est mauvaise, sinon

J* Étldqw, Appendice 4e la Fart. 1.

^- lettre à Guillaume de Blyenbergh, tonelH, p9g, 394»

^« Oe l'Esclavage, Préambule.

une chose nuisible' ? Or nous appelons utile ce qui sert à nous procurer delà joie, et nuisible ce qui nous cause de la tristesse'. La notion du bien, dégagée du caractère absolu dont la revêtent nos préjugés, se résout donc dans la notion de Vutile, qui se résout elle-même dans celle de l'agréable.

n suit de là que le bien et le mal sont des notions toutes relatives et tout individuelles, comme le chaud et le froid '. Ainsi une seule et môme chose peut en même temps être bonne, mauvaise et indifférente. La musique, par exemple, est bonne pour un mélancolique ; pour un sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise ^

Lors donc que nous tendons vers un objet, la raison de cette tendance, de ce désir, ce n'est pas que nous ayons jugé l'objet bon en soi, abstraction faite de l'impression qu'il produit sur nous; car les choses n'ont aucune bonté intrinsèque, et la bonté est si peu la raison du désir, que c'est bien plutôt le désir qui est la raison de la bonté*. En d'autres termes, un objet ne peut agir sur nous qu'autant qu'il se fait désirer, et il ne peut se faire désirer qu'autant qu'il nous cause de la joie ; car le désir est le seul mobile de notre activité, et la fin du désir, c'est la joie^.

Non-seulement tout homme a le droit de chercherson bien, son plaisir, mais il ne peut faire autrement. Car chacun désire ou repousse nécessairement d'après les lois de sa nature ce qu'il juge bon ou mauvais '. Or désirer, c'est

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