‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 60 sur 101 · t(i., Propos · texte numérisé non relu

t(i., Propos

vouloir, et vouloir, c'est agir. Il y a donc à la fois droit, devoir et nécessité pour tout homme de se procurer ce qui lui semble bon par tous les moyens possibles, soit par force, soit par ruse, soit par prières, et de tenir pour ennemi quiconque veut Tempêcher de satisfaire ses désirs K La mesure du droit de chacun, c'est sa puissance. Où il porte sa force, il porte son droit. Le meilleur droit, c'est celui du plus fort, et la vertu et la puissance sont une seule et même chose ^ Il faut entendre ici Spinoza développer avec une rigueur déplorable et un calme inouï les conséquences de ces détestables principes :

« Celui qui ne connaît pas encore la raison, ou qui, n'ayant pas encore contracté l'habitude de la vertu, vit d'après les seules lois de ses appétits, a tout aussi bon droit que celui qui règle sa vie sur les lois de la raison : en d'autres termes, de même que le sage a le droit absolu de faire tout ce que la raison lui dicte, ou le droit de vivre d'après les lois delà raison, de même aussi l'ignorant et l'insensé a droit sur tout ce que l'appétit lui conseille, ou le droit- de vivre d'après les lois de l'appétit... ; et il n'est pas plus obligé de vivre selon les lois du bon sens qu'un chat ne peut l'être de vivre sous les lois de la nature du lion... D'où nous concluons qu'aucun pacte n'a de valeur qu'en raison de son utilité ; si l'utilité disparaît, le pacte s'évanouit avec elle et perd toute autorité. Il y a donc de la folie à prétendre enchaîner à tout jamais quelqu'un à sa parole, à moins qu'on ne fasse en sorte que la rupture du pacte entraîne pour

Page 1