‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 64 sur 101 · De la Liberté, Propos · texte numérisé non relu

De la Liberté, Propos

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fondé sur le développement le plus complet de nos facultés naturelles.

« La superstition, dit Spinoza, semble ériger en bien tout ce qui amène la tristesse, et en mal tout ce qui procure la joie. Mais il n'appartient qu'à un envieux de se i^'ouir de mon impuissance et du mal que je souffre. A mesure, en effet, que nous éprouvons une joie plus erande, nous passons à une plus grande perfection, et par conséquent nous participons davantage à la nature dvine; la joie ne peut donc jamais être mauvaise tant qu'elle est réglée par la loi de notre utilité véritable. Jànsi, celui qui ne sait obéir qu'à la crainte et ne fait le im que pour éviter le mal n'est pas conduit par la raison ^ »

On nous présente trop souvent la vie vertueuse comme * une vie triste et sombre, une vie de privation et d'austérité, où toute douleur est une grâce et toute jouissance vu crime. Mais comment la Divinité, s'écrie Spinoza, prendrait-elle plaisir au spectacle de ma faiblesse, et B'inàputerait-elle à bien les larmes, les sanglots, la ûrainte, tous ces signes d'une âme impuissante? « Out\ ajoute-t-il avec force, il est (Tun homme sage d'user des <iùses de la vie et d'en jouir autant que possible, de se réparer par une nourriture modérée et agréable, de charmer ses «n« du parfum et de l'éclat verdoyant des plantes, d'orner »ï«n^ son vêtement, de jouir de la musique^ des jeux, des spectacles et de tous les divertissements que chacun peut se donner ^ons dommage pour personne *. »

On nous exhorte sans cesse au repentir, à l'humilil i,

!• Appendice de la part. 4 de V Éthique, ch. xxxi. S. Éthique, de TEsdaTage^ Sefaol. de la Propos. 45.

à la mort Mais le repentir n'est poûiluaaverta, il ne provient pas de la raison ; et au contraire^ celui cjui se repent d*une action est deux fois misérable et deux fois impuissant *. L'humilité n*est pas plus une vertu que le repentir; car c'est une tristesse qui natt pourrhomme de ridée de son impuissance ^ Quant à la pensée de la mort, elle est fille de la crainte, et c'est dans les âmes faibles qu'elle fait son séjour. « La chose du monde à laquelle un homme libre pense le moins^ c'est la mort; et sa sagesse nest point une méditation de la mort, mais de la vie ». »

Spinoza vient de nous tracer le tabiean i^ la vie libre* et raisonnable. Mais à quoi cela peut-il servir aux hommes, si leur destinée ne leur appartient pas, si elle est réglée d'avance par une nécessité que riaoi ne peut fléchir? Les âmes bien douées n'ont pas besoin qu'on leur apprenne la vertu, puisqu'elles y vent par la pente même de leurnature. Quant aux âmes impuissanieB, incapables de s' affranchir d'un abaissement qm n'est pas leur ouvrage, condamnées par un arrêt sans appel à une vie agitée et stérile, l'idéal d'une vie parfeite les afflige sans les relever, les désespère au lieu de les soutenir, et appesantit le poids de leurs chaînes en leur ôtant Tespoir de s'en jamais dégager.

Ici tous les efforts de Spinoza, toute la subtilité de son génie, tout l'artifice de ses raisonnements viennent échouer contre une impossibilité palpable. En vain il recueille toutes ses ressources et rassemble avec art les

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