‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 78 sur 101 · Traité théologico-politiqne, cb. xit · texte numérisé non relu

Traité théologico-politiqne, cb. xit

^ ISTRODrCTlOW.

lure de F Étal; il cherche l'origine et le fondement deU souveraineté, quels sont les droits, les devoirs, les garanties du citoyen, que valent les différentes formes du gouvernement ; en un mot il aborde tous les problèmes essentiels de la science politique.

Celte science était bien jeune alors •, et Spinoza se plaint qu elle n'ait encore été traitée que par des uto- ^ pistes ou par des empiriques. Il est plein de dédain pour les utopistes : < Ces sortes d'esprits (dit-il, en songeant sans doute à Thomas Morus et à Campanella) croient avoir lait une chose divine et atteint le comble de la saj^e$$e. quand ils ont appris à célébrer en mille façons une prétendue nature humaine qui n'existe nulle part et à dénigrer celle qui existe réellement. Car ils voient les homnu^. non tels qu'ils sont, mais tels qu'ils voudraient qu ils lussent- D\>ù il est arriké qu'au lieu d'une morale, le plus souvent ils ont fait une satire et n'ont jamais ovHivni une pv^litique qui pût être réduite en pratique, mais plutiNt une ch^m^re bonne à être appliquée au pays ^rnopio vni du temps de cet 4ge d'or pour qui Tart des tH^liiiqiH^ était assurément très superflu. On en est donc \vi\u À Cï\^:re qu\>ntre toutes les sciences susceptibles \r;^pplioation. la politique est celle où la théorie diffère le plus xio U pratique et que nulle sorte d'hommes n'est uv^^;rvS pr\^pro au jouvemement de VÉtat que les théori- \ Kv,^ ou les phiU^sophes •. ■%

S\^nK\îa s^^ montre plus indulgent pour les empiriques, \v^nnx Uvs^^uols il donne une place à part à Machiavel'.

^ Nwxv^x ^^ r<^n\ 4f U «^Smk^ iv^ftiqoe &n mi« àède les savantes el pro- ^ "^'^ ' ^^"^'^^'^ *»<^ ^ >l T»*.A J%M>i à*» soB Hi^ire de la philosophie morole

V !\Mt*< *\\\.,><<;h^ ^ v-^Mjjf^ ,, i,rt. t , !«•$• 3Î7 àt »«tre tome IL -^* W^M^^K>«^ V% iMMMTt 4v<«A.'^.wff^ Y>^ikK3M.^«l^ notamment celic

CeuK*là du moins b6 se font pas illusion sur la nature humaine : « Ils ont apprislà l'école des faits qu'il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes. » Le tort de ce genre d'esprits, c'est de croire que les affaires de ce monde vont à l'aventure ; ils iie connaissent que la sur- &ce dea ehoseï^ et ne savent pas que sous ces accidents fugitifs que le vulgaire nomme caprice, fortune, hasard, règne un ordre caché, aussi certain, aussi inflexible que l'ordre de la géométrie.

« Pour UK)i, dit Spinoza, lorsque j'ai résolu d'appliquer mo» esprit à la politique, mo& dessein n'a pas été de rien découvrir de nouveau, ni d'extraordinaire, mais seuleme^ de démontrer par des raisons certaines, ou, en d'autres ternoes, de déduire de la condition môme du genre hujQaain un eartain nombre de principes parfeitement d'accord avec l'expérience; et pour porter dans cet ordre de recherches la même liberté d'esprit dont on use eo mathématiques, je mie suis soigneusement abstenu de tourner en dérision les actions humaines, de les prendre en pitié ou en haine ; je n'ai voulu que les com^

appMoiatioa du Ptinoe : ■ Quels soal pour un prkica aaÎBié de la seule passioa de domiiuer les moyens de conserver et d'affermir son gouTernement, c'est ce qu'a montré fort au long le très-pénétrant Machiavel ; mais à quelle fin a-t-il écrit son livre? Toilàqul ne se découvre pas. assez clatPemeat.SMl a eu un but hounète, comme on doit le croire d'un homme sage, il a voulh apparemment faire voir quelle est l'imprudence de ceux qui s'efforcent de supprimer un tyran, alors qu'il est impossible de supprimer les causes qui ont fait le tyran, ces causes elles-mêmes devenant d*a»tant plus puissantes qu'on donne au tyran de pins grands motifs d'avoir peur. C'est là ce qui arrive quand une multitude prétead faire un exemple, et se réjouit d'un régicide comme d'une bonne action. Maehiavel a peut-être voulu montrer combitD une multitude libre doit se donner de garde de confier exclusivement sou salut à un seul homme, lequel, à moins d'être plein de Tanité et de se croire capable de plaiM à tout le mende^ doit redouter chaque jour des embûches, ce qui l'oblige de Teiller à m propre sécurité, et d'être plus occupé à tendre des pièges à la multitw'e qu'à prendre soin de ses intérêts. J*incline d'autant plus à interpréter ainsi la pensée de cet habile homme qu'il a toujours été pour la liberté et a donné sur les moyens de^la défendre les conseils les plus salutaires. • (Traité politique, cbap. r, art. 7.;

prendre. En face des passions, telles que Tamour, la haine, la colère, Ténvie, la vanité, la miséricorde, et autres mouyements de Vâme, j'y ai ^-u, non des vices, mais des propriétés qui dépendent de la nature humaine, comme dépendent de la nature de Tair le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, et autres phénomènes de cette espèce, lesquels sont nécessaires, quoique incommodes, et se produisent en vertu de causes déterminées par lesquelles nous nous efforçons de les comprendre. Et notre âme, en contemplant ces mouvements intérieurs, éprouve autant de joie qu'au spectacle des phénomènes qui charment les sens * . »

L'ambition de Spinoza serait donc de se tenir à égale distance des utopistes et des empiriques, entre Morus et Machiavel ; il voudrait satisfaire à la fois la raison qui seule donne de vrais principes, et l'expérience quiles met à répreuve des faits.

Quelle est pour la science politique l'idée fondamentale, «elle de qui dépendent toutes les autres? c'est l'idée du droit. Spinoza cherche l'origine de cette idée et, pour la découvrir, il remonte jusqu'à Dieu. Dieu, c'est la Substance, l'être universel, l'universelle activité. Par conséquent, cette puissance en vertu de laquelle chaque être de la nature existe et agit n'est autre chose que la puissance même de Dieu.

Cela est vrai de l'homme tout aussi bien que du reste des êtres. « La plupart des philosophes, dit Spinoza, s'imaginent que les ignorants, loin de suivre l'ordre de la nature, le violent au contraire, et ils conçoivent les hommes dans la nature comme un État dans un État. A

1. Traité politique, chap. i, art. 4, page 339 de notre tome U,

niTEOOUGTION. â05

s en croire, en effet, Tâme humaine n'est pas produite ar des causes naturelles, mais elle est créée immédiaîment par Dieu dans un tel état d'indépendance par apport au reste des choses qu'elle a un pouvoir absolu le se déterminer et d'user parfaitement de la raison. Or l'expérience montre surabondamment qu'il n'est pas plus en notre pouvoir de posséder une âme saine qu'un corps sain'... »

L'homme est donc une partie de la nature, rien de plus; en d'autres termes, la puissance en vertu de laquelle chacun de nous existe et agit est, comme celle de tous les autres êtres, une partie de la puissance de Dieu. Cela posé, il est clair que Dieu ou la Nature a droit sur toutes choses. Car puisqu'il n'y a rien en dehors de son être et de sa puissance, il n'y a aucune limite possible à son droit. Est-ce à dire que ce droit universel de Dieu supprime tous les droits des êtres particuliers? Non, dit Spinoza, tout être particulier est un fragment de Dieu. Sa puissance est un fragment de la puissance de Dieu. Il a donc aussi son droit qui est un fragment du droit universel de Dieu, et cette portion de droit que possède chaque individu se mesure exactement sur sa puissance. Dieu est tout, peut tout, et son droit est illimité comme ^ puissance et comme son être; chaque individu, homme, plante ou caillou, peut quelque chose, un peu plus, un peu moms, et autant il a de puissance, mimî Û a de droit.

« Les poissons, dit Spinoza, sont naturellement t^Us [>our nager; les plus grands d'entre eux »uni JUIf*» p^Hf îianger les petits; et conséquemment, en vei^tw m H\V.\\-

Page 1