Ibid,t eh. ti, art
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je ne parle pas du cas où le roi , livré à la débauche, gouverne toutes choses au gré de telle ou telle de ses maîtresses ou de quelque favori •... »
A cette monarchie abrutissante et factice Spinoza substitue un plan de monarchie pondérée. Entre le peuple et le roi il place un grand Conseil dont les membres sont . choisis par le roi sur une liste de candidats désignés par les familles. Ce conseil est à la fois une assemblée législative et un conseil du gouvernement, de sorte que le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif se mêlent et 86 partagent entra le grand Conseil et le roi. Quant au pouvoir judiciaire , Spinoza a compris qu'il devait le mettre à part, et il institue à cette fin un second conseil émané du Conseil suprême et indépendant du roi.
Ce même esprit de mesure et de pondération se retrouve dans le plan que trace Spinoza du meilleur gouvernement aristocratique. Il va même si loin dans la ^cherche des tempéraments et des contre-poids que sa Qmstitatlon devient d'une complîcatîon fatigante et presque inextricable. Ainsi il commence par eoiieentrer tous les pouvoirs dans une grande Assemblée où siège ï totalité des patriciens. Puis fl tîne de cette assemblée m conseil des Syndics, chargé de renier tu maintien le la constitution et des lois. Pois, p<mr faeiliter raetim dministrative qu'une assemWée nombreux ne peut isément exercer, il feût éboisir par le corps aoUiier de* atriciens une sorte de coosdl eté^tHH <juTl «pp^ne énat. Ce Sénat lui-même ^iwferw^ à f «Me ^xm oertam [>mbre de Consuls, de sorte q«^ i^ oweiâne de Spinoza
se complique d'un nouveau ressort à chaque nouveau besoin qui se fait sentir, à chaque nouveau danger qui se laisse entrevoir.
Le temps et la vie lui ont manqué pour nous développer ses plans de démocratie tempérée * et je ne sais s*il faut beaucoup le regretter. La seule idée vraiment notable qu'on puisse saisir parmi ses travaux politiques, avec cette vue si éminemment juste du gouvernement pondéré, c*est la grande idée de la liberté de conscience et de la pensée.
Ici encore une fois les principes généraux de Spinoza ne feraient pas attendre un défenseur de la liberté II enseigne que Tindividu en entrant dans la vie sociale remet tous ses droits entre les mains de TÉtat. Adversaire violent de Tesprit théocratique , il ne se contente pas de séparer TËtat et la religion ; il prétend soumettre la religion à TÉtat, sinon dans les sentiments intimes qui la constituent, au moins dans toutes ses manifestations extérieures'. Malgré tout cela, Spinoza réclame avec force la liberté pour la conscience et en général pour la pensée.
« S'il était aussi facile, dit-il, de commander à l'esprit qu'à la langue, tout pouvoir régnerait en sécurité et nul gouvernement n'appellerait la violence à son secours. Chaque citoyen, en effet, puiserait ses inspirations dans l'esprit du souverain et ne jugerait que par les décrets du gouvernement du vrai et du faux, du bien et du mal, du juste et de l'injuste. Mais il n'est pas possible qu'un homme abdique sa pensée et la soumette absolument i
i . Le Traité politiqiAe est resté inachevé.
2. Voyez Traité théologico-politique, chap. xu. — Gomp. Traité polUiqvtt ebap. 111, art. i 0.
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celle d' autrui. Personne ne peut faire ainsi Tabandon de ses droits naturels et de la faculté qui est en lui de raisonner librement et de juger librement des choses ; personne n'y peut être contraint. Voilà donc pourquoi on considère comme violent un gouvernement qui étend son autorité jusque sur les esprits ; voilà pourquoi le souverain semble commettre une injustice envers les sujets et usurper leurs droits, lorsqu'il prétend prescrire à chacun ce qu'il doit accepter comme vrai et rejeter comme faux, et les croyances qu'il doit avoir pour satisfaire au culte de Dieu. C'est que toutes ces choses sont le droit propre de chacun, droit qu'aucun citoyen, le voulût-il, ne saurait aliéner *... »
Ceux qui veulent soumettre à l'État les croyances religieuses confondent deux sphères très-distinctes, celle des actes et celle des opinions. Les actes tombent sous la prise des lois ; mais les opinions sont en dehors de leur empire, à moins , bien entendu , qu'elles ne soient expressément séditieuses et ne provoquent la ruine de l'État. « Par exemple, quelqu'un pense-t-il que le pouvoir du Souverain n'est pas fondé en droit , ou que personne n'est obligé de tenir ses promesses, ou que chacun doit vivre selon sa seule volonté , et autres choses semblables qui sont en contradiction flagrante avec le pacte social, celui-là est un citoyen séditieux , non pas tant à cause de son jugement et de son opinion qu'à cause de l'acte enveloppé dans de pareils jugements. Par là , en effet, par cette manière de voir , ne rompt-il pas la foi donnée , expressément ou tacitement, au souverain pouvoir? Mais quant aux autres opinions qui n'enveloppent
ié Traité théohgico-poliliqte, ç\ià^, VL,
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pas quelque acte en elles-mêmes, qui ne poussent pas à la rupture du pacte social, à la vengeance, à la colère» elles sont parfaitement innocentes *... »
Et en eflet, quelle est la fin dernière de l'État? « Ce n*est pas de dominer les hommes, de les contenir par la crainte, de les soumettre à la volonté d'autrui, mais tout au contraire de permettre à chacun, autant que possible, de vivre en sécurité, c'est-à-dire de conser^'er le droit naturel qu'il a de vivre sans dommage ni pour lui, ni pour autrui. Non, dis-je, l'État n'a pas pour fin de transformer les hommes d'êtres raisonnables en animaux ou en automates , mais bien de faire en sorte que les citoyens développent en sécurité leur corps et leur esprit, fassent librement usage de leur raison , ne rivalisent point entre eux de haine, de fureur et de ruse, et ne se considèrent point d'un œil jaloux et injuste. La fin de l'État, c'est donc véritablement la liberté. »
On dit que la liberté a des inconvénients; mais la compression des consciences n'en a-t-élle point f
« Quoi de plus funeste pour un État , s'écrie Spinoza, que d'envoyer en exil comme des méchants, d'honnêtes citoyens, parce qu'ils n'ont pas les opinions de la foule et qu'ils ignorent l'art de feindre ? quoi de plus &tal que de traiter en ennemis et d'aivoyer à la mort des hommes qui n'ont commis d'autre crime que celui de penser avec indépendance? Voilà donc l'échafaud, épouvante des méchants, qui devient le glorieux théâtre où la tolérance et la vertu brillent dans toutleur éclat et couvrent publiquement d'opprobre la majesté souveraine ! te citoyen qui se sait honnête homme ne redoute point la
I. Traité théQlogic<hpomque, efaap. ts. <- Gonp» TraUé poUttqm^ ck« ui*
mort comme le scélérat et ne cherche point à échapper au supplice. C*est que son cœur n'est point torturé par le remords <f avon* commis une action honteuse : le supplice lui parait honorable et il se fait gloire de mourir pour la bonne cause et pour la liberté. Quel exemple et quel bien peut dô^c produire une telle mort dont les motifs ignorés par les gens oisifs et sans énergie sont détestés par les séditieux et chéris des gens de bien ? A coup sûr, on -ne saurait apprendre à ce spectacle qu'une seule chose, à imiter ces nobles martyrs •... »
Ici Spinoza, si abstrait d'ordinaire et pour ainsi dire si impersonnel, ne peut s-empêcher de faire un retour si»'lui-méme et de remercier son pays de lui avoir procuré une liberté d'opinion alors inconnue au reste de l'Europe :
« Faut-il prouver que cette liberté de penser ne donne lien à aucun inconvénient que l'autorité dusouverain pouvoir ne puisse facilement éviter et qu'elle suffit à retenir des hommes ouveii^ement' divisés de sentiments dans un respect réciproque de leurs droits?. Les exemples abon^ dent et il ne faut pas les chercher bien loin : citons la ville d'Amsterdam dont l'accroissement considérable, objet d'admiration pour les autres nations, n'est que le fruit de cette liberté. Au sein de cette florissante république, de cette ville éminente, tous les hommes de toute nation et de toute secte vivent entre eux dans la concorde la plus parfaite, et pour confier ou non leur bien à quelque citoyen, ils ne s'informent que d'une chose : est-il riche ou pauvre, fourbe ou de bonne foi? Quant aux différentes religions et aux différentes sectes, que leur