‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 93 sur 101 · CicéroB, Dû nolum Devnim^ I, to · texte numérisé non relu

CicéroB, Dû nolum Devnim^ I, to

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ment et' si justement reprochée à l'école stoïcienne, le sage stoïcien est dans mie indépendance absolue ; son âme s'est peu à peu dégagée par sa propre vertu de toutes les entraves qui Tenchainaient. A l'abri des coups du sort, insensible à toutes choses, maître de soi, n'ayant besoin que de soi, il trouve en soi une sérénité, une liberté, ime félicité sans limites. t)e n'est plus un homme, c'est un Dieu ; c'est même plus qu'un Dieu, car le bonheur des dieux est le privilège de leur nature , tandis que la félicité du sage est une conquête de sa liberté.

C'est ainsi que le stoïcisme, après s'être élevé à l'idée d'une force universelle et infinie , principe de toutes les forces de la nature, faute d'avoir suffisamment dégagé cette force des liens de la matière, chercha dans la créature la perfection qu'elle n'avait pas su reconnaître dans le créateur , et divinisant l'homme, se perdit dans une sorte de matérialisme héroïque.

Nous trouvons un caractère opposé, un caractère tout mystique dans le panthéisme de l'école d'Alexandrie.

Toutes les spéculations de cette grande école se rattachent à sa doctrine de la trinité. Suivant les alexandrins, Dieu est triple et un tout ensemble. Au sommet le plus élevé plane l'Unité ; au-dessous l'Intelligence, identique à l'Être, ou le Logos; au troisième rang l'Ame universelle ou l'Esprit. Or ce ne sont pas là trois dieux» mais trois hypostases d'un même Dieu. Qu'est-ce maintenant qu'une hypostase? ce n'est point une 'substance, ce n'est point un attribut, ce n'est point un mode, ce n'est point un rapport. Qu'est-ce que l'Unité? elle est au-dessus de l'Intelligence et de l'Être, au-dessus de la raison ; elle est incompréhensible et ineflfable. Sans être intelligente, elle enfante l'Intelligence; elle produit l'Être

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et elle-même n'est point un être. A son tour rintelligence, immobile et inactiye, produit TAme, principe de l'activité et du mouvement. Est-ce assez de ténèbres? est-ce assez de contradictions ?

Un examen approfondi, sans résoudre toutes ces contradictions, sans dissiper toutes ces ténèbres, les éclaircit. Quand l'âme humaine, imposant silence à Timagination et aux sens, scTecueille en soi-même comme dans un temple consacré à Dieu pour méditer sur le principe de son être, quand elle oppose aux misères de cette existence ftigitive Tidéal d*une vie parfaite, le premier moyen qu'elle possède de se représenter Dieu, c'est d'étendre à l'infini toutes les perfections dont elle porte la trace. C'est là le premier eflfort d'une âme philosophique. Elle s'élève de la connaissance de soi-même à la connaissance de Dieu, se souvenant qu'elle est faite à son image et qu'elle est comme un miroir où Dieu a réuni et concentré l'image de toutes ses perfections. L'âme est une activité intelligente ; mais cette intelligence n'embrasse qu'un petit nombre d'objets et de rapports; elle est sujette au doute et à l'erreur; cette activité est limitée à une sphère restreinte, et Jans cette étroite sphère il faut qu'elle lutte et souvent' qu'elle succombe. Dieu, au contraire, est une in- Blligence qui embrasse tous les objets et tous les raports, une activité qui remplit tous les espaces et tous îs temps, et qui répand partout l'ordre, l'être, la vie. e Dieu, conçu comme un parfait modèle dont l'âme iimaine est une copie, cette Ame infinie et universelle» est la troisième hypostase de la trhiité alexandrine. est là Dieu sans doute, mais ce n'est pas Dieu tout itier; ce n'est pas un Dieu qui puisai suffire à la

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pensée humaine et où la dialectique puisse s'arrêter.

Ce Dieu, en effet, si élevé aiMlessus de la nature et de l'humanité, participe de leurs misères. Il agit, il se développe, il se meut. Il a beau remplir tous les espaces et tous les temps ; il tombe lui-même dans l'espace et dans le temps. Il connaît et il fait toutes choses, mais il n'est pas le premier principe des choses ; car il ne peut les connaître et les faire qu'à condition d'emprunter! un principe plus élevé l'idée même et la substance des êtres qu'il réalise. Au-dessus d'une activité intelligente qui conçoit et réalise dans Fimmensité de l'espace et da temps les types étemels des choses, nous concevons l'intelligence en soi qui contient dans les abimes féconds -de son unité ces types eux-mêmes. Cette pen&ée absolue, simple, immobile, supérieure à l'espace et au temps, c'est Dieu encore, c'est la seconde hypostase delà trinité alexandrine.

Il semble que la pensée ait ici atteint le plus haut terme de son développement. Quoi de plus parfait que de penser et d'agir, si ce n'est de posséder en soi la plénitude de la pensée et de la vie, la plénitude de l'être? Mais la pensée humaine ne peut encore s'arrêter là. Une nécessité inhérente à ce qu'il y a de plus divin dans sa nature la presse et l'agite, et ne lui laissera de repos ([ue quand elle aura atteint un point où le désir de la pe^ fection suprême s'épuise dans la possession parfaite de son objet.

Dieu est la pensée absolue, l'être absolu. Or qu'est-ce que la pensée? quel en est le type? c'est la pensée humaine, la pensée liée à la personnalité. £t puis qu'est-ce que l'être et quel en est pour nous le premier modèle? c'est l'être de cette fragile créature que nous sommes. Mais

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quoil l'être de Dieu 8era-t41 comparable au nôtre? la pensée de Dieu 8era4-eUe analogue à celle des hommes? Penser, c'est connaître un objet extérieur dont on se distingue ; rien n'est antérieur à Dieu. Penser, c'est avoir conscience de soi, c'est se distinguer, se déterminer par rapport à autre chose; or il ne peut y avoir en Dieu ni distinctioBy ni détermination, ni relation. Ce n'est donc pas encore considérer Dieu en soi, mais relativement à BOUS, que de se le représenta comme la pensée, comme l'être. Dieu est au-dessus de la pensée et de l'être ; par conséquent, il est en soi indivisible et inconcevable. C'est l'Un, c'est le Bien ; c'est la première hypostase de la trinité alerandrine.

Voilà les trois termes qui composent cette obscure trinité. Le genre humain, c'est-à-dire la raison encore impar&itement dégagée des sens, s'arrête à TAme universelle, principe mobile du mouvement; la raison des philosophes s'élève plus haut, jusqu'à cette Intelligence immobile où reposent les essences et les types de tous les êtres ; l'amour, l'extase, peuvent seuls nous faire atteindre jusqu'à l'Unité absolue.

Ceite doctrkie est évidemment panthéiste et mystique tout ensemble. Elle est panthéiste; car elle pose en principe une Unité d'où émane nécessairement la série des hypostases divines. Or la même loi qui a fait sortir l'Intelligence de l'Unité et l'Ame de l'Intelligence, s'applique à l'Ame pour en tirer des êtres inférieurs, et de ceux-oî émanent de nouveaux êtres jusqu'à ce que soit atteinte la limite do la réalité et du possible. Ainsi, le dernier et le plus grossier des corps inanimés se rattache par des anneaux intermédiaires à l'Être divin. Il est encore l'image, bien plus, il est le produit de l'unité absolue;

il est l'unité multipliée, d*infinie devenu finie, et de nécessaire contingente, par une loi uniforme d'émanation qui tire incessamment le nombre de l'Unité pour le faire rentrer ensuite dans l'Unité '.

L'esprit mystique ne se montre pas avec moins d'évidence dans les philosophes d'Alexandrie. Et, en effet, qu'est-ce à leurs yeux que le monde où nous vivons? une image de plus en plus affaiblie de l'existence divine, ou pour mieux dire, un abaissement de la divinité. Une seule chose est vraiment bonne et vraiment réelle, c'est l'Unité. L'Unité seule est immobile et pure; immédiatement au-dessous de l'Unité apparaissent la mobilité, la différence, la limite, l'imperfection K Le second principe, l'Intelligence, est déjà une déchéance de l'être; car la pensée, même absolue, implique une différence et une sorte de mouvement, la différence du sujet et de l'objet, de la pensée et de l'être, et le mouvement qui les unit. Au-dessous de l'Intelligence, Dieu s'abaisse encore en se divisant. Il agit, il fvoduit des êtres imparfaits et mobiles, et cette production altère et corrompt de plus en plus sa nature en la rendant accessible aux limitations de l'espace et aux vicissitudes du temps.

Bien que placé à un degré élevé dans l'échelle des êtres, l'homme est plein de faiblesses et d'imperfections. La vie terrestre est une vie d'illusion et de mensonge qui dure à peine quelques instants fugitifs. Uhommene vaut que par la pensée, qui le dérobe à ce monde misérable et le transporte aux sublimes régions. Il faut

1. Plotin, Ennéades, V, livre i, 6. — Comp. Porphyre, Vie de Phtin, î,

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