Ennéades, V, livre viii
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donc se recueillir en soi ; il faut rompre les liens qui nous unissent à la terre; il faut en soi-même supprimer tout ce qui tendrait à-abaisser notre être en le répandant au dehors. Plus d'activité extérieure ; plus de réflexion même et plus de retour sur soi. L'activité est mauvaise, la pensée est mauvaise, la vie et Têtre sont mauvais ; il n'y a de bon que Textase, parce qu'elle supprime l'activité, la pensée, l'existence individuelle, emporte l'âme au sein de Dieu, et la plonge dans l'océan de l'unité \
£n résumé, les panthéistes alexandrins, partis de l'infini, de l'unité, dont la notion sublime les domine et les enivre, après un puissant effort pour expliquer l'humanité et la nature, pour leur assigner leur véritable degré de réalité et leur véritable prix, retombent en quelque sorte sur eux-mêmes, accablés et impuissants , et affaiblissant de plus en plus l'être du monde au profit de l'être de Dieu, finissent par nier la vie de la nature et la vie humaine, et par ne vouloir affirmer, penser, aimer que Dieu. Leur panthéisme aboutit au quiétisme absolu.
Avec les derniers soutiens du système alexandrin s'éteint la philosophie, et pour la retrouver dans toute la liberté et dans toute la maturité de son développement, il faut remonter jusqu'au siècle de Descartes. Le panthéisme va bientôt renaître; nous Talions voir se produire dans les deux plus grandes écoles des temps modernes, l'école cartésienne et l'école de Kant. Il aura à son service des génies pleins de force et d'originalité, un Spinoza, un Hegel ; mais quelques progrès qu'il ait
1. Plotiu, Ennéades, VI, Ihre vu, 1 1 ; ibid», 34. To $ï îami i^v oO 9éa|ta, âXkd àX/104
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accomplis par la précision plus forte de son principe, par la vigueur plus parfaite de ses déductions, par Vandace de ses dernières conséquences, nous allims nous convaincre que la nature des choses a soumis ses nouveaux développements à la même loi.
Le père de la philosophie moderne, après avoir n^ mené par une analyse hardie le monde corporel à la seule étendue et le monde spirituel à la seule pensée, avait laissé à ses successeurs le soin d'expliquer ce duar lisme. Il était impossible de s'y tenir. L'amour de l'unité, entre mitres causes dont nous n'avons pas 1 nous occuper, devait susciter l'idée de ramaier l'étendue et la pensée à un principe eonmiun, l'être, la substance, dont l'étendue et la pensée seraient les deux formes nécessaires et essentielles.
Cette idée se rencontre chez tous les disciples de fiesr cartes, mais il en est deux qui lui ont donné un dévelop^ pement puissant et original, c'est Malebranche et Spinon.
Ce qui séduisit tout d'abord Malebranche à la philo^ Sophie de Descartes, c'est qu'elle dégage nos esprits des liens du monde corporel, et nous apprend à considérer les objets des sens comme bien peu de chose. Quasd on commence à réfléchir, on s'imagine que ce qu'Uyi de plus clair au monde, de plus accessible, de plus ce^ tain, de plus réel, ce sont les corps qui nous environnent. Pure illusion 1 car rien au fond n'est plus obscur, ni moins substantiel. Il n'y a de clair que les idées, il n'y a de réel que les objets du monde intelligible, il l'y a de vraie lumière que la lumière de la Maison qui éclaire l'âme en ses profondeurs '.