‹ Œuvres, tr (volume 3)Chapitre 95 sur 101 · Voyez la Recherche de la vérité ^ livre I, ch, y, x, xx · texte numérisé non relu

Voyez la Recherche de la vérité ^ livre I, ch, y, x, xx

lanuHKicnoH. S99

Au fiMid les sens n'ont rien à nous oire sor la nature À l'essenoe des corps; Us noua font seulement savoir en luoi ces objets peuvant nous tAre agréables ou fâcheux, utiles ou nuîsîUea. Ha servent aux nécessités de la vie oiaiéridle ei n'ont rien à démêler avec les besoins supérieurs de la science. La science vit de lumière; eUe se fait avec des idées; elle n'écoute que la raison.

Consultons la raison : nous assure^^e de l'existence actuelle des corps? mm ; elle nous dit qu'il y a une idée deg corps, l'idée de l'étendue avec tous les modes qui la peuvent diversifier. Or cette idée n'implique pas l'existence actuelle; autrement t il faudrait prétendre que l'univers matériel est aussi nécessaire que Dieu, et qu'il existe par la vertu de son essence. H n'en est rien; l'idée de l'univers matériel ne r^résente qu'une étendue possible, laquelle est capable d'une infinité de figures et de ittottv^aients. Cette étendue existe-t^lle efiectivement? Q'est ce que la raison ne peut démontrer.

Si donc nous éticms réduits aux lumières naturelles, si nous ne savions point de source supérieure que Dieu a daigné donner l'existence à l'étendue et au mouvement, nous devrions considérer le monde corporel comme parement possible et ne rien aflirmer sur sa réalité '.

On dira peut-être que nous sommes certains du Qkoins de l'existence de notre corps, puisque nous le remuons. C'est encore une illusion. Le malade à qui l'on dent d'amputer un btas croit y sentir de la douleur. Et (ui de nous n'a traversé en rêve des espaces inmienses, Aut en restant immobile dans son lit 7 Écartons ces

t. EntrtUcmmétaphytiqueSf 4* éntret.

impmssMt» ÎDrertaines, tusM Téridkiaes et tantôt trompeuses, ci ne rroyons qa*i rinfaiHible raison. EDe Doas dira que fârae est une substance pensante, le eorps nue sobstanee étendue, et qo'-fl n'y a entre Féfendne et la pensée ancone ecHnmnnication conce- ▼able.

Comment Fâme d*ailleiirs seraH-eUe malfaresse des mooTements da corps, paisqa*elle ne Test pas de ses propres modificaticms ? De même que tout se réduit,^ dans la substance étendœ, à la figure et an mourement, de même tout se réduit, dans la substance pensante, aox perceptions de l'entendement et aux inclinations de la volonté. L'âme reçoit diverses perceptions, comme le corps diverses figures, et elle se porte vers tels ou tels objets, comme le corps se meut suivant telle ou telle direction. Ce n'est point le corps qui se donne à luimême sa figure et son mouvement ; il les reçoit du dehors ; ce n'est pas non plus l'âme qui peut changer l'ordre de ses pensées, toujours réglé par les lois universelles de la raison, ni le cours de ses inclinations qui dépend de l'amour primitif du bien, amour inhérente son essence , loi suprême de tous les êtres sensibles et intelligents'.

Que peut donc notre volonté? Hélas ! une seule chose, se tromper et faillir, c'est-à-dire arrêter sur un bien inférieur la force qui nous a été donnée pour aimer tous les biens selon le degré de leur excellence relative. Nous aimons à nous attribuer un pouvoir illimité sur nousmêmes et sur la nature. C'est que nous nous connaissons à peine. Notre âme n'a pas proprement l'idée d*elle-

i . MédiUiHona chrétiennes, Y, VI,

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même ; elle ne se voit pas dans son archétype, elle se sent. Si nous avions l'idée de la substance pensante, comme nous avons l'idée du nombre ou Tidée de l'étendue, nous saurions de quelles modifications Vâme humaine est capable aussi clairement que nous savons ce que c'est que le nombre pair ou la figure sphérique ; nous aurions la notion claire et distincte de la doulenr, de la volonté, du libre arbitre, toutes choses dont nous n'avons qu'un sentiment confus. Condition étrange et humiliante, nous connaissons mieux le corps que l'âme, en ce sens que nous connaissons le corps en général par l'idée ou l'archétype qui le représente, au lieu que nous ne connaissons l'âme que par sentiment.

Que savons -nous donc en définitive , condamnés comme nous le sommes à nous défier des sens , de l'imagination et de la conscience elle-même? nous savons qu'il y a des idées, que ces idées sont la règle immuable de nos pensées, qu'en nous attachant à elles, nous sommes dans la vérité , dans la lumière , dans l'ordre, et qu'aussitôt que ces idées s'obscurcissent à nos regards, nous ne sommes que trouble, erreur, ignorance, désordre et corruption.

Où sont-elles ces idées ? elles ne sont pas des formes de notre être; car nous sommes changeants et elles sont immuables ; nous sommes sujets à l'erreur, et elles sont infaillibles ; nous sommes pleins de confusion, et elles sont resplendissantes de lumière ; nous sommes finis et imparfaits, etles idées expriment toutes , chacune à sa manière, l'iafinité et la perfection. Elles éclairent notre faible raison et elles la dominent. Dans leur essence immuable, dans leur enchaînement lumineux et infini , I. 26

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elles constituent la raison en soi, la raison universelle, la vérité, Dieu*.

Oui, nous voyons Dieu d*une vue immédiate , et c'est en lui que nous voyons toutes choses. Car Vétre infini est infiniment intelligent. Il est la raison même, la vérité même. Il embrasse dans Tunité de son être toutes les essences, toutes les idées, les archétypes de toutes choses. Chaque idée n*est proprement que Fétre même de Dieu en tant qu'il peut être communiqué à telle ou telle espèce d'objets. L'idée de retendue, par exemple, c'est Dieu en tant qu'il peut communiquer à des êtres sensibles quelque chose de son étendue intelligible. Et ainsi de toutes les autres idées. Dieu donc, placé luimême au-dessus des idées, les enferme toutes en sou essence , où il les voit et les cont^nple éternellement. C'est là le dialogue éternel de Dieu avec son Verbe, conversation mystérieuse, où Dieu, comme être, se livre tout entier à Dieu comme intelligence, où le Père communique au Fils toute sa substance. Ce Verbe divin, cette raison éternelle luit dans nos âmes et nous fait voir Dieu même et quelques-unes des idées enfermées en lui. Voilà notre faible raison.

Maintenant ce Dieu qui est vérité et pensée est aussi ordre et amour. Il se connaît et il s'aime, et il aimelous les êtres qui peuvent émaner de lui au degré même où chacun d'eux le représente. En nous communiquant quelque chose de son intelligence et de sa vérité, il nous a donné quelque chose de son amour, c'est-à-dire de l'amour du bien suprême et de tous les biens qui en participent. Cette étincelle d'amour est ce que nous ap-

i. Entretiens métaphj^uu. S* «Atfet*

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pelons notre volonté : vouloir, c'est se porter vers ce qu^on aime ; et on ne peut aimer un objet que dans la mesure où il est bon , c'est-à-dire où il participe de la bonté divine, seule aimable par elle-même. Nous aimons donc tout en Dieu comme nous voyons tout en lui. Dieu est le principe de nos inclinations et de nos actions, comme il est le principe de nos pensées, comme il est dans l'univers physique le principe de toutes les formes et de tous les mouvements'.

Et comment le Créateur ne serait-il pas la cause universelle, la seule cause vraiment eflScace? Qu'est-ce qu'une créature ? un être qui n'est point par lui-même et qui tient son être de Dieu , c'est-à-dire un être qui de soi tend au néant, qui ne persévère dans l'être que par l'efficace de la volonté divine. L'idée d'une créature n'implique aucune efficace propre. Elles n'en ont pas et n'en peuvent avoir ; car le moyen de concevoir qu'un être créé et dépendant se donne à lui-même telle détermination, par exemple, si c'est un corps, tel mouvement, ou, si c'est une âme, telle volonté ? Il est de principe que la conservation des créatures est une création continuée, qu'à chaque moment toute créature a besoin pour se conserver d'un acte semblable à celui qui l'a tirée du néant. Or un corps, à tel moment donné, possède telle figure, tel mouvement. Dieu le crée donc avec cette figure et ce mouvement. Supposez ce corps capable de se donner, à ce moment même, une autre figure et un autre mouvement, ce serait supposer que ce corps éurmonte l'action divine, qu'il se fait tel ou tel , qu'il se crée lui-même. Donc Dieu seul a le pouvoir, Dieu seul a

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