CINQDIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ
DÉMONSTR. L'éternité est l'essence même de Dieu, en tant que cette essence enveloppe l'existence nécessaire {par la Déf, 8, part, 1). Par conséquent, concevoir les choses sous le caractère de l'éternité, c'est concevoir les choses en tant qu'elles se rapportent, comme êtres réels, à l'essence de Dieu, en d'autres termes, en tant que par l'essence de Dieu elles enveloppent l'existence. Ainsi donc notre âme, en tant qu'elle connaît son corps et soi-même sous le caractère de réternité, possède nécessairement la connaissance de Dieu et sait, etc. C. Q. F. D.
Propos. 31. La connaissance du troisième genre dépend de Vâme comme de sa cause formelle^ en tant que l'âme ellemême est éternelle,
Démonstr. L'âme ne conçoit rien sous le caractère de l'éternité qu'en tant qu'elle conçoit l'essence de son corps sous le caractère de l'éternité {par la Propos. 29, part. 5), c'est-à-dire (par Içs Propos, 21 e^23, part, 5) en tant qu'elle est étemelle ; par conséquent {en vertu de la Propos. précéd.)y en tant que l'âme est éternelle , elle possède la connaissance de Dieu, et cette connaissance est nécessairement adéquate {parla Propos. 46, part. 2); d'où il suit que l'âme, en tant qu'éternelle, est propre à connaître toutes les choses qui résultent de cette même connaissance {par la Propos, 40, part, 2), c'est-à-dire à connaître les choses d'une connaissance du troisième genre {/xiyeZ'en la Déf. au Schol, 2 de la Propos. 40, part. 2), et ainsi (par la Déf, i,part. 3) c'est l'âme en tant qu'éternelle qui est la cause adéquate ou formelle de cette connaissance. G. Q. F. D.
Schol. Ainsi donc, à mesure que chacun de nous possède à un plus haut degré ce troisième genre de connaissance^ il a de soi-même et de Dieu une conscience plus pure ; en d'autres termes, il est plus parfait et plus heureux, et c'est ce qui deviendra plus évident encore par la suite de ce traité. Mais il faut remarquer ici que, tout certains que nous soyons déjà que l'âme est éternelle, en tant
qu'elle conçoit les choses sous le caractère de Téteinîté, tcmtefois, pour expliquer plus aisément les propositiopi qui vont suivre et pour les miaui^ faire comprendre, noQt considérerons Tàme, ainsi que noua ravons fait jusqu'i ce moment, comme si elle comwepçait actuellement d'exister et de concevoir leS choses sous le caraetère de l'éternité ; et nous n'avons à craindre aucun danger en suivant cette marche, pourvu que nous prenioQB garde de ne rien conclure qui ne repose sur de eloires prémisses.
Propos. 32. Tout ce que nous connaissons (Tum eênmiih ' sance du troisième genre nous fait çprouifer im sentiment de joie accompagné de l'idée de Dieu comme cause de n$tH joie,
Demonstr. De cette espèce de connaissance naît peur rame la paix la plus parfaite^ c'est-à-dire {par la Héf. S5 des passions) la plus parfaite joie c^u'elle puisse ressentir, et cette joie de l'âme est accompag]i|ée de l'idée de sdmôme {par la Propos. 27, part. 5), et partant de l'idée de Dieu à titre de cause {par U Propos. 30» par$^ 5). C. Q. F. a
CoaoLL. Cette connaissance àa troisième gewe pro49it nécessairement l'amour intellectuel de Dieu; car eDerpco* 4mt (par la Propos, précéd.) une jede accon^^aenèn i» ridée de Dieu comme cause, c'est-i-dire {par la JUf. 6 (bi passions) l'amour de Dieu, non pas en tant qu« noua kast ginons Dieu comme présent, maia (par UfPryM^ % part* 5) en tant que nous le concevons comme étemieL Qi cet amour est justement ce que j'appelle l'aniow îotettKS^ tuel de Dieu.
Propos. 3a. JU amour intellectuel de Iii$v^ fiM fuift 4f^ la connaissance du troisième genre ^ est étemel,
DÉMONSTR. La connaissance du troisième genre ctstétttr* nelle {par la Propos. 31, part. 5> et l'Axiome %parÉ.,il^ et, en conséquence (par le même Axiome)^ l'amoar qui natt de cetiH conn^ssance est nécessairement éteirnol» ft 0- F. D.
CINQUIÈME PÂ|ÇXa(« ^ DE LA LIfiERTÉ. g|3
f^çjim. Bien qnLer cel amour intellectttel éiei Dieu n'ait fm tpu d« commencemeat (jaa?» /a Propos. pré€éd.)y il a e^eiidast toutes les peirfectioiis de Tamour, absolument f^mmi^ s'il avmt une opigjuie, ainsi que nous l'avons siipposé dans le Coroll. de la Propos, précédente. Et il n'y a }à diantre différence, sinon que Tâme a possédé éterncll^tment ces mêmes perfections qu& nous avons supposé ^'dle commençait d'acquérir, et cette possession éternelle a été accompagnée de l'idée de Dieu comme de ^a çMise étemelle; et certes^ si la |(He consisté dans le paa- Mge à ime perfection plus grande» la béatitude doit consister pour Tâme dans la possession de la perfection eUe-même.
Propos. 34. L'âme n'e&t sujette que pendant la durée du pQrp$ aux a ffeetions passives.
DtoONSTR. Un acte d'imagination, c'est une idée par laçielie rame aperçoit un objet comme présent {vt^yez, la t^» de l'Jmaffination dans le Scbol. de la Propoe, 17, part, 3) et qui cependant marque plutôt l'état présent du eorpa bumain que la nature de l'objet extérieur {par le Cotroll. 2 de la Propos. 16, part. 2). En conséquence, nne pi^sion {par la Déf. générale des passions)^ c'est un acte é'ÔBaginatiaa en tant qu'il expiime l'éiat présant du tUfpa^ d'où il suit(|Mrr la Pv^iM. 21 » jaort. 5) que l'âme n*est sujette aux passions que pendant la durée du corps.
Coiuux, n suit de 1|^ ^^'il n'j a d'iitnmm éternel que ^Miour inteUectnejl,
%fWiL' Si Von examine l'oj^mon dn commun des boinmes, on verra qu'ils ont conscience de l'éterniié do \tm (tme, mais qu'ils confondent cette éternité avcM^ la 4wr^ et là conçoivent par l'imagination ou la mémoire) jairsnadés que tout cela subsiiste aprè4 la mortt
Paûpos. SSi. Dieu s'aimer soirpuême ifun omoto* intellectml infini.
PIliORsmt Dieu est absolument infini {par la i^f. Q, f$l^, l)i»P^ conséquent C^ vertu de la IHf. Q^P^rt. SS)ila
284 fTHIQUE.
nature de Dieu jouit d'une perfection inCnie accompagn^^ {par la Propos. 3, part. 2) de l'idée de soi-même, à titre de cause (par la Propos. H et VAx. 1, part. 1). Or, c'est cela même que nous avons appelé amour intellectuel dans le CoroU. de la Propos. 32, part. 5.
Propos. 36. Uamour intellectuel de tante pour Dieu est tamour même que Dieu éprouve pour soi^ non pas en tant qu infini y mais en tant que sa nature peut s'exprimer par tessence de l'âme humaine considérée sous le caractère de Vétemité , en d'autres termes, l'amour intellectuel de Pâme pour Dieu est une partie de l'amour infini que Dieu a pm soi-même.
. DÉMONSTR. Cet amour de Tâme doit être rapporté à l'activité de l'âme (par. le Coroll. de la Propos. 32, part. 5,e^ ta Propos. 3, part. 3). Cet amour est donc une action par laquelle l'âme se contemple soi-même, et qui est accompagné de l'idée de Dieu, à titre de cause (par la Propos, 32, part, i, et son Coroll.) ; en d'autres termes IjKff le Coroll. de la Propos. 2^, part. i,etceluidelaPropos.iii part. 2), une action par laquelle Dieu, en tant qu'il peut être exprimé par l'âme humaine, se contemple soi-même, et gui est accompagnée de l'idée de soi-même; par conséquent {en vertu de la Propos. précéd.), cet amour de l'âme est une partie de l'amour infini que Dieu a pour soi-même. C. 0. F. D.
Coroll. Il résulte de là que Dieu, en tant qu'il s'aime lui-même, aime aussi les hommes, et par conséquent que l'amour de Dieu pour les hommes et l'amour intellectuel des hommes pour Dieu ne sont qu'une seule et même chose.
ScHOL. Ceci nous fait clairement comprendre en quoi consistent notre salut^ notre béatitude, en d'autres termes notre liberté, savoir, dans un amour constant et étemel pour Dieu, ou si l'on veut, dans l'amour de Dieu pour nous. Les saintes Écritures donnent à cet amour, à cette béatitude, le nom de gloire, et c'est avec raison. Que l'on rapporte en effet cet amour, soit à Dieu, soit à l'àme,