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ire, diriger sa vie au gré des hommes, éviter ce que le vulgaire évite et courir après ce qu'il recherche.
C'est ainsi qu'ayant considéré tous les obstacles qui n'empêchaient de suivre une règle de conduite différente de la règle ordinaire, et voyant l'opposition si grande entre l'une et l'autre qu'il fallait nécessairement choisir, je me voyais contraint de rechercher laquelle des deux devait m'être plus utile, et il me semblait, comme je disais tout à l'heure, que j'allais abandonner le certain pour l'incertain. Mais quand j'eus un pim médité là-dessus, je trouvai premièrement qu'en abandonnant les avantages ordinaires de la vie pour m'attacher à d'autres objets, je ne renoncerais véritablement qu'à tin bien incertain, comme on le peut clairement inférer de ce qui précède, pour chercher un bien également incertain, lui, non par sa nature (puisque je cherchais un bien solide), mais quant à la possibilité de l'atteindre. Et bientôt une méditation attentive me conduisit jusqu'à reconnaître que je quittais, à considérer le fond des choses, des maux certains pour un bien certain. Je me royais en effet jeté en un très-grand danger, qui me faisait une loi de chercher de toutes mes forces un remède, même incertain ; à peu près comme un malade; attaqué i'une maladie mortelle, qui prévoyant une mort cer- AÎne s'il ne trouve pas un remède, rassemble toutes ses brces pour chercher ce remède sauveur, quoique incermin s'il parviendra à le découvrir ; et il fait cela, parce |a*en ce remède est placée toute son espérance. Et vériaUement, tous. les objets que poursuit le vulgaire nonleulement ne fournissent aucun remède capable de (oatribuer à la conservation de notre être , mais ils y (mt obstacle ; car ce sont ces oli^jets mêmes qui causent ilus d'une fois la mort des hommes qui les possèdent et oiyours celle des hommes qui en sont possédés.
N'y a-t-il pas plusieurs exemples d'hommes qui à cause le leurs richesses ont souffert la persécution et la mort nêiae, ou qui se sont exposés pour amasser des trésors
à tant de dangers qu'ils ont fini par payer de leur vie leur folle avarice ! Et combien d'autres qui ont souffert mille maux pour faire leur réputation ou pour la défendre I Combien enfin, par un excessif amour de la volupté, ont hâté leur mort! Or voici quelle me paraissait être la cause de tout le mal : c'est que notre bonheur et notre malheur dépendent uniquement de la nature de l'objet que nous aimons; car les choses qui ne nous inspirent point d'amour n'excitent ni discordes ni douleur quand elles nous échappent, ni jalousie quand elles sont, au pouvoir d'autrui, ni crainte, ni haine, en un mot, aucune passion; au lieu que tous ces maux sont la suite inévitable de notre attachement aux choses périssables, comme sont celles dont nous avons parlé tout i àrheure. Au contraire, l'amour qui a pour objet quelque chose d'éternel et d'infini nourrit notre âme d'une joie pure et sans aucun mélange de tristesse, et c'est vers ce bien si digne d'envie que doivent tendre tous nos efforts. Mais ce n'est pas sans raison que je me suis servi de ces paroles : à considérer les choses sérieusement; car bien que j'eusse une idée claire de tout ce que je viens de dire, je ne pouvais cependant bannir complètement de mon cœur l'amour de l'or, des plaisirs et de la gloire.
Seulement je voyais que mon esprit, en se tournant vers ces pensées, se détournait des passions et méditait sérieusement une règle nouvelle; et ce fut pour moi une grande consolation; car je compris ainsi que ces manx n'étaient pas de ceux qu'aucun remède ne peut guérir. Et bien que,'dans le commencement, ces moments fussent rares et de courte durée, cependant, à mesure que la nature du vrai bien me fut mieux connue, ils devinrent et plus longs et plus fréquents^ surtout lorsque je vis que la richesse, la volupté, la gloire, ne sont funestes qu'autant qu'on les recherche pour elles-mêmes, et non comme de simples moyens ; au lieu que si on les recherche comme de simples moyens, elles sont capables de mesure, et ne causent plus aucun dommage; loin de Ih^
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elles sont d'un grand secours pour atteindre le but que l'eu se propose, ainsi que nous le montrcroas ailleurs.
Ici je veux seulement dire en peu de mots ce que j'entends par le vrai bien , et quel est le souverain bien. Or, pour s'en former une juste idée, il faut remarquer que le bien et le mal ne se disent que d'une façon relative, en sorte qu'on seul et même objet peut être appelé bon ou mauvais, selon qu'on le considère sous tel ou tel rapport ; et de même pour la perfection et l'imperfection. iNulle chose , considérée en elle-même, ne peut être dite parfaite ou imparfaite, et c'est ce que nous comprendrons surtout quand nous saurons que tout ce qui arrive, arrive selon Tordre. éternel et les lois fixes de la nature. Mais l'humaine faiblesse ne saurait atteindre par la pensée à cet ordre éternel ; l'homme conçoit une nature humaine de beaucoup supérieure à la sienne, où rien, à ce qu'il lui semble, ne l'empêche de s'élever ; il recherche tous les moyens qui peuvent le conduire à cette perfection nouvelle ; tout ce qui lui semble un moyen d'y parvenir, il l'appelle le vrai bien; et ce qui serait le souverain bien, ce serait d'entrer en possession, avec d'autres êtres, s'il était possible, de cette nature supérieure. Or, quelle est cette nature ? nous montrerons, quand il en sera temps', que ce qui la constitue, c'est la connaissance de l'union de .P4me humaine avec la nature tout entière. Voilà donclafin i laquelle je dois tendre : acquérir cette nature humaine supérieure, et faire tous mes efforts pour que beaucoup d'autres l'acquièrent avec moi ; en d'autres termes , il importe à mon bonheur que beaucoup d'autres s'élèvent aux mêmes pensées que moi, afin que leur entendement et leurs désirs soient en accord avec les miens ; pour cela % il suffit de deux choses, d'abord de comprendre la nature universelle autant qu'il est nécessaire pour acquérir cette nature humaine supérieure; ensuite
I. Ces eboses seront expliquées plus ampleinent en leur lieu, î. Remarquez que je ne veux énumérer ici que les sciences nécessaires à notre but, et encore que je ne m'occupe pas de leur enchaînement.
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d*établir une société telle que le plus grand nombre puisse parvenir facilement et sûrement à ce degré de perfection. On devra veiller avec soin aux doctrines morales ainsi qu'à l'éducation des enfants ; et commela médecine n'est pas un moyen de peu d'importance ponr atteindre la fin que nous nous proposons, il faudra mettre l'ordre et l'harmonie dans toutes les parties de la médecine ; et comme l'art rend facileiB bien des choses dïficiles et nous profite en épargnant notre temps et notre peine, on se gardera de négliger la mécanique. Mais, avant tout, il faut chercher le moyen de guérir l'entendement, de le corriger autant qu'il est possible dès le principe, afin que, prémuni contre Terreur, il ait de toute chose une parfaite intelligence. Oli peut déjà voir par là que je veux ramener toutes les sciences à une seule fin *, qui est de nous conduire à cette souveraine perfection de la nature humaine dont nous avons parlé; en sorte que tout ce qui, dans les sciences , n'est pas capable de nous faire avancer vers notre fin doit être rejeté comme inutile ; c'est-à-dire, d'un seul mot, que toutes nos actions, toutes nos pensées doivent être dirigées vers cette fin. Mais, tandis que nous nous efforçons d'y atteindre et de mettre l'intelligence dans la bonne voie , il nous faut vivre cepèndaift ; et tî'est pourquoi nous devons convenir de ceitaines règles de conduite que nous supposerons bonnes, savdil*, tes devantes :
I. Mettre ses paroles à la portée du vulgaire et consentir à faire avec lui tout ce qui n'est pas un obstacle à notre but. Car nous avons de grands avantages à retirer du commerce des hommes, si nous nous proportionnons à eux, autant qu'il est possible, et nous préparons ainsi à la vérité des oreilles bifenveîïlantes.
II. Ne prendre d'autres plaisirs que ce qull en faut pour conserver la santé.
1 . Les sciences ont une fim UBÙftè, yen laquelle elles doWent toetet être di-
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IF. Ne rechercher Targent et toute autre chose c[u'autant qu'il est nécessaire pour entretenir la vie et la santé, et pour nous conformer aux mœurs de nos concitoyens en tout ce qui ne répugne pas à noire objet.
Ces règles posées, je commence par ce qui doit être fait avant tout le reste, et j'essaye de réformer l'entendement, et de le disposer à concevoir les choses de la manière dont elles doivent être conçues pour qu'il nous soit possible d'atteindre notre fin. Or, pour cela, l'ordre naturel exige que je résume les différents modes de perception sur la foi desquels jusqu'ici j'ai affirmé et nié sans crainte de me tromper, afin de choisir le meilleur et tout ensembl'e de commencer à connaître et mes forces et cette nature que je me propose de perfectionner.
A y regarder de près, tous nos modes de perception peuvent se ramener à quatre :
I. Il y a une perception que nous acquérons par ouïdire, ou au moyen de quelque signe que chacun appelle comme il lui plaît.
II. n y a une perception que nous acquérons à l'aide d'une certaine expérience vague, c'est-à-dire d'une expérience qui n'est point déterminée par l'entendement, et qu'on n'appelle de ce nom que parce qu'on a éprouvé que tel fah se passe d'ordinaire ainsi, que nous n'avons à I» opposer aucun fait contradictoire, et qu'il demeure, pour cette raison, solidement établi dans notre esprit.
m. Il y a une perception dans laquelle nous concluons une chose d'une autre chose» mais non d'une manière adéquate. C'est oe qui arrive * lorsque nous re-
i. Vû U coawUratm d« Teffet n« xu>as fait riiea comprendre touchant la na- <«Bt <U U cawe. C'est ce qui est assez évident, soit parce (pie nous ne parlons jamais de U cause qu'en termes trcs-^énéraui,, comme ceux«ci : Il existe donc quelque chçse, il exisU donc quelque puissance ^ etc.; soit parce que nous ne rexprimoBs que d*4ne manière négative : Ce n'e»t donc pas ceci, ou ce/«, etc. Quisod le cas est b\orable, on attribue bien à la cause quelque propriété emprunta à Teffet et clairement coaçue, comme nous le montrerons dans un exemple ; nais cette proyyriétié se rapporte toi^ovcs à l'effet, et n'est jamais Tesscnce propre de !% chose.
cueillons une cause dans un certain eflfet , ou bien lorsque nous tirons une conclusion de quelque fait général constamment accompagné d'une certaine propriété.
IV. Enfin il y a une perception qui nous fait saisir la chose par la seule vertu de son essence, ou bien par la connaissance que nous avons de sa cause immédiate.
J*éclaircis tout cela par des exemples. Je sais seulement par ouï-dire quel est le jour de ma naissance, quels furent mes parents, et autres choses semblables sur lesquelles je n'ai jamais conçu de doute. C'est par une expérience vague que je sais que je dois mourir; car si j'affirme cela, c'est que j'ai vu mourir plusieurs de mes semblables, quoiqu'ils n'aient pas tous vécu le même espace de temps, ni succombé à la même maladie. Je sais par une expérience vague que l'huile a la vertu de nourrir la flamme, et l'eau celle de l'éteindre ; je sais de la même manière que le chien est un animal qoi aboie , et l'homme un animal doué de raison, et c'est ainsi que je connais à peu près toutes les choses qui se rapportent à l'usage ordinaire de la vie. Voici mainte- . nant comment nous concluons une chose d'une autre : Ayant perçu clairement que nous sentons tel corps et non pas tel autre, nous en concluons que notre âme est unie à notre corps * , laquelle union est la cause de la sensation. Mais * quelle est la nature de cette sensation, de cette union, c'est ce que nous ne pouvons comprendre
i . Cet exemple met en évidence ce que je disais dans la note précédente. Ea effet, par cette union du corps et de l'âme nous ne comprenons pas antre chose que la sensation elle-même, c*est-i-dire Teffet, d'où nous concilions la cause, laqodk échappe à toutes les prises de notre intelligence. .
2 . Une telle conclusion, quoique certaine, n'est pourtant pas suffisamment «ire, à moins qu'on ne prenne de grandes précautions; si on ne les prend pas, on tombe aussitôt dans l'erreur. En effet, quand nous concevons les choses d'une manière si abstraite, et non dans leur véritable essence, aussitôt 1 imagination met partout la confusion. Pourquoi ? c'est que ce qui est un en soi, les hommes l'imaginent multiple ; et les choses qu'ils conçoivent abstraitement, séparément, confusément, ils leur imposent des noms dont ils ont coutume de se servir pour exprimer des objets beaucoup plus familiers. De là il résulte qu'ils imaginent ces choses à la ressemblance des objets auxquels ces noms ont appartenu dans rorigine.
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d'une manière absolue. Autre exemple : je connais la nature de la vue et je sais qu'elle a cette propriété que la même chose vue à une grande distance nous parait moindre que vue de près; j'en conclus que le soleil est plus grand qu'il ne me semble, et autres choses semblables. On perçoit une chose par la seule vertu de son essence quand, par cela seul que l'on connaît cette chose, on sait ce que c'est que de connaître quelque chose, ou bien quand, par exemple, de cela seul que l'on connaît l'essence de l'àme, on sait qu'elle est unie au corps. C'est par le même mode de connaissance que nous savons que deux plus trois font cinq, et que, étant données deux lignes parallèles à une troisième^ elles sont parallèles entre elles, etc. Toutefois les choses que j'ai pu saisir jusqu'ici par ce mode de connaissance sont en bien petit nombre.
Mais afin que l'on ait une intelligence plus claire de toutes ces choses, je me bornerai à un exemple unique ; le voici : Trois nombres sont donnés ; on en cherche un quatrième qui soit au troisième comme le second est aux premiers. Nos marchands disent qu'ils savent ce qu'il y a à faire pour trouver ce quatrième nombre ; ils n'ont pas encore oublié l'opération qu'ils ont apprise de leurs maîtres, opération tout empirique et sans démonstration. D'autres tirent de quelques cas particuliers empruntés à l'expérience un axiome général : ils prennent un cas où le quatrième nombre cherché est évident de lui-même, comme ici : 2, 4, 3, 6 ; ils trouvent par l'expérience que le second de ces nombres étant multiplié par le troisième, le produit, divisé par le premier, donne 6 pour quotient ; et voyant que le même nombre qu'ils avaient deviné sans opération est le nombre proportionnel cherché , ils en concluent que l'opération est bonne pour trouver tout quatrième nombre proportionnel. Quant aux mathématiciens, ils savent par la démonstration de la 19« proposition du livre vu d'Euclide quels nombres sont proportionnels entre eux ; ils savent,
par la nature môme et par les propriétés de la proposition, que le produit du premier nombre par le quatrième est égal au produit du second par le troisième ; mais ils ne voient pas la proportionnalité adéquate des nombres donnés , ou s'ils la voient , ils ne la voient point par la vertu de la proposition d*Euclide, mais bien f par intuition et sans faire aucune opération. Or, pour choisir parmi ces divers modes de perception le meilleur, nous avons besoin d'énumérer rapidement les moyens nécessaires pour atteindre la fin que nous nous proposons ; ce sont les suivants :
I. Connaître notre nature, puisque c'est elle que nous désirons perfectionner^ et connaître aussi la nature des choses, maïs autant seulement qu'il nous est néces* saire;
IL Rassembler par ce moyen les différences, les ressemblances et les oppositions des choses ;
m. Savoir ainsi véritablement ce qu'elles peuvent et ce qu'elles ne peuvent point pâtir ;
IV. Et comparer ce résultat avec la nature et la puissance de l'homme. On verra ainsi le degré suprême de la perfection à laquelle il est donné à l'homme de parvenir.
Après ces considérations , il nous reste à chercher quel est le mode de perception que nous devons choisir.
Premier mode. Il est évident de soi-même que le onïdire ne nous donne jamais des choses qu'une connaissance fort incertaine, et qu'il li'âtteint jamais leur essence, comme cela est manifo«te dans l'exemple que nous avons donné ; or l'on ne connaît l'existence propre de cliaque chose qu'à la condition de connaître son essence, comme on le verra dans la suite : j'en conclus que toute certitude obtenue par ouï-dire doit être bannie du domaine de la science. Car le simple oui-dire, sans un développement préalable de l'entendement de chacun, ne peut faire d'impression sur personne.
Deuxième mode, On ne peut pas mémo dire do ce
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mode qu'il ait l'idée de la proportion qu'il cherche à découvrir. Outre qu*îl donne toujours un résultat tout à fait incertain et jamais définitivement acquifr, il ne saisit les choses de la nature que par leurs accidents, dont la claire intelligence présuppose la connaissance des essences mêmes. Je conclus que ce mode doit être rejeté comme le premier*.
Troisième mode. Il faut reconnaître qu'il nous donne ridée de la chose, et qu'il nous permet de conclure sans risque de noua tromper ; néanmoins il n'a pas en soi là vertu de nous mettre en possession de la perfection à laquelle nous aspirons.
Le quatrième mode seul saisit l'essence adéquate de la chose, et d'une manière infaillible; c'est donc celui dont nous devrons faire principalement usage. Or, comment doit-on s'y prendre pour arriver, par ce mode de connaissance, à l'intelligence des choses qui nous sont inconnues, et cela dans le plus bref délai? c'est ce que nous allons expliquer. Nous savons quel mode de connaissance nous est nécessaire ; il faut tracer maintenant la voie et la méthode au moyen de laquelle nous connaîtrons par ce mode de connaissance les choses que nous avons besoin de eon* naître. Et d'abord il faut remarquer que nous n'irons pas nous perdre de recherche en recherche dans un prO'.' grès à l'infini : je veux dire que pour trouver la meilleure méthode propre à la recherche de la vérité, noo» n'aurons pas besoin â^lne autre méthode à Taide de laquelle nous recherchions la méthode proj^e à la reclieiv che de la vérité ; et que, pour découvrir cette seconde méthode, nous n'aurons pas besoin d*en avoir une troisième, et ainsi è l'infini. Il en est de la méthode comme des instruments matériels, à propos desquels on pourrait faire ]e même raisonnement. Pour forger le fer^ il faut xxn marteau, mais pour avoir un marteau il faut que ce marteau ait été forgé, ce qui suppose un autre marteau et
i . Ici je traiterai avec u» peu plus de détails de Tei^pérlence, et j'examinerai la méthode des empiriques et des nouveaux philosophes.
d'autres instruments, lesquels à leur tour supposent d'autres instruments, et ainsi à rinûni. C'est bien en vain qu'on s'efiforceraitde prouver, par un semblable argument, qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de-forger le fer. Au commencement, les hommes, avec les instruments que leur fournissait la nature, ont fait quelques ouvrages très-faciles à grand'peine et d'une manière très-imparfaite, puis d'autres ouvrages plus difficiles avec moins de peine et plus de perfection, et en allant graduellement de l'accomplissement des œuvres les plus simples à l'invention de nouveaux instruments et de l'invention des instruments à l'accomplissement d'œuvres nouvelles, ils en sont venus, par suite de ce progrès, à produire avec peu de labeur les choses les plus difficiles. De même l'entendement par la vertu qui est en lui ' se façonne des instruments intellectuels, au moyen desquels il acquiert de nouvelles forces pour de nouvelles oeuvres * intellectuelles, produisant, à l'aide de ces œuvres, de nouveaux instruments , c'est-à-dire se fortifiant pour de nouvelles recherches, et c'est ainsi qu'il s'avance de progrès en progrès jusqu'à ce qu'il ait atteint le comble de la sagesse. Qu'il en soit ainsi de l'entendement, c'est ce qu'il est facile de voir, pourvu que l'on comprenne et ce qu'est la méthode propre à la recherche de la vérité, et ce que sont ces instruments naturels qui suffisent à l'invention d'instruments nouveaux et aux recherches ultérieures. C'est ce que je montre de la manière suivante : L'idée ' vraie (car nous sommes en possession d'idées vraies) est quelque chose de différent de son objet. Autre chose est le cercle , autre chose l'idée du cercle.
i . Par ces mots, par la vertu qui est en lui^ j'entends tout ce qui est dans l'esprit sans avoir été produit par les causes extérieures ; c'est ce que f expliqueru plus tard dans ma Philosi^bie.
2. Je dis ici œuvres : j'en expliquerai la nature dans ma Philosophie.
3. Remarquez que nous ne montrerons pas seulement ici ce que nous ftMU d* annoncer; nous montrerons encore que nous avons procédé avec ordre jusqu*à ce moment, et plusieurs autres choses tout à fait nécessaires à tatoir.
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L*idée du cercle n'est pas quelque chose qui ait une circonférence, un centre, comme le cercle; et l'idée du cx)rps n'est pas le corps lui-même. Étant différente de son objet, l'idée sera par elle-même quelque chose d'intelligible ; je veux dire que l'idée, considérée dans son essence formelle, peut être l'objet d'une autre essence objective ; et à son tour cette autre essence objective, vue en elle-môme, sera quelque chose de réel et d'intelligible, et ainsi indéfiniment. Pierre, par exemple, est quelque chose de réel ; l'idée vraie de Pierre est l'essence objective de Pierre ; elle a en elle-même quelque chose de réel, et elle est toute différente de Pierre luimême. Mais puisque l'idée de Pierre est quelque chose de réel, ayant en soi son essence propre, elle sera quelque chose d'intelligible, c'est-à-dire qu'elle sera l'objet d'une autre idée, laquelle possédera objectivement en elle-même tout ce que l'idée de Pierre possède formellement ; et à son tour cette nouvelle idée, qui est l'idée de l'idée de Pierre, a son essence propre, et pourra devenir l'objet d'une autre idée, et ainsi indéfiniment. C'est ce dont chacun peut faire l'expérience ; ne sait-on pas ce qu'est Pierre ? de plus, ne sait-on pas qu'on le sait? de plus, ne sait-on pas qu'on sait qu'on le sait, etc. ? D'où l'on voit que pour comprendre l'essence de Pierre il n'est pas nécessaire de comprendre l'idée même de Pierre, et bien moins encore l'idée de l'idée de Pierre ; et c'est comme si l'on disait qu'il n'est pas nécessaire, pour savoir, que l'on sache que l'on sait, et bien moins encore que l'on sache que Ton sait que l'on sait, non plus qu'il n'est nécessah*e pour comprendre l'essence du triangle, de comprendre l'essence du cercle '. C'est justement le contraire qui a lieu dans ces idées ; en effet, peur savoir que je sais, il est nécessaire d'abord que je
1 . Remarqnei quenoas ne posons. pas ici la question de savoir comment la premier* essence objective est innée en nous. Cela se rapporte à la théorie de la nature, où toutes ces choses sont amplement expliquées, et où Ton montre que sans Tidée il n'y • ni affirmation possible, ni négation, ni tolonté.
diO DI LÀ RSrOBME
sache ; d'où il suit évidemment que la certitude n*est autre chose que Tessence objective de l'objet, je veux dire que la manière dont nous sentons Tessence formelle de Tobjet est la certitude elle-même ; d'où il suit encore évidemment qu'il suflSt pour reconnaître la certitude de la vérité, d'avoir l'idée vraie de l'objet, et qu'il n'est besoin d'aucun autre signe ; car, ainsi que nous l'avons montré, il n'est pas nécessaire, pour savoir, que je sa* che que je sais. D'où il suit encore évidemment que celui-là seul sait ce qu'est la suprême certitude qm possède l'idée adéquate o» l'essence objective de quelque chose, la certitnde et l'essence objective ne faisant qu'un. Mais puisque l'homme n'a besoin d'aucun signe pour reconnaître la vérité, et qu'il lui suffît de posséder les essences objectives des choses, ou, ce qui revient au même, les idées, pour bannir le doute loin de lui, il s'ensuit que la vraie méthode ne consiste pas à recharcher le signe de la vérité, les idées une fois a©quises^ mais que la vraie méthode enseigne dans quel ordre nous devons chercher' la vérité elle-même, ou les essences objectives des chaaes, ou les idées,, toutes expressions synonymes. La méthode doit nécessairement traiter de la faculté de raisoaner et de la faculté de concevoir : je veux dire que la méthode n'est pas le raiscmnement lui-même par lequel nous coiM^evons les causas des choses, et qu'elle est encore bien moins la conc<ep* tion même de ces causes^ Toute la méthode se réduit à comprendre ce qu'est l'idée vraie , à la distinguer de toutes les perceptions, qui i>e sont pas elle, à interroger sa nature, et à connaître par là la puissance de notre intelligence, et à gouverner tellement notre esprit qu'il comprenne tout ce qu'il lui est donné de comprendre selon la loi que nous lui faisons, en lui dictant,, pour l'aider, certaines règles bien déterminées et en lui évitant d'inutiles efforts. D'où il suit, en résumant ce qui
i . J'esplique dans ma Philosophie u ^e c'est pMv Tesprit que cUrdkcr.