‹ Œuvres, trChapitre 14 sur 159 · PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU

ni avant, ni après, ni rien de semblable, il suit de là que Dieu, en vertu de sa perfection même,*' ne peut et n'a jamais pu former d'autres décrets que ceux qu'il a formés; en d'autres termes, que Dieu n'a pas existé avant ses décrets, et ne peut exister sans eux. On dira qu'il est très-permis de supposer que Dieu eût fait une autre nature des choses, ou formé de toute éternité d'autres décrets sur l'univers, sans qu'il en résulte pour lui aucune imperfection. Mais ceux qui parlent ainsi sont au moins tenus de soutenir en même temps que Dieu peut changer ses décrets. Car si, touchant la nature et l'univers, Dieu avait formé d'autres décrets, c'est-à-dire s'il avait voulu et pensé autrement qu'il n'a fait, il aurait eu nécessairement un autre entendement que celui qu'il a, et une autre volonté. Et du moment qu'on peut attribuer à Dieu an antre entendement et une autre volonté, sans que son essence et sa perfection en soient altérées, je demande pourquoi Dieu ne pourrait pas changer encore ses décrets sur les choses créées , tout en restant également parfait? Car, peu importe, dans cette doctrine, pour l'essence et la perfection de Dieu, que l'on conçoive de telle ou telle façon l'entendement et la volonté de Dieu relativement à la nature e.t à l'ordre des choses créées. Ajoutez à cela que je ne connais pas un seul philosophe ^ qui ne tombe d'accord qu'en Dieu l'entendement n'est jamais en puissance, mais toujours en acte; et comme on s'accorde aussi à ne pas séparer l'entendement et la volonté de Dieu d'avec son essence, il faut conclure que, si Dieu avait eu un autre entendement en acte et une antre volonté , il aurait eu nécessairement une autre essence; et par suite (comme je l'ai posé en commençant), si les choses avaient été produites par Dieu autrement qu'elles ne sont, il faudrait attribuer à Dieu un autre entendement, une autre volonté, et j'ai le droit d'ajouter nne antre. essence, ce qui est absurde.

Puisqu'il est établi maintenant que les choses que Dieu a produitos n'ont pu l'être d'une autre tac^otL, m ÔL\i?û& m^jl

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autre ordre, et c^a par une suite nécessaire de la sonveraine perfection de Dieu, nous n'avons plus aucune raison de croire que Dieu n*aitpas voulu créer toutes les choses qu'il pense , avec la même perfection qu'elles ont dans sa pensée. On dira qu'il n'y a dans les choses aucune perfection, ni aucune imperfection qui leur soit propre, qu'elles tiennent de la seule volonté de Dieu tout ce ipu les fait appeler parfaites ou imparfaites, bonnes ou ma»vaises, de façon que, si Dieu l'avait voulu, il aurait ps faire que ce qui est en elles une perfection fût l'imperfection suprême, et réciproquement. Mais cela ne revientil pas ouvertement à dire que Dieu , qui apparemment pense ce qu'il veut, peut, en vertu de sa volonté, pensor les choses autrement quil ne les pense, ce qui est (je l'ai déjà fait voir) une grossière absurdité ? Je puis donc retourner l'argument contre mes adversaires, et leur dire: Toutes choses dépendent de la volonté de Dieu. Psar conséquent, pour que les choses fussent autres qu'elles ne sont, il faudrait que la volonté de Dieu fût autre qu'dle n'est. Or, la volonté de Dieu ne peut être autre qu'eite n'est (c'est une suite très-évidente de la perfection divine). Donc, les choses ne peuvent être autres qu'elles ne sont

Je l'avouerai , cette opinion qui soumet toutes choses à une certaine volonté indifférente, et les fait dépendre du bon plaisir de Dieu, s'éloigne moins du vrai, i mon avis, que celle qui fait agir Dieu en toutes choses parla raison du bien. Les philosophes qui pensent de la sorte semblent en effet poser hors de Dieu quelque chose qui ne dépend pas de Dieu, espèce de modèle qne Dieu contemple dans ses opérations, ou de terme auquel il s'n^ force péniblement d'aboutir. Or, ce n'est là rien aoabe chose que soumettre Dieu à la fatalité, doctrine absnide, s'il en fut jamais, puisque nous avons montré que Disn est la cause première, la cause libre et unique, no n - ce a lement de l'existence, mais même de l'essence de tonÉBS choses.

Pbopos. 34. Lapuissance de Dieuest ^essence même de Dieu.

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