PREMIÈRE PARTIE. — DE DIEU
sent, ils restent en repos, n'ayant plus dans l*esprit aucun motif d'incertitude ; que s'il arrive qu'ils ne puissent acquérir cette connaissance à l'aide d'autrui, il ne leur reste plus d'autre ressource que de revenir sur eux-mêmes, et de réfléchir aux objets dont la poursuite les détermine d'ordinaire à des actions semblables; et de cette façon il est nécessaire qu'ils jugent du caractère des autres par leur propre caractère. Or, les hommes venant à rencontrer hors d'eux et en eux-mêmes un grand nombre de moyens qui leur sont d'un grand secours pour se procurer les choses utiles, par exemple les yeux pour voir, les dents pour mâcher, les végétaux et les animaux pour se nourrir, le soleil pour s'éclairer, la mer pour nourrir les poissons, etc., ils ne considèrent plus tous les êtres de la nature que comme des moyens à leur usage; et sachant bien d'ailleurs qu'ils ont rencontré, mais non préparé ces moyens, c'est pour eux une raison de croire qu'il existe un autre être qui les a disposés en leur faveur.
Du moment, en effet, qu'ils ont considéré les choses comme des moyens, ils n'ont pu croire qu'elles se fussent faites elles-mêmes, mais ils ont dû conclure qu'il y a un maître ou plusieurs maîtres de la nature, doués de liberté, comme l'homme, qui ont pris soin de toutes choses en faveur de l'humanité et ont tout fait pour son usage. Et c'est ainsi que n'ayant rien pu apprendre sur le caractère de ces puissances, ils en ont jugé par leur propre caractère ; d'où ils ont été amenés à croire que si les dieux règlent tout pour l'usage des hommes, c'est afin de se les attacher et d'en recevoir les plus grands honneurs ; et chacun dès lors a inventé, suivant son caractère, des moyens divers d'honorer Dieu, afin d'obtenir que Dieu l'aimât d'un amour de prédilection, et fît servir la nature entière à la satisfaction de ses aveugles désirs et de sa cupidité insatiable. Voilà donc comment ce préjugé s'est tourné en superstition et a jeté dans les âmes de profondes racines, et c'est ce qui açroivA^. ç^^Wa^atl*
4â ETHIQUE.
dance nnirerselle à conceYoir des eau9^ fhiale$ et à Im rechercher. Hais tons ces efforts pour montrer que fai natare ue fait rien en yain, c'est-à-dire rien d'inntile ans j hommes, n'ont abouti qu'à un résultat, c'est de montrer que la nature et les dieux et les hommes sont privés et raison. Et voyez, je vous prie, où les choses en sont Tfr* Boes I Au miÛeu de ce grand nombre d'olgets utiles qm BOUS fournit la nature, les hommes ont dû renccmte aussi un assez bon nombre de choses nuisibles, oomma les tempêtes, les tremblements de terre, les maladies, ele. Comment les expliquer 7 Ils ont pensé q«e c'étaient là des effets de la colère des dieux, provoquée par les ipjustieef des hommes ou par leur négligence à remplir les devoirs du culte. Cest en vain que l'expérience protestait chaque jour, en leur montrant, par une infinité d'exeaip^es, que les dévots et les impies ont également en pai^ tage les bienfaits de la nature et ses rigueurs, rien n'a pu arracher de leurs âmes ce préjugé invétéré. 11 leur a été en effet plus facile de mettre tout cela au rang des choses inconnues dont les hommes ignorent la iin et de rester ainsi dans leur état actuel et inné d'ignoranœ, que de briser tout ce tissu de croyances et de s'em composer UA autre» Les hommes ont done tenu ponr certain que les pensées des dieux surpassent de beaucoup la portée de leur intelligence, et cela eut suffi ponr que la vérité restât cachée au genre humain, si la science anft* thématique n'eut appris aux hommes un autre ekemùi pour découvrir la vérité ; car on sait qa'elle ne procéda point par la considération des causes finales, mais qu'eUs s'attache uniquement à Tessenee et aux propriétés des figures. Ajoutez à cela qu'outre les mathématiques oa peut assigner d'autres causes, dont il est inutile de fains ici rénumération, qui ont pu déterminer les hommes à eovrir les yeux sur ces préjugés et les conduire à la vraie connaissance des choses.
Ces explications suffisent pour le premier point que j'ai promis d'éclaircir; il s'agit maintenant de faire voirqw