PHEMIÈRE PARTIE. — DE DIEU
b «rfure ne se propose aucun but dans ses opérations, «t qne toutes les causes finales ne sont rien que de pures fiettons imaginées par les hommes. Je n'aurai pas grand' peine à démontrer ces principes, car ils sont déjà solidement établis, tant par l'explication qui vient d'être donnée de l'origine du préjugé contraire, que parla proposition 16 et le corollaire de la proposition 32, sans parler de iotEites les autres démonstrations par lesquelles j'ai prouvé foe toutes choses se produisent et s'enchaînent par l'étemple nécessité et la perfection suprême de la nature. J'ajouterai pourtant quelques mots pour achever de détnnre toute cette doctrine des causes finales.
Scm premier défaut, c'est de considérer comme cause ce qui est effet, et réciproquement; en second Heu, ce qpk de sa nature possède l'antériorité, elle lui assigne un rang postérieur; enfin elle abaisse au dernier degré de l'imperfection ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfcft. En effet, pour ne rien dire des deux premiers points qui sont évidents d'eux-mêmes^ il résulte des propositions 21, 22 et 23, que l'effet le plus parfait est celui qui est prodait immédiatement par Dieu, et qu'on effet devient de plus en plus imparfait à mesure que sa production fopposeunplus grand nombre de causes intermédiaires. Or, si les choses que Dieu produit immédiatement étaient ftdtes pour atteindre la fin que Dieu se propose, il s'ensararait que cdles que Dieu produit les dernières seraient les piuB parfaites de toutes , ks autres ayant été faites en n» ée ceiles-eL Ajoutes q«e cette doctrine détruit la fedéction de Dieu; car si Dtea agit pour une fin, il dé- $gàm atécessdreafieni quelque chose dont il est privé. Et Uesqœ les théologiens et les métaphysiciens distinguent «DÉre ane fin poursuivie par incHgence et une fin d'assiaiHaHfm, ils avouent cependant que Dieu a tout fait pour laâ-méme et non pour les choses qu'il allait créer, vu qn'il était impossible d'assigner avant la création d'autre fift à l'action de Dieu que Dieu lui-même ; et de cette fa- QQO, ils fiont forcés de convenir que tous le« ob^l^ o^^^
Dieu s*est proposés, en disposant certains moyens pour y atteindre, Dieu en a été quelque temps privé et a désiré les posséder, conséquence nécessaire de leurs principes. N'oublions pas de faire remarquer ici que les sectateurs de cette doctrine, qui ont voulu faire briller leur esprit dans Fexplication des causes finales des choses, ont inventé, pour établir leur système, un nouveau genre d'argumentation, lequel consiste à réduire son contradicteur, non pas à l'absurde, mais à l'ignorance ; et cela fait bien voir qu'il ne leur restait plus aucun moyen de se défendre. Par exemple , supposez qu'une pierre tombe du toit d'une maison sur la tête d'un homme et lui donne la mort, ils diront que cette pierre est tombée tout exprès pour tuer cet homme. Gomment, en effet, si Dieu ne l'avait fait tomber à cette fin, tant de circonstances y auraient-elles concouru { et il est vrai de dire que ces circonstances sont souvent en très-grand nombre) ? Vous répondrez peut-être que l'événement en question tient à ces deux causes ; que le vent a soufflé et qu'un homme a passé par là. Mais ils vous presseront aussitôt de questions : Pourquoi le venta-t-il soufflé à ce moment? pourquoi un homme a-t-il passé par là, précisément à ce même moment? Répondrez-vous encore que le venta soufflé parce que, la veille, la mer avait commencé de s'agiter, quoique le temps fût encore calme, et que l'homme a passé par là parce qu'il se rendait à l'invitation d'un ami, ils vous presseront encore d'autres questions : Mais pourquoi la mer était-elle agitée? pourquoi cet homme a-t-il été invité à cette même époque ? Et ainsi ils ne cesseront de vous demander la cause de la causé, jusqu'à ce que vous recouriez à la volonté de Dieu, c'està-dire à l'asile de l'ignorance. De même aussi, quand nos adversaires considèrent l'économie du corps humain, ils tombent dans un étonnement stupide, et comme ils ignorent les causes d'un art si merveilleux, ils concluent que ce ne sont point des lois mécaniques, mais une industrie divine et surnaturelle qui a formé cet ouvrage ^t