DEUXIEME PAKTUB. — DE L'AME
et ne peut être conçu sans Dieu. Car il est reconnu de tout le mcmde que Dieu est la cause unique de toutes choses, tant de leur essence que de leur existence ; en d'autres termes. Dieu est la cause des choses, non-seulement selon le deyenir, mais selon l'être. Et toutefois, si Ton écoute la plupart des pfaîlos(^es, ce qui appartient à l'essence d'une éfaose, c'est ce sans quoi elle ne peut exister ni être conçue ; ils pensent donc de deux choses rnne, ou bien que la nature de Dieu appartient à l'essence des choses créées, ou bien que les choses créées peuvent exister ou être conçues sans Dieu; mais ce qui est plus certain, c'est qulls ne sont pas suflSsamment d'accord avec eux-mêmes; et la raison en est, à mon avis, qu'ils n'ont pas gardé Tordre philosophique des idées. La nar tnre divine, qu'ils devaient avant tout contempler, parce qu'elle est la première, aussi bien dans l'ordre des connaissances que dans Tordre des choses, ils l'ont mise la dernière ; et ces choses qu'on appelle objet des sens, ils les ont jugées antérieures à tout le reste* Or voici ce qui est arrivé : pendant qu'ils considéraient les choses naturelles, il n'est rien à quoi ils songeassent moins qu'à la nature divine; puis, quand ils ont élevé leur esprit à la contemplation de la nature divine, ils ont complètement oublié ces premières imaginations dont ils avaient construit leur science des choses naitureUes ; et il est vrai de dire qu^eHes ne pouvaient les aider en rien à la connaissance de la nature divine, de façon qu'il ne faut point être surpris de les voir se contredire de temps en temps. Hais je n'insisté pas, mon dessein n^ayant été ici que d'expHquer pourquoi je n'ai pas ^ que l'essence d'une chose, c'est ce sans quoi elle ne peut exister ni être con- (ue. Les choses particulières, en effet, ne peuvent existai ni être conçues s^éus Dieu; et cependant Dieu n'appaiv fient point à leur essence. En conséquence, j'ai dit : ce ?ni constitue l'essence d*une chose, c'est ce dont l'existence emporte celle de la chose, et la destruction sa destruction, en d'autres termes, ce qui est tel cçiQ
la chose ne peut exister sans lui, ni lui sans la chose.
Propos, ii. Le premier fondement de Vêtre de tàm^ humaine n'est autre chose que rÀdée d'une chose particulier'^ et qui existe en acte.
Demonstr. Ce qui constitue Tessence de Thomme {pa^ le CorolL\de la Propos, précédente) ^ ce sont certains modes des attributs de Dieu, savoir {par VAx. 2, part. 2) des modes de la pensée, entre lesquels l'idée est {par VAx. 3, part. 2 ) de sa nature antérieure à tous les autres, de façon que si elle est donnée, tous les autres modes (ceux auxquels l'idée est antérieure de sa nature) doivent se trouver dans le même individu {par VAx. 4, part. 2). Ainsi donc, Tidée est le premier fondement de l'être de Tâme humaine. Mais cette idée ne peut être celle d'une chose qui n'existe pas actuellement; car alors {por le Coroll. de la Propos. 8, part. 2 ) l'idée elle-même n'existerait pas actuellement. Ce sera donc l'idée d'une chose actuellement existante, mais non pas d'une chose infinie; car une chose infinie {par la Propos. 21 et la Pr(h pos. 23y Schol. 1), doit toujours exister nécessairement; or ici, cela serait absurde {par VAx. 1, part 2). Donc, le premier fondement de l'être de l'âme humaine, c'est ridée d'une chose particulière et qui existe en acte. C. Q. F. D.
GoROLL. Il suit de là que l'âme humaine est une partie de l'entendement infini de Dieu; et par conséquent, lorsque nous disons que l'âme humaine perçoit ceci ou cela, nous ne disons pas autre chose sinon que Dieu, non pas en tant qu'infini, mais en tant qu'il s'exprime par la nature ;de l'âme humaine, ou bien en tant qu'il en constitue l'essence, a telle ou telle idée ; et lorsque nous disons que Dieu a telle ou telle idée, non plus seulement en tant qu'il constitue la nature de l'âme humaine, mais en tant qu'il a en même temps l'idée d'une autre chose, nous disons alors que l'âme humaine perçoit une chose d'une façon partielle ou inadéquate.
Sguol. Ici les lecteurs vont, sans aucun doute, être