‹ Œuvres, trChapitre 3 sur 159 · PREMièRE PARTIE. — DE DIEU · texte numérisé non relu

PREMièRE PARTIE. — DE DIEU

idée vraie, ce qui est le comble de Tabsurdité. Etparcooséquent il faut nécessairement avouer que l'existence d'une substance est, comme son essence, une vérité éternelle. Nous pouvons tirer de là une preuve nouvelle de l'impossibilité de deux substances de même nature, et c'est un point qu'il est bon d'établir ici ; mais, pour le faire avec ordre, il y a quatre remarques à faire : l® La vraie définition d'une chose quelconque n'enveloppe ni n'exprime rien de plus qae la nature de la chose définie. f2« D suit de là qu'aucune définition n'enveloppe ni n'exprime un nombre déterminé d'individus, puisqu'elle n'exprime rien de plus que la nature de la chose définie. Par exemple, la définition du triangle n'exprime rien de plus que la simple nature du triangle ; elle n'exprime pas un certain nombre déterminé de triangles. 3® L'existence d'un objet quelconque étant donnée, il y a toujours une certaine cause déterminée par laquelle cet objet existe. 4" Ou bien cette cause, par laquelle un certain objet existe, doit être contenue dans la nature même et la définition de l'objet existant (parce qu'alors l'existence appartient à sa nature ) ; ou bien elle doit être donnée hors de cet objet. Cela posé, il s'ensuit que, s'il existe dans la nature des choses un certain nombre d'individus, il faut que l'on puisse assigner une cause de l'existence de ces individus en tel nombre, ni plus ni moins. Par exemple, s'il existe vingt hommes dans la nature des choses (nous supposerons, .pour plus de clarté, qu'ils existent simultanément et non les uns avant les autres), il ne suffira pas, pour rendre raison de l'existence de ces vingt hommes, de montrer en général la cause de la nature humaine; mais il faudra montrer en outre la cause en vertu de laquelle il existe vingt hommes, ni plus ni moins, puisqu'il n'y a rien {par la remarque 2) qui n'ait une cause de son existence. Or, cette cause {par les remarques 2 et 3) ne peut être contenue dans la naturehumaine elle-même, la vraie définition de rhomme v^enveloppant nullement le nombre \\ug\.. 1SA. ^xv ç.wv^^-

10 ÉTfflQCE.

quence {par la remarque 4), la cause qui fait exister ce^

vingt hommes, et partant chacun d'entre eux, doitpoair^

chacun être extérieure. D*où il faut conclure absolumentr

'que tout ce dont la nature comporte un certain nombre

d'individus suppose nécessairement une cause extérieure,

pour que ces individus puissent exister. Or, puisque

l'existence appartient à la nature de la substance

(comme on Ta 'montré précédemment dans ce Scholie),

la définition de la substance doit envelopper l'existence

-nécessafire, et par conséquent son existence doit être

Inférée de sa seule définition. Mais d'un- autre côté (an

vertt^ desremarqtees 2' et ^ ) ,âl est impassible que^ de €«tte

"même définition, résulte r^existenoe ide . plusieurs «ub-

'«^tances. Il s^ensuit éomo nécessairement que i deux ^ub-

^aneesùde^êmematuremeipeuveiit exister; eequ'on^ae

"proposait d^établir.

Propos. '^9. Suivant qu'uMetéose a plus de realité cti^d'é- ' irej' un plus grand nombre > d'attributs lui appartiennent, •l>iÉMôfïSTO. €ela est évident par la Déf. A, TaopOS. 10. Tout attribut d'une substance doit être conçu THtr soi.

'©ÉMOKST». L'attribut, en lefiet, c-'est t;e. que l'entendeîfiQent perçoit^<dans lar^substance comme oonslituant-son "e^Bence'i^mvant la &éf. 4)..Il..doit.donc (parla Déf.^) 'être conçu par «oi. G. Q..F..f).

•SCHOL. On voit par là que .deux attributs, quoiqu/ils flbvsnt conçus 'comme : réellement^ distincts, c'estràrdiise l'tm'ssns le secours ^e l'autre, ne: constituent pas cepea- ^âafit deux êtres ou deuxâub^ances diverses. Il est en «effet âe4a»mitttre :deJa' substance que chacun de ses.at- ^tributS'Sexonçoiverpar.soi; et tous cependant ont toajonrs'êté'en eue, etlinnii^a;purêti)e produit^par r<autff€^ ; V «i«s obseun e^rimeiai réalité ;ou L'être de la substance. Il '^en- faut' èeauooop, .par ^tM)Q0équent, qu'il :y aittde '. l'absurdité à rapporter plusieurs . attributs «à-^une seule 'substance. N'eBt*ce pas, au ^eoittraice, la chose la plus iàaîre au monde que tout^ê tcci se .doit:concevoir: soua'nn

ou ml

PREMIÈRE PAJCPIB. — DE DIEU. iV

attribut déterminé, et que, plus il a de réalité ou d'être, plus, il a d'attributs qui expriment la nécessité ou Téternité et l'infinité de sa nature? Et, par conséquent, n'estce pas au'ssi une chose très-claire que l'on doit définir J'élre absolument infini (comme on Ta fait dansla Déf . 6). savoir: l'être à qui appartiennent une infinité d'attributs, "^ dont chacun exprime une essence éternelle et infinie? Que si quelqu'un demande quel sera: donc le signe par lequel on pourra reconnaître la diversité des substances, il n'a qu'à lire les propositions suivantes, lesquelles établissent qu'il n'existe dans- la nature des choses qu'une seule et unique substance, et que cette substance est ab-^ solument infinie; et il verrai de cette façon que la recherche d'un tel signe est parfaitement inutile.

Paopos. 11. Dieu^ c'est-à dire une substance constituée' par ttne infinité d'attributs dont chacun exprimaune essenceétemelle et infinie^ existe nécessairement.

DiMONSTR. Si vous niez Dieuj concevez, s'il est possible, que Dieu n^existe pas. Son essence n'envelopperait dtme pas l'existence {parVAx. 7). Mais cela est absurde (par^lâ Pfvpos» 7). Donc Dieu existe nécessairement. C. Q. F. D.

Autre démonstr. Pour toute chose, on doit pouvoir • assigner une canse ou raison 'qui explique pourquoi elle existe ou pourquoi elle n'existe pas'iPar exemple^, si ua*. triangle existe, il faut qu'il y ait une raison, une^cause de son existence. S'il n'existe pas, il faut encore qu'il y ait une raison, une cause qui s'^oppose à son existence^ on qui la détruise. Or, cette cause ou raison doit se trouver dans la nature de la chose,. ou. hors d'elle. Par exemple, la raison pour laquelle un cercle carré n'existe pas est contenue dans la nature même d'une telle chose, puisqu'elle implique contradiction. Et de même, si la substance existe, c'est que cela résulte de sa seule nar ture, laquelle enveloppe l'existence {voyez la Propos. 7). Au contraire, la raison de l'existence ou de la non-existence d'un cercle ou d'un triangle n'est ça^ ÔLa\i^\^xv^-

12 ÉTHIQUl>.

ture de ces objets, mais dans Tordre de la nature corporelle tout entière ; car il doit résulter de cet ordre, ou bien que déjà le triangle existe nécessairement, ou bien qu'il est impossible qu'il existe encore. Ces principes sont évidents d'eux-mêmes. Or, voici ce qu'on en peut conclure : c'est qu'une chose existe nécessairement quand il n'y a aucune cause ou raison qui l'empêche d'exister. Si donc il est impossible d'assigner une cause ou raison qui s'oppose à l'existence de Dieu ou qui la détruise, il faut dire que Dieu existe nécessairement. Or, pour qu'une telle cause ou raison fût possible, il faudrait qu'elle se rencontrât soit dans la nature divine, soit hors d'elle, c'est-à-dire dans une autre substance de nature différente ; car l'imaginer dans une substance de même nature, ce serait accorder l'existence de Dieu. Maintenant, si vous supposez une substance d'une autre nature que Dieu, n'ayant rien de commun avec lui, elle ne pourra {par la Propos. 2 ) être cause de son existence ni la détruire. Puis donc qu'on ne peut trouver hors de la nature divine une cause ou raison qui l'empêche d'exister, cette cause ou raison doit donc être cherchée dansla nature divine elle-même, laquelle, dans cette hypothèse, devrait impUquer contradiction. Mais il est absurde d'imaginer une contradiction dans l'être absolument infini et souverainement parfait. Concluons donc qu'en Dieu ni hors de Dieu il n'y a aucune cause ou raison qui détruise son existence, et partant que Dieu existe nécessairement.

AUTKE d£monstr. Pouvoir ne pas exister, c'est évidemment une impuissance; et c'est une puissance, au contraire, que de pouvoir exister. Si donc l'ensemble des choses qui ont déjà nécessairement l'existence ne comprend que des êtres finis, il s'ensuit que des êtres finis sont plus puissants que l'être absolument infini, ce qui est de soi parfaitement absurde. Il faut donc, de deux choses l'une, ou qu'il n'existe rien, ou, s'il existe quelque chose, que l'être absolument infini existe aussi. Or

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