TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS. U
Propos. 3. Z^s actions de rame ne proviennent que des idées adéquates, ses passions que des idées inadéquates,
Demonstr. Ce qu'il y a de fondamental et de constitutif dans Tessence de Tâme, ce n*est autre chose que Vidée du corps pris comme existant en acte {par les Propos. 11 et 13, part, 2), laquelle idée se compose de plusieurs autres idées {par la Propos, 15, part. 2), les I unes adéquates , les autres inadéquates {par le Coroll. ^ de la Propos. 29, part. 2). Ainsi donc, tout ce qui suit ] /de la nature de Tâme et dont Tâme est la cause prochaine, tout ce qui, en conséquence, doit être conçu par elle, tout cela, dis-je, doit nécessairement suivre ^ d'une idée adéquate ou d'une idée inadéquate. Or, en
* tant que Tâme a des idées adéquates, elle pâtit {par ^ la Propos, impart, 3); donc les actions de Tâme ne sui- 1 vent que des idées adéquates , et , par conséquent , ''' Time ne pâtit qu'en tant qu'elle a des idées inadéquates. l C.Q.F.D.
ScflOL. Nous- voyons par là que les passions ne se l rapportent à l'âme qu'en tant qu'elle a en soi quelque ; chose qui enveloppe une négation , en d'autres termes ,
• Çu'en tant qu'elle est une partie de la nature, laquelle, \ prise en soi et indépendamment des autres parties, ne
peut se concevoir clairement et distinctement ; et par cette raison, je pourrais montrer que les passions ont ^vec les choses particulières le même rapport qu'avec ^'^me, et ne se peuvent concevoir d'aucune autre manière; mais mon objet est de traiter seulement de l'âme *^Umain6.
Propos. 4. Aucune chose ne peut être détruite que par une ^^use extérieure.
Bkmonstr. Cette proposition est évidente par elle- ^ême; car la définition d'une chose quelconque con- ^^nt l'affirmation et non la négation de l'essence de ^^tte chose; en d'antres termes, elle pose son essence, ^lle ne la détruit pas. Donc, tant que l'on considérera ^^ulement la chose, abstraction faite de toute ^iau'&e ^^«
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térieure, on ne pourra rien trouver en elle qui soit capable de la détruire. C. Q. F. D.
Propos. 5. Deux choses sont de nature contraire ou « peuvent exister en un même sujet, quand l'une peut détruit\ l'autre,
DÉMONSTR. Car si ces deux choses pouvaient se cdûte nir ou exister ensemble dans un même sujet, il poùttai donc y avoir en un sujet quelque chose qui fût capaW de le détruire, ce qui est absurde {par la Propos, précéd*^ Donc, etc. C. Q. F. D.
Propos. 6. Toute chose y autant qu'il est en ellcj s'effm de persévérer dans son être.
DÉMONSTR. En effet, les choses particulières sontà* modes qui expriment les attributs de Dieu d'une cél taine façon déterminée {par le Coroll. de la Propos. 2 part. 1), c'est-à-dire (par la Propos. 34, part. 1) ft choses qui expriment d'une certaine façon détermto la puissance divine par qui Dieu est et agit. De plus, al cune chose n'a en soi rien qui la puisse détruire, ûi qui supprime son existence {pur la Propos. 4 , part, t au contraire, elle est opposée à tout ce qui peut détruÈ son existenec {par la Propos, précéd.}, et par conséqucaû elle s'eflbrce, autant qu'il est en elle, de persévérer âB son être. C. Q. F. D.
Propos. 7. L'effort par letjuel toute chose tend àpersévir dans son être nest rien de plus que V essence actuelle de «el chose.
DÉMONSTR. L'essence d'un être quelconque éta donnée, il en résulte nécessairement certaines chos (pftr la Propos. 36, part. 1) ; et tout être ne peut û de plus que ce qui suit nécessairement de sa nato: détermîA^e {putr la Propos. 29, part. 1), Par con» quetit, la puissance d'une chose quelconque , ou TefR) par lequel e&e agit ou tend â agir, seule ou ati d*autres choses, en d'autres termes {par la Propos. < port. 3), la puissance d'une chose, ou l'effott pârl quel élh teiti à persévérer dat» ^oxi ^Ite ^ n'est Ai
déplus qae l'essence donnée ou actuelle de cette ch,Qse.
aû.F. D.
Pbûpos. 8. L'effort par lequel toute chose tend à persévérer dm son être n'enveloppe aucun temps fini^ mais un temps indéfini.
DÉ¥ONSTR. Si, en effet, il enveloppait un temps limité, qui déterminât la durée de la chose, il s'ensuivrait de c^ puissance même par laquelle la chose existe, qu'après un certain temps elle ne pourrait plus exister et démit être détruite. Or, cela est absurde {par la Propos, 4, fart. 3) ; donc Peflfort par lequel une chose existe n'enveloppe aucun temps déterminé ; mais, au contraire, puisque cette chose {en vei^tu de cette même Propos,)^ si die n*est détruite par aucune cause extérieure, devra, par cette même puissance qui la fait être, toujours contumer d'être, il s'ensuit que l'effort dont nous parlons Weloppe un temps indéfini. G. Q. F. D.
Propos. 9. L'âme^ soit en tant quelle a des idées claires et distinctes, soit en tant quelle en a de confuses, s'efforce de fmévérer indéfiniment dans son être, et a conscience de cet ^t.
DâfONSTR. L'essence de l'àme est constituée par des idées adéquates et inadéquates {comme nous l'avons montré ions là Propos. 3, part. 3), et conséquemment {par la Prapos. 7, part. 3) elle tend à persévérer dans son être en tant qu'elle contient celles-ci aussi bien qu'en tant îu'elle contient celles-là; et elle y tend pour une durée indéfinie {par la Propos. 8, part. 3). Or, l'âme {par la Pro^ W. 23, part. 2) ayant, par les idées des affections du corps, conscience d'elle-même, il s'ensuit que l'âme {par kPropos. Impart. 3) ar conscience de son effort. G. Q. F..D.
ScHOL. Get effort, quand il se rapporte exclusivement à l'àme, s'appelle volonté; mais quand il se rapporte à l'iioe et au corps tout ensemble, il se nomme appétit. L'appétit n'est donc que l'essence même de l'homme, de '^cUe découlent nécessairement toutes les modifica- ^ns qui servent à sa conservation, de telle sorte cyie
l'homme est détenniné à les produire. De plus, entre l'appétit et le désir il n'y a aucune différence, si ce n'est que le désir se rapporte la plupart du temps à l'homme, en tant qu'il a conscience de son appétit; et c'est pourquoi on le peut définir de la sorte : Le déstr^ c'est Tûppetite avec conscience de lui-même. Il résulte de tout cela que ce qui fonde l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir, ce n'est pas qu'on ait jugé qu'une chose est bonne; mais, au contraire, on juge qu'une chose est bonne par cela môme qu'on y tend par l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir.
Propos. 10. Une idée qui exclut Fexistencede notre corps ne se peut rencontrer dans notre âme; elle lui est contraire*
DÉMONSTR. Tout ce qui peut détruire notre corps ne se peut rencontrer en lui {par la Propos. 5, part. 3) ; par conséquent l'idée d'une telle chose ne se peut non plus rencontrer en Dieu, en tant qu'il a l'idée de notre corps (paa^ le Coroll. de la Propos. 9, part. 2), ou en d'autres termes (par les Propos. 11 et 13, part. 2), l'idée de cette chose ne se peut rencontrer dans notre âme ; au contraire, puisque {par les Propos. 11 et 13, part. 2) ce qu'il y a de fondamental et de constitutif dans l'essence de l'âme, c'est l'idée du corps pris comme existant en acte, il s'ensuit que l'affirmation de l'existence du corps est ce qu'il y a dans l'âme de fondamental et de principal {par la Propos. 7, part. S), et par conséquent, une idée qui contient la négation de l'existence de notre corps est contraire à notre âme, etc. C. Q. F. D.
Propos. 11. Si quelque chose augmente ou diminue ^ fawh rise ou empêche la puissance d'agir de notre corpsy l'idée de cette chose augmente ou diminue, favorise ou empêche la puissance de penser de notre âme.
DÉMONSTR. Cette proposition résulte évidemment de la Propos. 7, part. 2, et aussi de la Propos. 14, môme partie.
SCHOL. Nous voyons que l'âme peut souffrir un grand nombre de changements, et passer tour à tour d'une cer- /-sioe perfection à une perfection plus grande ou plus pe-