TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS
tîle; et ce sont ces diverses passions qui nous expliquent ce que c'est que joije et que tristesse. J'entendrai donc par/oiV, dans toute la suite de ce traité, une passion par laquelle Vâme passe à. une perfection plus grande; par tristesse^ au contraire, vjïq passion par laquelle Vâme passe à une moindre perfection. En outre, Vajfection de la joie^ quand on la rapporte à la fois au corps et à Vâme^ je la nomme chatouillement ou hilarité; et Vaffection de la tristesse , douleur ou mélancolie. Mais il faut remarquer que le chatouillement et la douleur se rapportent à l'homme en tant qu'une de ses parties est affectée plus vivement que les autres; lorsque au contraire toutes les parties sont également affectées, c'est l'hilarité et la mélancolie. Quant à la nature du désir, je l'ai expliquée dans le Scholie de la Propos. 9, part. 3; et j'avertis qu'après ces trois passions , la joie , la tristesse et le désir , je ne reconnais aucune autre passion primitive ; et je me réserve de prouver par la suite que toutes les pasflioiis naissent de ces trois passions élémentaires. Mais, 9Yant d'aller plus loin, je dois expliquer ici avec plus de clarté la Propos. 10, part. 3, afin qu'on comprenne plus aisément comment une idée est contraire à une outre idée.
Dans le Scholie de la Propos. 17, part. 2, on a montré que l'idée qui constitue l'essence de l'âme enveloppe Tezistence du corps, tant que le corps existe. De plus, des principes établis dans le corollaire de la Propos. 8, part. 2, et dans le Scholie de cette Propos., il résulte que l'existence présente de notre âme dépend de ce seul point, * savoir, que l'âme enveloppe l'existence actuelle du corps. Enfin, nous avons également montré que cette puissance de l'âme par laquelle elle imagine les choses et se les rappelle, dépend encore de ce seul point {voyez les Pro^ pos. il et iSy part. 2, avec le Scholie) que l'âme enveloppe Texbtence actuelle du corps. Or, il suit de tout cela que Tezistence présente de l'âme et sa puissance d'imaginer sont détruites aussitôt qae Tâme ce^^c^ d*^^t\£L^^ m. \\
i2à ÉTHIQUE.
l'existence présente du corps. Or , la cause qui fait que l'âme cesse d'affirmer Texistence présente du corps, ce ne peut être Tâme elle-même {par la Propos, A, part, 3), et ce ne peut être non plus la cessation de l'existence du corps. Car {par la Propos. 6, part, 2) la cause qui fait que Tâme affirme l'existence dn corps, ce n'est pas que le corps commence actuellement d'exister ; et conséquemment, par la même raison, Tâme ne cessera pas d'affirmer l'existence du corps, par cela seul que le corps cessera d'exister actuellement; la véritable cause {par la Propos, 8, part, 2), c'est une idée qtd exclut l'existence de notre corps, et par suite de notre âme, idée qui, en conséquence, est contraire à celle qui constitue l'essence de notre âme.
Propos. 12. Lame s'efforce, autant qu'il est en elle, fimaginer les choses qui augmentent ou favorisent la pms^ sance d'agir du corps,
DÉMONSTR. Tant que le corps humain est affecté d'une modification qui enveloppe la nature de quelque corps étranger, l'âme humaine aperçoit ce corps étranger comme présent {par la Propos, 17, part, 2) ; et en conséquence, tant que l'âme humaine aperçoit quelque corps étranger comme présent, ou en d'autres termes {par h Schol, de la même Propos,)^ tant qu'elle l'imagine, le corps humain est affecté d'une modification qui exprime la nature de ce corps étranger. Or, il suit de là que, tant que l'âme imagine des choses qui augmentent ou favorisent la puissance d'agir de notre corps, notre corps est affecté de modifications qui augmentent ou favorisent sa puissance d'agir {voyez le Post, /, part, 3); et par conséquent {en vertu de la Propos, iiy part, 3), la puissance de penser de l'âme est augmentée ou favorisée; et partant (^ verf» de la Propos, 6 ou 9, part, 3 ) , l'âme s'efforce, autant^ qu'il est en elle, d'imaginer ces sortes de choses.! C.Q.F.D.
Propos. 13. Quand l'âme imagine des choses qui dimi" nuent la puissance d'agir du corps, elle s'efforce, autant