‹ Œuvres, trChapitre 53 sur 159 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS

repentir. Voici maintenant ce qui peut arriver. Comme la joie qu'on s'imagine procurer aux autres peut être une joie purement fantastique {par le CorolL de la Propos, 17, part. 2), et comme aussi (par la Propos, 25, part, 3), chacun s'efforce d'imaginer de soi-même tout ce qu'il représente comme une cause de joie, il peut arriver aisément qu'un vaniteux soit orgueilleux et s'imagine qu'il est agréable à tous, tandis qu'il leur est insupportable.

Propos. 31. Si nous venons à imaginer qu'une personne (dme, désire ou hait quelque objet que nous-mêmes nous aimons, désirons ou haïssons, nous l'en aimerons, etc., (Tune fch çon d'autant plus ferme; si nous pensons au contraire quelle a de l'aversion pour un objet que nous aimons, ou réciproquement, nous éprouverons une fluctuation intérieure,

Demonstr. Par cela seul que nous imaginons qu'une personne aime tel ou tel objet, nous l'aimons aussi (par la Propos, 27, part, 3). Or, déjà sans cela on suppose que nous aimons cet objet ; voilà donc un nouveau motif qui s'ajoute à notre amour et en redouble la force ; et par conséquent, ce que nous aimons déjà, nous l'en aimerons davantage. En second lieu, par cela seul que nous imaginons qu'une personne a de l'aversion pour tel ou tel objet, nous le prenons aussi en aversion. Si donc on suppose qu'en même temps nous avons pour cet objet de l'amour, il suit que nous aurons tout à la fois pour lui de la haine et de l'amour, ce qui revient à dire (voyez le Schol. de la Propos, 17, part. 3) que nous éprouverons une fluctuation intérieure. C. Q, F. D.

COROLL. n suit de là et de la Propos. 28 que chacun fait effort, autant qu'il peut, pour que les autres aiment ce qu'il aune, et haïssent ce qu'il hait ; de là ces vers d'un poëte :

Noîis nous aimons; que nos espérances soient communes ainsi que nos craintes. Il n'y a qu'un cœur éC airain qui puisse aimer ce qu'un autre dédaigne^.

ScHOL. Cet effort qu'on fait pour que les autres approuvent nos sentiments d'amour ou de haine, c'est propre-

J. Onde, Les Amours, Ur. II, clég. 19, *¥. 4 et IS.

id6 EXHIQUB.

ment Fambition {voyez le SchoL de la Propos^ 29, pe^Li). D'où Ton voit que tout homme désire naturellemeiit cpie les autres vivent à son gré; et comme tous le désûrast également, ils se £ont égalemcmi obstacle' ; et comme aussi tous veulent être loués ou aimés de iou»| il» se prennent mutuellement en haine.

Propos. 32. Si nous imaginonê qu'tme peramne an complaise dans la possession d'vm objeé dmt seule elle peut jemir^ noua ferons effort pour qu'elle ne le possède plus.

Demonstr. Par cela seul que nous imaginons qu'une personne est heureuee de la possession d'un certain^ ^ jet, nous aimons cet objet (par la Propos^ 21 y part, ây si êOH CorolL I) et désifon» en jouir. Or, [par hypothèse)^ c'est un obstacle à notre désir, que cette personne possède l'objet qu'elle aime. Donc [par la Propos. 2S,part. 3) bous ferons effort pour qu'elle ne le possède plus. C. Q. F. D.

ScHOL. Nous voyons, par ce qui précède, que la nature humaine est ainsi faite qu'elle réunit presque toujoiu» à la pitié pour ceux qui souffrent l'envie pour ceux qû sont heureux , et que notre haine à l'égard de oeux-ei est d'autant plus forte [par la Propos, précéd.) que nous aimons davantage ce que nous voyons en leur posae»sîon. Nous devons aussi comprendre que cette même propriété de la nature humaine qui fait les hommes mia4mcordieux met en leur àme l'envie et Tambitioii. Consultez maintenant l'expérience ; elle vous donnera; h» mômes leçons, surtout si vous regardez aux premieis ftges de la vie. Ainsi les enfants, dont le corps es4 conlînuellement en équilibre, pour ainsi dire, rient et pleurent par cela seul qu'ils voient rire et pleurer; oe qa'ib voient faire aux autres, ils désirent incontinent l'imiite; tout ee qu'ils croient agréable aux autres, ils le eonvoitent pour eux-mêmes ; tant il est vrai que les image» dis choses, comme nous l'avons dit, ce sont les affeetiisiis mêmes du corps humain, ou les modifications dont U est affecté par les causes extérieures, et qui le déternainent à agir de telle on telle façon.

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