‹ Œuvres, trChapitre 55 sur 159 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS

cure de la joie à celui qu'il hait (par la Propos, 24, paj't. 3), et par cela aussi qu'il est forcé de joindre Timage de l'objet aimé à Timage de celui qu'il hait {par le Coroll. de la Propos. 15, part. 3). C'est ce qui se rencontre le plus souvent dans l'amour qu'inspirent les femmes ; car celui qui se représente que la femme qu'il aime se prostitue à un antre est saisi de tristesse, parce que son appétit trouve un obstacle ; mais parce qu'il est forcé de joindre à l'image de l'objet aimé celle des parties honteuses et des ' excréments de son rival, il conçoit de l'aversion pour l'objet aimé ; joignez à cela que le jaloux n'est pas reçu de l'objet aimé du môme visage que d'habitude, nouvelle cause de tristesse pour l'amant, comme je le montrerai tout à l'heure.

Propos. 36. Celui qui se souvient (Fun objet qui une fois Va charmé désire le posséder encore, et avec les mêmes circonstances.

DÉMONSTR. Tout ce qu'un homme voit en même temps qu'un objet qui l'a charmé est pour lui accidentellement une cause de joie {par la Propos. 15, part. 3), et par conséquent [en vertu de la Propos. 28, part. 3) il désirera posséder tout cela en même temps que l'objet qui l'a charmé ; en d'autres termes, il désirera posséder cet objet avec les mêmes circonstances où il en a joui pour la première fois. C, Q. F. D.

GoROLL. Si donc l'amant s'aperçoit de l'absence d'une de ces circonstances, il en sera attristé.

DÉMONSTR. En ejQfet, en tant qu'il reconnaît le défaut de quelque circonstance, il imagine quelque chose qui exclut l'existence de l'objet qui l'a charmé; et comme l'amour lui fait désirer cet objet ou cette circonstance {par la Propos, précéd.)^ en tant qu'il imagine qu'elle lui manque, il est attristé {par la Propos. 19, part. 3). C. Q. F. D.

ScflOL. Cette tristesse, en tant qu'elle se rapporte â l'absence de ce que nous aimons, se nomme regret.

Propos. 37. Le désir qui naît de la tristesse ou d^ U \^\<i>

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de la haine ou de l'amour, est d'autant plus grand que la passion qui l'inspire est plus grande.

DÉJUONSTR. La tristesse diminue ou empêche (par le Schol. de la Propos. 11, part. 3) la puissance d'action de l'homme, c'est-à-dire {par la Propos. 1 y part. 3) Tefibrt de l'homme pour perséirérer dans son être; et en eonaéquence {par la Propos. 5, part. 3) elle est contraire à cet effort ; et dès lors, tout l'effort d'un homme saisi de tristesse, c'est d'écarter de soi cette passion. Or {par ha, Déf. de la tristesse), plus la tristesse est grande^ plus est grande aussi nécessairement la partie de la puissance d'action de l'homiuke à laquelle elle est opposée. Donc, plus la tristesse est grande^ plus grand« sera la puissaiu»; d'action déployée par l'homme pour écarter de sol eette passion; c'est-i-dire {par le Schol. de la Pfvpos. 9,part.S)y plus grsuid seca le désir ou l'appétit qui le poussera à éloigner la tristesse. De plus, comme la joie {par le même Sthol. de la Propos. 9, part. 3) augmente ou Carorise la puissance d'action de l'homme, on démontrerait aisément par la même yoie qu'un homme saisi de joi« ne désire rien autre chose que de la conserver, et cela d'un désir d'autant plus grand que la joie qui l'anime est|diis grande. Enfin, comme la haine et l'amour sont des^ pa»sions liées à la joie et à la tristesse , il s'eosait par la môme démonstration que l'effort, l'appétit ou le désir qui naît de la haine ou de l'amour croâl en raison» de cette haine et de cet amour mêmes. C. Q. F. D.

Paopos. 38. Celui qui commence de prendre en haine V objet aimé, de façon que son amour en eok bierUôt eomplétemeni éieinty s'il vient à avoir contre lui un motif de kaine^ il ru- Mentira une haine plus grande que s^'il ne l'eût jamais aimé; etj plus grand a été l'amour, plus grande sera la haim*^

DÉMONSTR. Dans l'âme de celui qui prend en haine

Tobjet jusqu'alors aimé, il y a plus d'appétits dont le dé-

Teloppement est enirpêché, que s'il ne L'eût jamais aimé.

Car l'amour est un sentiment de joie {par le SchoL de la

J^ropos^ id^part. 3) que l'homfiOA) autant qu'il est e& lui,

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