‹ Œuvres, trChapitre 56 sur 159 · TROISIÈME PARTIS. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIS. — DES PASSIONS

s'cffbrce de conserver {par la Propos. 28, part. 3); et cela {par le Schol. déjà cité) en contemplant Tobjet aimé comme présent, et lui procurant de la joie autant qu'il est possible {par la Propos, 21, part. 3); et cet effort est â*atrtant plus grand {par la Propos» précéd.)^ ainsi que cet I antre effort que nous faisons {voy. la Propos. 33^ part. 3) ponr que l'objet aimé nous aimera son tour, que Tamour est plus grand lui-même. Or, tous ces efforts seront empêchés par la haine qui nous anime contre Tobjet aimé {par le CorolL de la Propos. 13, et par la Propos. 23, part. 3); doncTamant [parle Schol. de la Propos. 11, part. 3 ) sera par cette raison saisi de tristesse, et cette tristesse sera d'autant plus grande que plus grand était l'amour; en d'autres termes, outre la tristesse qui a produit notre haine pour l'objet aimé, il y en a une autre qni naît de l'amour qu'il nous a inspiré; de telle façon qne nous regarderons l'objet aimé avec une tristesse plus grande, ou, en d'autres termes {par le Schol. de la Propos. 13, part. 3 ) , que nous éprouverons pour lui plus de haine que si nous ne l'eussions jamais aimé ; et plus grand aura été notre amour, plus grande sera la haine, C. Q. F. D.

Propos. 39. Celui qui a quelque objet en haine s^effbrcera de lui faire du mal^ à moins qu'il ne craigne de sa part un mal plus grand; et, au contraire y celui qui aime quelque objet s'efforcera de lui faire du bien y sous la même condition^

DÉMONSTR. Avoir un objet en haine, c'est [par le Schol. de la Propos. 13, part. 3) se le représenter comme une cause de tristesse, et en conséquence [par la Propos. 28^ part. 3) celui qui a un objet en haine s'efforcera de l'écarter ou de le détruire. Mais s'il redoute pour soi quelque chose de plus triste, ou, ce qui est la même chose, un plus grand mal, et s'il croit pouvoir l'éviter en s'abstenan! de faire à l'objet de sa haine le mal qu'il lui préparait, il désirera {par la même Propos. 28, part. 3) s'en abstenir en effet; et cela {par la Propos. Sl^part. 3), d'un eflbrt plus grand que celui qui le çorl%\l ^livc^ ôm\ûs^

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à ce qu'il déteste; de façon que cet eflfort prévaudra, comme nous voulons le démontrer. La seconde partie de la démonstration procède de la même manière. Donc, celui qui a quelque objet en haine, etc. C. Q. F. Du

Sghol. Par bien, j'entends ici tout genre de joie et tout ce qui peut y conduire, particulièrement ce qui satisfait un désir quel qu'il soit ; par mal, tout genre de tristesse, et particulièrement ce qui prive un désir de son objet. Nous avons en effet montré plus haut {dans le SchoL de la Propos, 9, part. 3) que nous ne désirons aucune chose par cette raison que nous la jugeons bonne, mais au contraire que nous appelons bonne la chose que nous désirons ; et en conséquence, la chose qui nous inspire de Taversion, nous l'appelons mauvaise ; de façon que chacun juge suivant ses passions de ce qui est bien ou mal, de ce qui est meilleur ou pire, de ce qu'il y a de plus excellent ou de plus méprisable. Àinsi^ pour l'avare, le plus grand bien, c'est l'abondance d'argent, et le plus grand mal c'en est la privation. L'ambitieux ne désire rien à l'égal de la gloire, et ne redoute rien à l'égal de la honte. Rien de plus doux à l'envieux que le malheur d'autrui, ni de plus incommode que son bonheur ; et c'est ainsi que chacun juge d'après ses passions telle chose bonne ou mauvaise, utile ou inutile. Cette passion qui met l'homme dans une telle disposition qu'il ne veut pas ce qu'il veut, ou qu'il veut ce qu'il ne veut pas, se nomme crainte; et la crainte n'est donc que celte passion qui dispose l'homme à éviter un plus grand mal qu'il prévoit par un mal plus petit {voy. la Propos. 28, part. 3). Si le mal que l'on craint c'est la honte, alors la crainte se nomme pudeur. Enfin, si le désir d'éviter un mal à venir est empêché par la crainte d'un autre mal, de telle façon que l'àme ne sache plus ce qu'elle préfère, alors la crainte 55 nomme consternation, surtout si l'un des deux maux qu'on redoute est entre les plus grands qu'on puisse appréhender.

Pmopos. 40. Celui qui imagine qu'il est haï par un autre

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