‹ Œuvres, trChapitre 58 sur 159 · TROISIÈME PARTI». — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTI». — DES PASSIONS

dmeii^aAoïiii^ àPatitre ûntnn des sujets ordinaires de haine.

PrOWS. 42. Celui qui n fait en bien à autrui, mt par tfwwwr, sait par espoir de la yloire quit en pourra tirer, «m etttristé si son bienfait est reçu nvec ingratitude.

BËMONSTR. Celai qui aime im de ses semMaT:)les fefit efibft, fttitant qnSl eêl en lui, pour en être ^imé à son tdor {par la Proptfs. 33, part. 3). Ceîni doue qm faîl dn Men à une personne agit de la sorte par le désir ^i l'amme d'en être BÎmé , cN«t-à-dire ( en vertu de ta Propos^ 34, part, 3) par un espoir de gloire ou de joie (ai vertu du SchoL de la Propos. 30, part. 3 ) ; et par conséquent {en vertu de la Propos. î% part. 3), il fait effort, autant qu'il est en lui, pour se représenter celte cause de gloire eomme eristantactu^leinent.0r(j5ar AjpofAfee), oc qu^l se représente exdut précisément celte cause. Par cela même Usera donc attristé (par la Propos. 19, port. 3). C. Q. F. D.

Propos. 43. La fmine s'augmente quand elle est réciproqfte ; eile peut être détruite par l'amour.

DÉMONSTR. Celui qui «e représente l'objet de sa haine comme le haïs«a«t à son tour en conçoit par cela seul une nouvelle haine {par la Propos. 40, part. 3) , la première eontinuant "de subsister (par hypothèse). Mais s'il se représente au contraire l'objet de sa haine comme ressentant pour lui de l'amour, il se regardera lui-même arec joie (par ta Propos. 30, part. 3) et s'efforcera de plaire à l'antre (par la Propos, ^ypart. 3), ee qui revient A fire {par la Propos. 40, part. 3) qu'il s^efltercera de ne pas le prendre en haine, et de ne lui causer aucune tristesse; or, cet effort sera plus grand ou plus petit en ral- WtL du sentiment dont 3 provient; et conséquemment, sH est plus grand que l'effort qui naît de la haine, et tend à causer de la tristesse à l'objet détesté (par la Propos. 26, part. 3), îl prévaudra et détruira la haine dans rame qui la ressentait. C. Q. F. D.

Propos. 44. La haine qui est complétemeni ijaîtuîu.^ çov

V amour devient de V amour; et cet amour est plus grand que sUl n eût pas été précédé par la haine.

DÉMONSTR. Elle procède de la même manière que celle de la Propos. 38, part. 3. Celui en effet qui commence à aimer l'objet qu'il haïssait, c'est-à-dire l'objet qu'il apercevait habituellement avec tristesse, se réjouit, par cela seul qu'il aime; et, à cette joie que l'amour enveloppe {voyez la Déf. de V amour dans le SchoL de la Propos. i3, part. 3), s'en joint une autre , celle qui résulte de ce que l'effort pour écarter la tristesse, effort que la haine enveloppe toujours {comme on l'a montré dans la Propos. 37, part. 3), vient à être favorisé , l'idée de celui qu'on haïssait se joignant en même temps à notre joie, comme cause de cette joie même. C. Q. F. D.

ScHOLiE. Quoique les choses se passent de cette façon, personne cependant ne s'efforcera de prendre un objet en haine, c'est-à-dire d'éprouver de la tristesse, pour jouir ensuite d'une joie plus grande ; personne, en d'autres termes, ne désirera qu'on lui cause un dommage, dans l'espoir d'en être dédommagé , ni d'être malade, dans l'espoir de la guérison. Car chacun s'efforce toujours, autant qu'il est en lui, de conserver son être et d'écarter de lui la tristesse. Que si l'on pouvait concevoir le contraire, je veux dire qu'un homme vînt à désirer de prendre un objet en haine, afin de l'aimer ensuite davantage, il s'ensuivrait qu'il désirerait donc toujours de le haïr; car plus la haine serait grande» plus grand serait l'amour; et par conséquent il désirerait toujours que la haine devînt de plus en plus grande : et, à ce compte, un homme s'efforcerait d'être de plus en plus malade, afin de jouir ensuite d'une joie plus grande à son rétablissement, et en conséquence, il s'efforcerait toujours d'être malade, ce qui est absurde {par la Propos, 6, part. 3).

Propos. 45. Nous ressentirons de la haine pour un de nos semblables, s^il en a lui-même pour un autre que nous ai» mms.

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D£monstr. L'objet qu'on aime, en effet, hait à son tour celui qui le hait (en vertu de la Propos. 40, part. 3) ; et par conséquent l'amant, en songeant qu'une personne a delà haine pour l'objet aimé, imaginera par cela même l'objet aimé comme saisi de haine, et partant, de tristesse (par le Schol. de la Propos. 13, part. 3); l'amant sera donc attristé (par la Propos. 21, part. 3), et se représentera en même temps l'idée de celui qui hait l'objet aimé, comme étant la cause de sa propre tristesse, ce qui revient à dire (par le Schol. de la Propos. 13, part. 3) qu'il le haïra. G. Q. F. D.

Propos. 46. Si nous avons été affectés d'une impression de tristesse ou de joie par une personne dCune autre classe ou d'une autre nation que la nôtre, et si l'idée de cette personne, sous le nom commun de sa classe ou de sa nation, accompagne notre tristesse ou notre joie comme étant la cause même qui la produit, nous éprouverons de la haine ou de l'amour nonseulement pour cette personne, mais encore pour toutes celles de sa classe ou de sa nation.

Dkmonstr. La démonstration de cette proposition suit évidemment de la Propos. 16, part. 3.

Propos. 47. La joie qui provient de ce que nous imaginons que l'objet détesté est détruit ou altéré de quelque façon n'est jamais sans mélange de tristesse.

Démonstr. Cela est évident par la Propos. 27, part. 3, car en tant que nous imaginons qu'un objet qui nous est semblable est dans la tristesse, nous sommes nousmêmes contristés.

Schol. Cette proposition se peut aussi démontrer par leCoroll. de la Propos. 17, part. 2. Chaque fois, en effet, que nous nous souvenons d'une chose, quoiqu'elle n'existe pas actuellement, nous la considérons comme présente, et le corps est affecté de la même façon que si elle était présente en effet. C'est pourquoi, tant qu'il garde mémoire d'une chose qu'il hait, l'homme est déterminé à la considérer avec tristesse ; et l'image de la chose continuant de subsister, cette détermination est

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empêchée mais non détrnite par te soQT«nir ies rn^es choses qui excluent l'existence de celle4à; or^ en tant qu'elle est empêchée, l'homme se réjouit; et de là yiwsi fpxe la joie qui nous est causée patr le maSiear d'un objet détesté se répète aussi souvent qtte nousfious souvenons de lui. Car, comme on l'a déjà dit^ lorsque l'image de l'objet détesté vient à être excitée, comme elle en enveloppe l'existence, elle détermine Phomme à considérer cet objet avec la même tristesse qu'il avait coutume de ressentir quand elle existaft réellement. Mais cérame fl arrive aussi que Thomme joint à l'image de l'objet détesté d'autres images qui excluent l'existence de ceJle-là, cette détermination à la tristesse est empêchée aumême instant, et l'homme se réjouit ; et cela autant de (dte que le phénomène reparaît. On peut expliquer de la même manière pourquoi les hommes se réjouissent chaque fois qu'ils se rappellent les maux passés, et pourquoi msA ils aiment à raconter les périls dont ils sont délivrés. Car, dès qu'ils se représentent quelque péril, ils l'ape»* ^vent aussitôt comme un péril à venir, et sont ainsi déterminés à le redouter; mais cette détermination venant  être empêchée par Tidée de la délivrance, qu'ils ont jointe à celle du péril quand ils en <mt été délivréBi la sécurité arrive à sa suite, et ils sont de noweaa tè^ jouis.

ftiopos. 48. L'ammir et ia haine que foi pour /*wfw, ffsr 'exemple, disparcJtroiUy ^si 4 /« trisiesse qui envehppe cette haine et à la joie qui enveloppe cet amtmr sejmni tiék étune muse autre que Pierre ; et cette haine au cet amour doivent diminuer en tani que f imagine que Pierre n'apm ité seul cause de ma tristesse ou de ma joie.

DiwoNSTR. Cela résulte évidemment de la seule 4èfi» ftition de l'amour et de la haine {voyez le Schol. ée 4a \Propos. 13, part. 3). Car la joie ou la tristesse BA^de» viennent amour ou haine à Tégard de Pienre, qu'à cedi condition que Pierre «oit considéi^ comme cause de cette MB^esoe oo de cette joie. Par consèepMttt, 4tez'

TfiOISIÈME PAttfS. — DES PASSIONS. 15 1

WtidîSoB, DU totalement oa en partie, et la passion dont Pierre était Pobjet disparaît on est diminuée par cela même. <;. 0. ï. D.

Propos. 49. Une même came doit nous faire éprouver pour •wi être que nous croyons libre plus d'amour ou plus de haine ^pour un être nécessité.

BtHOKSTR. Un être que nous croyons libre doit être ferçu par soi et indépendamment de toute autre chose f«i vefiu de la Déf. 7, part. 1 ). Si donc nous imaginons fju^m tel être nous est une cause de joie ou de tristesse, par cela même {en vertu du Schol. de la Propos. 13, peert. 3), nous Paimerons ou nous le haïrons, et cela {en vertu de la Propos, précéd. ) , du plus grand amour ou àe lapins grande haine qui puisse provenir de Timpreslion reçue. Si au contraire nous imaginons l'être qui est la cause de cette impression comme nécessité, alors {par la Dëf. 7, part. 1) nous croirons qu'il n'en est pas tout seul la cause, mais avec lui beaucoup d'autres êtres, ert conséquemnïent {par la Propos, précéd.) nous éprouverons pour lui moins de haine ou d'amour. C. Q. F. D.

SCHOL. 11 suit de là que les hommes, dans la persuasion où ils sont de leur liberté, doivent ressentir les uns pour les attira plus d*amour et plus de haine que pour les autres êtres. Joignez à cela la communication des aSecfioBS, dont il est parle Propos. 27, 34, 40 et 43, part. 3.

Pbopos. 50. Une chose quelconque peut être y par accideni, tme cane ^espérance et de crainte.

BimmsTR. Cette proposition se démontre par la même viBe que la Propos. 15, part. 3, à laquelle nous ren^ voyons, ainsi qu'au Schol. de la Propos. 18, part. 3.

"ScfiOli. Xes choses qui sont, par accident, des causes d'espérance ou de crainte, on les nomme bons ou mauviis présages. Ces présages, en tant qu'ils sont pour nous des causes d'espérance ou de crainte, le sont en même temps de joie on de tristesse \par les Déf. de V espérance et ée la crainte, quon trouve au Schol. 2 de la Propos. 18, pari. 3), et en conséquence {par le CorolU de la Pt^

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pos. 15, part, 3) nous avons pour eux de l'amour et de la haine, et nous faisons effort {par la Propos. 28, part. 3) soit pour les employer comme moyens d'atteîndre Tobjet de nos espérances, soit pour les écarter comme des obstacles et des causes de crainte. En outre, il suit de la Propos. 25, part. 3, que la constitution naturelle de l'homme est telle qu'il croit facilement ce qu'il espère et difEcilement ce qu'il appréhende, et que nos sentiments, à cet égard, sont toujours en deçà ou au delà de ce qui est juste. Telle est l'origine de ces superstitions qui en tout lieu tourmentent les humains.

Du reste, je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'expliquer ici les fluctuations qui proviennent de l'espérance et de la crainte , puisqu'il résulte de la seule déiinition de ces passions que l'espérance ne va pas sans la crainte, ni la crainte sans l'espérance (comme nous l'expliquerons plus amplement en son lieu) ; et comme il arrive, en outre, que nous avons toujours de l'amour ou de la haine pour un objet, en tant que nous l'espérons ou le redoutons, il s'ensuit que tout ce que nous avons dit sur l'amour et la haine, chacun peut aisément l'appliquer à l'espérance et à la crainte.

Propos. 51. Différents Iiommes peuvent être affectés de façon différente par un seul et même objet, et le même homme peut aussi être affecté par un seul et même objet de façon différente dans des temps différents.

DÉMONSTR. Le corps humain est affecté de plusieurs façons par les corps extérieurs [envertudu Post. 3^part.2). Deux hommes peuvent donc, dans le même temps, être affectés de ilifférentes façons, et, conséquemment {par VAx, 7, posé après le Lemm. 3, qui est après la Propos. 13, part. 2), ils peuvent être affectés de façons différentes par un seul et même objet. De plus {par le même Post.)^ ^ le corps humain peut être affecté tantôt de telle façon, tantôt de telle autre, et conséquemment {par le même Axiome) il peut être affecté par un seul et même objet de façon différente dans des temps différents. C. Q, F. D.

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