‹ Œuvres, trChapitre 85 sur 159 · QUATRIEME PARTIE. — DE l'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. — DE l'ESCLAVAGE

En second lien, le désir est d'autant plus fort que la passion d'où il provient est plus forte {par la Propos, 37, part. 3). Par conséquent, de même qu'une passion peut (par la Propos, 6, part, 4 ) surpasser les autres actions de l'homme, de même aussi le désir qui naît de cette passion peut surpasser tous les autres désirs , et de la sorte, il est sujet au même excès où tombe le chatouillement, comme on vient de le faire voir dans la Proposition précédente. C. Q, F. D.

SCHOL. L'hilarité, que j'ai rangée entre les bonnes passions, est plus facile à concevoir qu'à observer. Car les passions qui agitent chaque jour nos âmes se rapportent le plus souvent à quelque partie du corps qui est affectée à l'exclusion des autres, et de là vient qu'elles tombent dans l'excès et tiennent l'àme attachée à la contemplation d'un seul objet avec une telle force qu'elle ne peut penser à autre chose ; et bien que les hommes soient sujets à un grand nombre de passions , qu'il soit rare par conséquent d'en rencontrer qui soient toujours agités par une seule et même passion , cependant il ne manque pas d'exemples de cette influence exclusive et opiniâtre d'une passion unique. Nous voyons aussi des hommes qui sont affectés par un certain objet avec une si grande vivacité qu'ils le croient devant leurs yeux qaand il est absent; et si pareille chose arrive à un homme qui ne dort pas, nous disons qu'il est en délire, qa'il perd le sens. Nous pensons aussi de ces amoureux qui ne songent nuit et jour qu'à la maîtresse, ou à la courtisane dont ils sont épris, qu'ils sont en délire, parce que leur passion nous amuse ; mais quand nous voyons un avare ne penser qu'à l'argent ou au gain, un ambitieux à la gloire, etc., nous ne disons pas qu'ils soient en délire, parce qu'ils sont en général insupportables à leurs semblables et que nous les jugeons dignes de haine. Cependant l'avarice, l'ambition, le libertinage, sont au fond des espèces tle délires, quoiqu'on ne les compte pas an nombre des maladies.

Propos. 45, La haine ne peut jamais être bonne.

DÉMONSTR. Quand nous haïssons une personne, nous nous efforçons de la détruire {par la Propos. 39, part.Sj, c'est-à-dire {par la Propos. 37, part. 4) de faire une chose qui est mauvaise. Donc, etc. C. Q. F. D.

ScHOL. On remarquera que, dans cette Proposition comme dans les précédentes, j'entends par haine une passion qui a les hommes pour objet.

CoROLL. 1. L'envie, la dérision, le mépris, la haine, la vengeance, toutes les passions qui se rapportent à la haine ou qui en proviennent sont mauvaises, conséquence qui résulte aussi des Propos. 37, part. 4, et 39, part. 3.

CoROLL. 2. Tout ce que nous désirons par l'effet de la haine est honteux et, dans l'État, contraire à la justice. €'est ce qui résulte également de la Propos. 39, part. 3, et de la Défîn. des choses honteuses et injustes {voyez le SchoL de la Propos. 31 y part. 4 ).

SCHOL. Entre la dérision (que j'ai appelée passion mauvaise dans le CoroU. 1) et le rire, je reconnais une grande différence ; car le rire, comme le badinage, est un pur sentiment de joie; par conséquent il ne peut avoir d'excès et de soi il est bon {par la Propos. 41 , part. 4). En quoi, en effet , est-il plus convenable de soulager sa faim ou sa soif que de chasser la mélancolie ? Telle est du moins ma manière de voir, quant à moi, et j'ai disposé mon esprit en conséquence. Aucune divinité , ni qui que ce soit, excepté un envieux, ne peut prendre plaisir au spectacle de mon impuissance et de mes misères , et m'imputer à bien les larmes , les sanglots , la crainte , tous ces signes d'une âme impuissante. Au contraire, plus nous avons de joie , plus nous acquérons de perfection ; en d'autres termes , plus nous participons nécessairement à la nature divine. Il est donc d'un homme sage d'user des choses de la vie et d'en jouir autant que possible (pourvu que cela n'aille pas jusqu'au dégoût , car alors ce n'est plus jouir). Oui, il est d'un homme sage de

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se réparer par une nourriture modérée et agréable , de charmer ses sens du parfum et de Téclat verdoyant des plantes , d'orner même son vêtement, de jouir de la musique, des jeux , des spectacles et de tous les divertissements que chacun peut se donner sans dommage pour personne. En effet , le corps humain se compose de plusieurs parties de différente nature , qui ont continuellement besoin d'aliments nouveaux et variés , afin que le corps tout entier soit plus propre à toutes les fonctions qui résultent de sa nature, et par suite, afin que l'âme soit plus propre, à son tour, aux fonctions de la pensée. Cette règle de conduite que nous donnons est donc en parfait accord et avec nos principes, et avec la pratique ordinaire. Si donc il y a des règles différentes, celle-ci est la meilleure et la plus recommandable de toutes façons , et il n'est pas nécessaire de s'expliquer sur ce point plus clairement et avec plus d'étendue.

Propos. 46. Celui qui vit sous la conduite de la raison ^efforce, autant qu'il est en lui , d^opposer aux sentiments de haine, de colère , de mépris, etc., qu'on a pour lui , des sentiments contraires d^ amour et de générosité,

DÉMONSTR. Toutes les passions qui proviennent de la haine sont mauvaises {par le Coroll, 1 de la précéd. Propos.)f et conséquemment, celui qui règle sa vie suivant la raison s'efforce , autant que possible , d'écarter de soi les passions haineuses {par la Propos. 19, part. 4), et de les écarter de l'âme d'autrui {par la Propos. 31^ part. 4). Or, la haine s'augmente par une haine réciproque, et au contraire, elle peut être étouffée par l'amour (en vertu de la Propos. 43, part. S), de telle sorte que la haine se change en amour {par la Propos. 44, part. 3). Ainsi donc, celui qui vit selon la raison s'efforce d'opposer aux sentiments de haine, etc., des sentiments d'amour, tels que la générosité, etc. {voyez la Déf. de cette passion au Schol. le la Propos. 59, part. 3). C. Q. F. D.

ScHOL. Celui qui veut venger ses injures en rendant baine pour haine ne peut manquer d'être malheureux.

Celui au contraire qui s'efforce de combattre la haine par Tamour trouve dans ce combat la joie et la sécurité. ' Il résiste avec une égale facilité à un seul homme et à plusieurs , et a moins besoin que personne du secours de la fortune. Ceux qu'il parvient à vaincre, il les laisse joyeux , avec une augmentation de force au lieu d'un ailaiblissement : toutes choses qui résultent si clairement des seules définitions de l'amour et de l'entendement, qu'il est inutile d'en donner une démonstration spéciale.

Paopos. 47. Les passions de l'espérance et de la crainte ne peuvent jamais être bonnes par elles-mêmes.

DÉMONSTR. L'espérance et la crainte sont des passions inséparables de la tristesse. Car , d'abord , la crainte est une sorte de tristesse {par la Déf, 13 des pass,), et l'cs- [ïéranciî {votjez VExpL des Déf. 12 et 13 des pass.) est toujours accompagnée de crainte; d'où il suit (par la Pro- /ioi. ll,/;ttW. 4) que ces passions ne peuvent jamais être bgun«s par oUos-mômcs, mais seulement en tant qu'elles -«ont capables d'empêcher les excès de la joie {par la Pro- -m. W» imrt, 4). G. Q. F. D.

^^CMOL. Juigiiez à cela que ces passions marquent un

iciiiui de connaissance et l'impuissance de l'àme; et

o;ii puiut(uui la sécurité, le désespoir, le contentement

= io ntittords sont aussi des signes d'impuissance. Car

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\ d« la joie, elles supposent une tristesse anté-

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