QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
paix dans TÉtat, punit un citoyen qui a commis une injustice à l'égard d'autruî, je ne dis point qu'il s'indigne contre lui ; car ce n'est point ici la baine qui pousse le souverain à perdre un citoyen; c'est l'amour de l'État qui le décide à le punir.
Propos. 52. La paix intérieure peut provenir de la raison^ et cette paix née de la raison est la plus haute ou il nous soit donné d'atteindre.
DÉMONSTR. La paix intérieure, c'est la joie qui naît pour l'homme de la contemplation de soi-même et de sa puissance d'agir (par la Déf. 25 des pass.). Or, la véritable puissance d'agir de l'bomme ou sa vertu, c'est la raison elle-même (par la Propos. 3, part. 3 ) que l'homme contemple claii'ement et distinctement {par les Propos, 40 et 43, part. 2) ; d'où il suit que la paix intérieure naît de la raison. De plus, l'homme, quand il se contemple soimême, ne perçoit d'une façon claire et distincte, c'est-àdire adéquate, rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d'agir {par la Déf. 2, part. 3), en d'autres termes {par la Propos. 3, part. 3), de sa puissance de comprendre ; et par conséquent, le plus haut degré de la paix intérieure ne peut naître que de cette seule contemplation. C. Q. F, D.
ScHOL. La paix intérieure est réellement l'objet le plus élevé de nos espérances ; car personne {comme on Va démontré dans la Propos. 25) ne s'efforce de conserver son être pour une autre fin que soi-même; et comme cette paix intérieure est entretenue et fortifiée en nous par les louanges {en vertu du Coroll, de la Propos. 53, part. 3) et troublée au contraire par le blâme d'autrui {en vertu du Cùroll. de la Propos. 55, part. 3), on s'explique ainsi que la gloire soit le principal mobUe de nos actions, et que la vie avec l'opprobre nous devienne presque insupportable.
Propos. 53. L'humilité n'est point une vertu; en d'autres termes, elle ne provient point de la raison.
DÉMONSTR. L'humilité, c'est la tristesse qui naît pour iiï. — ^ ' - 20
l'homme du spectacle de son impuissance {par la Déf. 26 des pass,). Or l'homme, en tant qu'il a de soi-même une connaissance raisonnable, comprend par cela même son essence, c'est-à-dire {par la Propos. 7, part, 3) sa puissance. Si donc l'homme, en se considérant lui-même, aperçoit en lui quelque impuissance, cela ne peut venir de ce qu'il se comprend lui-même, mais bien {comme on l'a démontré à la Propos, 55, part, 3) de ce que sa puissance d'action est empêchée de quelque manière. Suppose-t-on que l'idée de cette impuissance vient de ce que l'homme conçoit une puissance plus grande que la sienne et dont la connaissance détermine sa puissance propre; cela ne signifie pas autre chose alors, sinon que l'homme se comprend lui-même d'une façon distincte {en vertu de la Propos, 26, part, 4), parce que sa puissance d'agir vient à être favorisée. Ainsi donc l'humilité, je veux dire la tristesse qui naît pour l'homme de l'idée de son impuissance, ne provient pas de la vraie connaissance de soi-même ou de la raison; ce n'est point une vertu, c'est une passion. C. Q. F. D.
Propos. 54. Le repentir n'est point une vertu, ou en d'autres termes, il ne provient point de la raison ; au contraire, celui qui se repent d'une action est deux fois misérable <m impuissant,
DÉMONSTR. La première partie de cette proposition se prouve comme la proposition précédente. La seconde résulte évidemment de la seule définition du repentir [voyez la Déf. 27 des pass,) ; car l'âme, livrée à cette passion, se laisse vaincre et par un désir dépravé et par la tristesse.
ScHOL. Les hommes ne dirigeant que rarement leur vie d'après la raison, il arrive que ces deux passions de l'humilité et du repentir, comme aussi Tespéranee et la crainte qni en dérivent, sont plus utiles que nuisibles; et puisque enfin les hommes doivent pécher, il vaut encore mieux qu'ils pèchent de cette manière. Car si leshommes dont l'âme est impuissante venaient tous à