‹ Œuvres, trChapitre 88 sur 159 · QUATRIEME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

s'exalter également par Torgucil, ils ne seraient plus réprimés par aucune honte, par aucune crainte, et on n'aurait aucun moyen de les tenir en bride et de les enchaîner. Le vulgaire devient terrible dès qu'il ne craint plus. Il ne faut donc point s'étonner que les prophètes, consultant l'utilité commune et non celle d'un petit nombre, aient si fortement recommandé l'humilité, le repentir et la subordination. Car on doit convenir que les hommes dominés par ces passions sont plus aisés à conduire que les autres et plus diposés à mener une vie raisonnable, c'est-à-dire à devenir libres et à jouir de la vie des heureux.

Propos. 55, Le plus Mut degré de V orgueil ou du mépris de soi est le plus haut degré de l'ignorance de soi,

Demonstr. Gela résulte évidemment des Définitions 28 et 29 des affections.

Propos. 56. Le plus haut degré de l'orgueil comme de r abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.

DÉMONSTR. Le premier fondement de la vertu, c'est de conserver notre être {par le Coroll. de la Propos, 22, part, 4), et cekj selon les ordres de la raison {par la Propos. 14, part. 4). En conséquence, celui qui s'ignore soimême ignore le fondement de toutes les vertus. De plus, agir par vertu, ce n'est autre chose qu'agir selon les lois de la raison {par la Propos. 24, part. 4) , et celui qui agit selon les lois de la raison doit nécessairement savoir qu'il agit ainsi {par la Propos. 43. part. 2). Par conséquent celui qui s'ignore soi-même, et qui partant {comme on vient de le démontrer) ignore toutes les vertus, celui-là est le plus éloigné du monde d'agir par vertu ; d'où il résulte évidemment {parla Déf. 8, part, 4) qu'il est impuissant au plus haut degré ; donc le plus haut degré de l'orgueil ou de l'abjection marque le plus haut degré d'impuissance de l'âme.

i CoROLL. Il suit très-clairement de cette proposition que les hommes orgueilleux et abjects sont entre les hommes les plus sujets aux passions.

SciiOL. Toutefois Tabjection peut se coiTÎger plus aisément que Porgueil, parce qu'elle est un sentiment de tristesse; tandis que l'orgueil est un sentiment de joie, et conséquemment cette passion est plus forte que l'autre {par la Propos. 18, part. 4).

Propos. 57. L'orgueilleux aime la présence des parasitei^ des flatteurs , et il déteste celle des gens de cœur,

Demonstr. L'orgueil, c'est la joie d'un homme qui pense de soi plus de bien qu'il n'est juste (par les Déf. 6 et 28 des pass.) , et cette opinion de soi-même , l'orgueilleux s'eflPorce, autant qu'il est en lui, de l'entretenir dans son âme {voyez le Schol. de la Propos. 13, part, 3); par conséquent il devra aimer la présence des parasites, des flatteurs ( sortes de caractères trop connus pour que je n'en aie point omis la définition ) , et haïr au contraire celle des gens de cœur qui l'estiment son juste prix. C. Q. F. D.

ScHOL. Il serait trop long d'énumérer ici tous les maux qu'entraîne l'orgueil, puisque les orgueilleux sont sujets à toutes les passions , mais à aucune moins qu'à l'amour et à la pitié. Je dois faire remarquer du moins que celui-là aussi est appelé orgueilleux qui pense des autres moins de bien qu'il ne faut ; et dans ce sens l'orgueil peut être défini : un sentiment de joie né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessus de ses semblables. L'abjection , qui est la passion opposée , se définira alors : un sentiment de tristesse né d'une fausse opinion qui fait qu'un homme se croit au-dessous de ses semblables. Cela posé , on conçoit aisément que l'orgueilleux soit nécessairement envieux {voyez le Schol. de la Propos. 55 , part. 3 ) et haïsse surtout ceux qui sont loués pour leurs grandes vertus ; et on comprend aussi que cette haine ne soit pas aisément étouffée par l'amour et par les bienfaits {voyez le Schol. de la Propos. 41, part. 3), et que les hommes de cette espèce ne se plaisent que dans le commerce de ceux qui flattent l'impuissance de leur âme , et d'un sot font bientôt un insensé.

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