‹ Œuvres, trChapitre 90 sur 159 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L*£SCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L*£SCLAVAGE

tesse , il est dans un état de perfection plus grand que l'impudent qui n'a aucun désir de bien vivre.

Tels sont les principes que j'avais entrepris d'établir touchant les passions qui dérivent de la joie ou de la tristesse. Quant aux désirs, les uns sont bons, les autres mauvais , suivant qu'ils proviennent de bonnes ou de mauvaises passions. Mais tous ceux qui se forment en nous sous l'inûuence d'affections passives sont des désirs aveugles (comme il est aisé de le déduire de ce qui a été dit dans le SchoL de la Propos, 44, part. 4) , et ils ne seraient d'aucun usage, si les hommes pouvaient être aisément amenés à vivre sous la conduite de la seule raison. C'est ce que je vais montrer en peu de mots.

Propos. 59. Toutes les actions auxquelles nous sommes déterminés par une affection passive , la raison nous y peut déterminer indépendamment de cette affection.

Agir selon la raison, ce n'est autre chose {par la Propos. 3 et la Déf. 2 , part. 3 ) qu'accomplir les actions qui résultent de la nécessité de notre nature considérée en elle-même. Or la tristesse est mauvaise , en tant qu'elle diminue ou empêche notre puissance d'agir {par la Propos. Aiy part. 4). Donc nous ne pouvons être déterminés par la tristesse à aucune action que nous n'eussions été très-capables de faire sous la conduite de la raison. De plus , la joie est mauvaise en tant seulement qu'elle empêche qu'un homme ne soit propre à l'action {par les Propos. 41 ^^43, part. 4);. et par conséquent, sous ce point de vue , elle ne peut non plus nous déterminer à aucune action que nous n'eussions accomplie sous l'empire de la raison. Enfinla joie, en tant qu'elle est bonne, est d'accord avec la raison (elle consiste en effet dans l'augmentation ou dans le développement plus facile de notre puissance d'agir), et sous ce point de vue, la joie n'est une affection passive qu'en ce sens que par elle la puissance d'agir de rhonune n'est pas augmentée jusqu'au point qu'il convive et ses actions et soi-même d'une façon adéquate {par la Propos. 3, part. 3, et son SchoL). Par conséquent,

si rhomme qui éprouve la joie arrivait à un degré si élevé deperfeclion qu'il comprît et ses actions et soi-même d'une manière adéquate , il en serait d'autant plus propre à accomplir les actions auxquelles il est déjà déterminé par des affections passives. Or toutes les passions dérivent de la joie, de la tristesse ou du désir {voy, Vexplic, de la Déf, 4 des passions) , et le désir n'est autre chose que l'effort même que nous faisons pour agir. Donc toutes les actions auxquelles nous sommes déterminés par une affection passive, la raison peut nous les faire accomplir. C, Q.¥. D.

Autre demonstr. Une action quelconque est dite mauvaise en tant qu'elle provient d'un sentiment de haine ou de quelque autre mauvaise passion {voyez le CorolL 1 de la Propos. 45, part. 4). Or aucune action, considérée seulement en elle-même, n'est bonne ou mauvaise (comme on l'a montré dans la préface de cette quatrième partie) \ mais une seule et même action est tantôt bonne, tantôt mauvaise. Par conséquent, la raison peut nous déterminer à une action qui est mauvaise en tant qu'elle provient d'une mauvaise passion [par la'Propos. 19, part. 4).

ScHOL. Un exemple rendra ceci plus clair. L'action de frapper, considérée physiquement et en ayant seulement égard à cette circonstance qu'un homme lève le bras, ferme la main et remue le bras avec force de haut en bas, cette action, dis-je, est une vertu qui résulte de l'organisation du corps humain. Si donc un homme, saisi de colère ou de haine, est déterminé à fermer la main et à remuer le bras, cela vient, comme je l'ai expliqué dans la seconde partie, de ce qu'une seule et même action peut être liée à toutes sortes d'images des choses; par conséquent les images des objets que nous concevons clairement, comme celles des objets dont nous avons une idée claire et distincte, peuvent nous déterminer à une seule et même action. Il est donc clair que tout désir qui naît d'une affection passive ne serait d'aucun usage, si les hommes pouvaient se gouverner par la raison. Voyons maintenant pourquoi le désir qm

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