‹ Œuvres, trChapitre 91 sur 159 · QUATRIÈME PARTIE. — DE l'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE l'ESCLAVAGE

^■' naît d'une affection passive a reçu de nous le nom de ^; désir aveugle.

Propos. 60. Le désir qui naît d'une impression de joie ou ^ de tristesse relative à une ou plusieurs parties du corps et non ^ l à toutes ses parties, ne se rapporte point à r utilité de P homme ^ tout entier.

^ DÉMONSTR. Supposez, par exemple, que la partie A du corps soit fortifiée par Taction d'une cause étrangère au point de prévaloir sur les autres parties {par la Propos. ^,part, 4) ; cette partie ne fera pas effort pour perdre ses forces, afin que les autres parties du corps s'acquittent de leurs fonctions. Car il faudrait lui attribuer pour cela la force ou la puissance de perdre ses forces, ce qui est absurde {par la Propos. 6, part. 3). Par conséquent, cette partie, et partant l'âme elle-même {par les Propos. 7 et 12, part. 3), s'efforcera de conserver l'état où elle se trouve. D'où il suit que le désir qui naît d'un tel sentiment de joie ne se rapporte point à l'homme tout entier. Que si on suppose, au contraire, que la partie A soit affaiblie de façon que les autres parties l'emportent sur elle, la même démonstration sert à prouver que le désir, qui proviendrait en ce cas d'un sentiment de tristesse ne se rapporte pas à l'homme tout entier. C. Q. F. D.

ScHOL. Comme la joie se rapporte la plupart du temps à une seule partie du corps {par le Schol. de la Propos. 44, part. 4), nous désirons la plupart du temps de conserver notre être d'une manière aveugle et sans égard à la conservation de notre santé. Joignez à cela que les désirs dont notre âme est le plus fortement possédée n'ont de rapport qu'au présent et non à l'avenir {par le Corail, de la Propos. 9, part. 4).

Propos. 61 . Tout désif qui naît de la raison ne peut être sujet à l'excès.

DÉMONSTR. Le désir, considéré d'une manière absolue, c'est {par la Déf. 1 des passions) l'essence même de l'homme, en tant que déterminée de telle ou telle façon à une certaine action ; d'où il suit que le désir qui naît

de la raison, c'est-à-dire {par la Propos. 3, part, 3) qui se forme en nous, en tant que nous agissons, c'est l'essence même de Tliomme ou sa nature, en tant que déterminée à accomplir les actions qui se conçoivent d'une manière adéquate par cette seule essence {en vertu de la Déf. 2, part. 3). Si donc ce désir pouvait être sujet à.' Texcès, il faudrait que la nature humaine, prise en soi, pût s'excéder soi-même, c'est-à-dire que sa puissance excédât sa propre puissance, ce qui est une contradiction manifeste. D'où il faut conclure que ce désir ne peut avoir d'excès. C. Q. F. D.

Phopos. 62. L'âme, en tant quelle conçoit les choses selon la raison, est affectée de la même manière par l'idée éCune chose future ou passée et par celle d'une chose présente.

DÉMONSTR. Tout ce que l'âme conçoit selon la raison, elle le conçoit sous un même caractère d'éternité ou d(j nécessité {par le Coroll. 2 de la Propos. 44, part. 2) et avec la même certitude {par la Propos. 43 et son Schol.f part. 2). Par conséquent, que l'idée ait pour objet une chose future, ou passée, ou présente, l'âme le concevra avec la même nécessité et la même certitude, et, dans les trois cas, l'idée sera également vraie {par la Propos. 41, part. 2), c'est-à-dire {par la Déf. 4, part. 2) qu'elle aura également toutes les propriétés d'une idée adéquate. Il faut donc conclure que l'âme, en tant qu'elle conçoit les choses selon la raison, est affectée de la môme manière par l'idée d'une chose future ou passée et par celle d'une chose présente. C. Q. F. D.

Sghol. Si nous pouvions avoir une connaissance adéquate de la durée des choses, et déterminer par la raison le temps de leur existence, nous regarderions du même œil les choses futures et les choses présentes; un bien à venir nous inspirerait le même désir qu'un bien présent, et on ne négligerait pas tant le bien présent pour de plus grands biens qu'on espère dans l'avenir; enfin (et nous le démontrerons tout à l'heure), on ne désirerait pas un bien actuel quand on saurait qu'il doit causer plus tard

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