‹ Œuvres, trChapitre 92 sur 159 · QUATRIEME PARTIE. — DE L'eSCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. — DE L'eSCLAVAGE

un certain mal. Mais nous ne pouvons avoir de la durée des choses qu'une connaissance inadéquate {par la Propos. 31, part. 2), et notre imagination seule détermine le temps de leur existence {par le SchoL de la Propos. 44, part. 2). Or l'imagination n'est pas affectée de la même façon par une chose présente et par une chose à venir ; et de là vient que la vraie connaissance que nous avons du bien et du ma! n'est qu'une connaissance abstraite ou générale, et que le jugement que nous portons sur l'ordre des choses et l'enchaînement des causes, afin de déterminer ce qui nous est présentement bon ou mauvais, est un jugement plus imaginaire que réel. Il ne faut donc point s'étonner que le désir qui naît de la connaissance du bien et du mal, en tant que relative à l'avenir, puisse être si facilement empêché par le désir des choses qui nous sont actuellement agréables. Sur ce point, voyez la Propos. 18, part. 4.

Propos. 63. Quiconque obéit à la crainte et fait le bien pour éviter quelque malj n'est point conduit par la raison*

Dbmonstr. Toutes les passions qui se rapportent à l'âme, en tant qu'elle agit, c'est-à-dire {par la Propos. 3, part. 3) à la raison, ne sont autre chose que des affections de joie ou des désirs [par la Propos. 59, part, 3), et par conséquent {en vertu de la Déf. 13 des passions) y celui qui obéit à la crainte et fait le bien par peur du mal n'est point conduit par la raison. C. Q. F. D.

ScHOL. Les hommes superstitieux qui aiment mieux: tonner contre les vices qu'enseigner les vertus, et .qui, s'efiforçant de conduire les hommes non par la raison, mais par la crainte, les portent à éviter le mal plutôt qu'à aimer le bien, n'aboutissent à rien autre chose qu'à rendre les autres aussi misérables qu'eux-mêmes ; et c'est pourquoi il n'est point surprenant qu'ils se rendent presque toujours odieux et insupportables aux hommes. Coroll. Le désir qui provient de la raison nous fait aUer au bien directement; il ne nous éloigne du mal que d'une manière indirecte.

Demonstr. En effet, le désir qui provient de la raison ne peut avoir son principe que dans un sentiment de joie qui n'a pas le caractère d'une affection passive (par la Propos. 59, part, 3) , c'est-à-dire {par la Propos. 61, part. 4) qui ne peut avoir d'excès ; et elle ne peut naître d'un sentiment de tristesse. D'où il suit (par la Propos. 8, part. 4) que ce désir provient de la connaissance du bien et non de celle du mal, et enfin que la raison nous fait désirer le bien directement, et ne nous éloigne du mal que d'une manière indirecte. C. Q. F. D.

ScHOL. Ce corollaire devient très-clair par l'exemple d'un malade et d'un homme en santé. Le malade prend des aliments qui lui répugnent par crainte de la mort; l'homme en santé se nourrit avec plaisir, et de cette façon il jouit mieux de la vie que s'il craignait la mort et avait pour but immédiat de s'en préserver.

Propos. 64. La connaissance du mal est une connaissance inadéquate.

Demonstr. La connaissance du mal, c'est la tristesse, en tant que nous en avons conscience {par la Propos, VIII, part. 4). Or, la tristesse, c'est le passage de l'homme à une moindre perfection (par la Déf. III des pass.)^ et par conséquent, elle ne se peut comprendre par l'essence même de l'homme {en vertu des Propos. VI et VII^part.3); d'où il suit (par la Déf. II, part. 3) que c'est une affection passive qui ne dépend donc point des idées adéquates (par la Propos. Illy part. 3), et enfin que la connaissance de la tristesse ou du mal est une connaissance inadéquate (par la Propos. 29, part. 2). C. Q. F. D.

CoROLL. Il suit de là que si l'âme humaine n'avait que des idées adéquates, elle ne se formerait aucune notion du mal. s

Propos. 65. Entre deux biens, la raison nous fait choisir le plus grand; et entre deux maux^ le moindre.

DEMONSTR. Un bien qui nous empêche de jouir d'un bien plus grand est véritablement un mal. Car le bien et le mal dépendent (comme nous l'avons montré dans la pré'

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