QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
face de cette quatrième partie) de la comparaison que nous faisons des choses, et {par cette même raison) un moindre mal est véritablement un bien ; d'où il résulte {par la Coroll. de la Propos, précéd.) qu'entre deux biens la raison nous fera désirer ou choisir le plus grand , et entre deux maux le moindre. C. Q. F. D.
Coroll. La raison nous fera désirer un moindre mal pour obtenir un plus grand bien, et négliger un moindre bien afin d'éviter un plus grand mal. Car ce mal, que nous appelons un moindre mal, est véritablement un bien ; et ce moindre bien, au contraire, est un mal {par le Coroll. de la Propos, précéd.). D'où il résulte que nous désirons celui-là et que nous.éviterons celui-ci. C. Q. F. D.
Propos. 66. Isa raison nous -fera préférer un plus grand bien à venir a un moindre bien présent, et désirer un moin-dre mal présent qui est la cause Sun plus çrand bien à venir \
Demonstr. Si Pâme pouvait avoir une connaissance adéquate d'une chose future , elle en serait affectée comme par une chose présente {en vertu de la Propos, 62, part. À). Par conséquent, en tant que nous considérons les choses suivant la raison, et c'est l'hypothèse que nous faisons dans cette proposition, il revient au même de supposer le bien et le mal dans l'avenir ou dans le présent. D'où il suit {par la Propos. 65, part. 4) que la raison nous fera préférer un plus grand bien à venir à un moindre bien présent, etc. C. Q. F. D.
] Coroll. La raison nous fera désirer un moindre mal présent qui est la cause d'un plus grand bien à venir, et dédaigner un moindre bien présent qui est la cause d'un plus grand mal à venir. Ce corollaire dépend de la Proposition précédente, comme le corollaire de la Propos. 65 dépend de cette Propos. 65 elle-même.
1 . L*édition de 1 677 et Paulus 8*ac3ordent à donner alicujw maliy ce qui rend la Proposition non^seulement inintelligible , mais manifestement contraire à la doctrine de Spinoza. Je n*hésite point i lire avec Gfrœrer : (Uic^ju8 boni* m. 21
ScHOL. Si Ton veut comparer'ce qui précède avec les principes établis dans cette môme partie jusqu'à la Propos. i8 touchant la force des passions, on verra aisément la différence entre un homme qui se laisse gouverner parla seule passion et par l'opinion, et celui que la raison conduit. Le premier, en effet, qu'il le veuille ou non, agit sans savoir ce qu'il fait ; le second n'obéit qu'à luimême, et ne fait rien qu'en sachant ce qu'il y a de mieux à faire dans la vie et ce qu'il désire le plus. C'est pourquoi je dis que le premier est un esclave et le second un homme libre.
Mais j'ai encore un petit nombre de remarques â ajouter sur le caractère et la manière de vivre de l'homme libre.
Paopos. 67. La chose du monde à laquelle un homme libre pense le moins , c'est la mort , et sa sagesse n'est point la méditation de la mort, mais de la vie.
D£MOMSTa.L'hommelibre,c'est-àdireceluiquivitsuivant les seuls conseils de la raison, n'est point dirigé dans sa conduite par la crainte {parla Propos. 03, part. 4), mais il désire directement le bien (par le Coroll. de la même Propos.)^ en d'autres termes (par la Propos. 2^^ part. 4), il désire agir, vivre, conserver son être d'après la règle de son intérêt propre; et par conséquent, il n^est rien à quoi il pense moins qu'à la mort, et sa sagesse est la méditation de la vie. C. Q. F. D.
Propos. 68. Si les hommes naissaient libres, ils ne se fortueraient aucune idée du bien ou du mal tant qu'ils gard^ raient cette liberté.
Demonstr. J'ai appelé libre celui qui se gouverne par la seule raison. Quiconque, par conséquent, naît libre et reste libre n'a d'autres idées que des idées adéquates, et partant il n'a aucune idée du mal (par le Coroll. de la Propos. 64, part. 4), ni du bien (puisque le bien et le mal sont choses corrélatives). C. Q. F. D.
ScHOL. 11 est évident, par la Propos. 4, part. 4, que rhjpoihèse contenue dans la Proposition qu'on Tient de