‹ Œuvres, trChapitre 99 sur 159 · U LA PUISSANCE DE L'ENTEIUDEHENT , OD DE LA LIBERTÉ DE L'HOUME · texte numérisé non relu

U LA PUISSANCE DE L'ENTEIUDEHENT , OD DE LA LIBERTÉ DE L'HOUME

Je passe enfin à cette partie de rÉthique qui a pour objet de montrer la voie qui conduit à la liberté. J'y traiterai de la puissance de la raison, en expliquant Tempire ^e la raison peut exercer sur les passions ; je dirai ensuite en quoi consistent la liberté de Tâme et son bonheur'; on pourra mesurer alors la différence qui sépare le savant de Tignorant. Quant à la manière de perfectionner son esprit et de gouverner son corps pour le rendre propre aux fonctions qu'il doit remplir, cela n'est pas de notre sujet, et rentre dans la médecine et dans la logique. Je ne traite ici, encore un coup, que de la puissance de l'âme ou de la raison, et avant tout, de la nature et de l'étendue de l'empire qu'elle exerce pour réprimer et gouverner nos passions. Nous avons déjà démontré que cet empire n'est pas absolu. Les stoïciens ont voulu soutenir que nos passions dépendent entièrement de notre volonté, et que nous pouvons les gouverner avec une autorité sans bornes; mais l'expérience les a contraints d'avouer, en dépit de leurs principes, qu'il ne faut pas peu de soins et d'habitude pour contenir et

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régler nos passions. C'est ce qne, si j*ai bonne mémoire, quelqu'un s'est avisé de démontrer par l'exemple de deux chiens, l'un domestique, l'autre chasseur, que l'on parvint à dresser de telle sorte que le chien domestique faisait la guerre aux lièvre«, tandis qpjè le ehiende chasse s'abstenait de les poursuivre. Dcscart» est tout à fait favo — rable à cette opinion. Car l'âme est, suivant lui, uni^^ principalement à une certaine partie du cerveau qu'orra nomme la glande pinéale, par le moyen de laquelle rame sent tous les mouvements dn corps et les objef^s' extérieurs, et que l'esprit met en branle de diverses façons par l'effet de sa seule volonté. Cette glande est suspendue de telle sorte au n^ilieu du cerveau que lo moindre mouvement des esprits animaux sufBt poar la mouvoir. Cette suspension se diversifie suivant Tactian des esprits sur la glande, et la glande elle-môme reçoit toutes les impressions que les objets extérieurs commU' niquent aux esprits ammauz ; d'oA il résvUe que A la volonté de Tàme p^aee la glande â«is une position où les esprits l'avaient déjà mise une autre fcHs, elle réagit sir eux à son tour, et les met dans la dtspioeitioB où ils étaksk quand ils exercèrent sur elle eette infioenee. En outre, dans la théorie de Descariee, chaque détermination de la volonté est unie à un certain monvenent de la glande. Par exemple, que quelqn*«i veuille regarder un dojet éloigné, ce vouloir aura pour effbt de dilater sa pnpUte; mais s'il veut précisément dilater sa popille et rien de plus,' ce vonlohf ne sera pas effieaoe, parée qm te monvemoat de la glande qui sert à poneser les ei^ritf vers le nerf optique peur dilater on eontraeter la pf» neBe n'a pas été attaché par la natnr» à la vetôlM de la dilater on de la contracter, mais bien à la vohMiM de regarder des objets éloignés ou nipim>ebés« Enin Deseartes établit que ces mouvements de la i^nde, an» ehés par la nature dès le commencement de notre viei chacune de nos pensées, peuvent être unis i d'à pensées par l'effet de l'habitude ; c'est o« qnll s*e

CINQUIÈME PARIUL «* DE LA LTBSIlTf . 259

é'étaJUir imms Fart. 50 de la f* part., Des Pâmions êe fimi. La eeadiMioii est qn'il n'est point d'âme si faible fpCwELe banne ditectHMi ne puisse rendre maîtresse sou* voraine de ses passîaiis. Il définit les passions des per^ ^imsy des seniimenis ou des émoiiom de fâmCy qui lui «»/ rapportés apédcdement et qui sont produits^ conservés et ^Hfmeitthpar quelque mouvement des esprits (voyez art. 27, ^'•pait., Des Passions de l*àme). Or, si à telle volition, >tei pouvons, à notre gré, joindre tel mouvement de la Siandë, et par eonséquent des esprits, et que la détermi- WoQ de la volante ne dépende que de notre seule puis- ^œ^ il ne reste plus, pour acquérir un empire absolu ^Bos passions, qu*à soumettre notre volonté aux prin- ^ifès fixes et arrêtés dont nous voulons faire les mobiles de notre ccmduite, et à conformer i ces principes les loonvements des passions que nous voulons avoir. Telle Qst, autant que je la puis comprendre, la doctrine de ce grand homme, et je m'étonnerais qu'il l'eût proposée, si die était moins ingénieuse. Je ne puis assez m'étonner ^■e ee philosophe, qui a pris pour règle de ne tirer des eoaelusions que de principes évidents par eux-mêmes, et de ne rien affirmer qu'il n'en eut une conception claire et distincte; qui d'ailleurs reproche si souvent à l'école d'expliquer les*clioses obscures par les qualités occultes, ae fiontente d'une hypothèse plus occulte que les qualités ecmltes elles-mêmes. Qu'entend-il, je le demande, par l*anioii de l'àme et du corps? Quelle idée claire et distincte peut-il avoir d'une pensée étroitement unie à une portion de l'étendue? Je voudrais au moins qu'il eût expliqué cette union par la cause prochaine. Mais dans sa philosophie la distinction entre l'àme et le corps est si radicale qu'il n'aurait pu assigner une cause déterminée ni à cette union ni à l'âme elle-même, et il aurait été contraint de recourir à la cause de l'univers, c'est-à-dire à Dieu. Je voudrais savoir aussi combien de degrés de monveiDent l'esprit peut donner à cette glande pinéale, et a¥ee quel degré de force il pent la tenir suspendue^

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Je ne sais si le mouvement que lui imprime Tàme est plus rapide ou plus lent que celui qui lui vient des esprits animaux, et si le mouvement des passions, que nous avons étroitement uni â des principes arrêtés, ne pourrait pas en être séparé par des causes corporelles ; d'où il résulterait que, malgré la résolution prise par Tàme d'aller au-devant du péril, et l'union opérée entre cette&^ résolution et le mouvement qui produit l'audace , lo^ glande pourrait se trouver, à la vue du péril, suspeik — due de telle sorte que l'âme se vit hors d'état de soi^^ gerà autre chose qu'à la fuite. Et certes, puisqu'il n'^^ a aucun rapport entre la volonté et le mouvement, il n'^ a rien de commun entre la puissance ou les forces cL l'esprit et celles du corps, et par conséquent les forces d — l'un ne peuvent être déterminées par celles de l'autr^^ Ajoutez que cette glande n'est pas placée dans le cervea"^* de manière à recevoir facilement tant d'impulsions d^tverses, et que tous les nerfs ne s'étendent pas jusqu'au:^ cavités du cerveau. Enfin je passe tout ce qu'il dit sur 1 ^ volonté et le libre arbitre, car j'ai démontré suffisammei»-'^ toute la fausseté de sa doctrine sur ce point. Ainsi, puisque la puissance de Tâme, comme je l'ai fait voir, est déterminée par l'intelligence toute seule, nous ne chercherons que dans la connaissance de l'àme ces remèdes des passions que tout le monde essaye, mais que personne ne sait ni bien employer ni bien connaître, et c'est exclusivement de cett€ connaissance que nous conclurons tout ce qui regarde son bonheur.

AXIOMES

I. Si deux actions contraires sont excitées dans nn même sujet, il faudra nécessairement qu'un changement

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