I.ETTHF. XI
^1 M. don Jérôme Rcynoso, chanoine de Pulcncc. (Deuxième.) Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit avec vous, monsieur. Voire lettre m'a bien consolée, que Noire-Seigneur vous le rende. Je ne l'ai pas trouvée longue ; je voudrais bien que cclic-ci le fût, mais il s'en est tant amassé, à cause qu'on ne trouve des messagers que tard à tard, qu'il vaut bien mieux, ce me semble, se trouver où il y en a un ordinaire. Enfin quand Dieu veut que nous souffrions, il ne nous sert de rien de fuir.
2. J'écris une lettre à Catherine de Tolosa que je lui dis de montrer à la prieure Agnès de Jésus cl à vous, afin qu'elle voie mes raisons générales; pour les autres, je vous les dirai à vous et à la mèro prieure ; quand vous dites que vous voudriez savoir ce qui me donne sujet d'agir de la sorte, vous dites fort bien. Si je disais tout, une ebose importante pour l'ordre, comme l'obtention d'une province, pourrait se manquer. Quoiqu'il y ait bien des raisons à alléguer, faute de temps, je serai brève. S'il ne fallait qu'une sortie d'un jour, on pourrait encore la faire, mais courir à tant de lieues à l'aventure, mon esprit ne peut en trouver la raison ; l'ordre n'est pas tombé tellement ici dans une détresse qui lui rende nécessaire cette fondation.
3. Depuis que je suis ici, il y en a déjà deux qui m'ont écrit, et je ne pense pas d'avantage y aller : l'une est de Ville-Rodrigue et l'autre de Ordugna. Compter déjà sur ce que fera l'archevêque, selon moi, c'est peu prudent. Sans être soupçonneuses , nous avons déjà vu clairement de quoi nous donner de la défiance. Après avoir vu le grand bien qui est résulté des grands embarras qu'on éprouva à Avila lors du premier monastère, il dit qu'il s'en souvient et que par respect pour l'habit qu'il porte, il veut éviter l'occasion de pareilles affaires ; c'est ce que m'apprend le chanoine Jean Alonzo. Que peut-on attendre? En voyant qu'il craint ce qui n'arrivera peut-être pas , il est bien clair que, si le démon soulevait un grand orage, il n'accorderait pas la licence et qu'on me taxerait fortement d'imprudence de m'clrc ingérée dans celte affaire.
h. 11 a dit encore à un père de la compagnie que cela se faisait sans le consentement de la ville, et que l'eût-on obtenu sans une rente, il ne donnerait en aucune manière son autorisation. Deux personnes dignes de foi m'ont déjà dit qu'il est de son naturel très-réservé ; s'il en est ainsi, ce serait le meltre sur les épines et hors d'état de rien faire, comme on l'y a déjà vu. Il ne s'agit jpas d'une chose dont Dieu soil offensé ; après ce qu'a fait l'évêquc de Palencc , il devait tout risquer.
5. Pour moi, mon père , je fais valoir mes raisons; puisqu'on doil s en occuper, si c'est de concert avec la ville, il vaut mieux en veni
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aux négociations de loin et à temps, puisque ce n'est pas une affaire qui puisse se conclure en huit jours, ni peut-être en un mois, que lie rester, noire fondatrice, dans la maison d'un séculier, ce qui ne saurait manquer de m'attirer quelque grand déshonneur, et je préfère aller à plusieurs lieues et revenir ensuite ici, plutôt que de m'exposer aux inconvénients qui en peuvent résulter.
6. Si l'entreprise est pour le service de Dieu, elle n en marchera que plus doucement et elle réussira, quoi qu'il en coûte nu démon, mais non à force de bras. Comme j'y ai travaillé de mon mieux, je vous dis en toute vérité que c'a été tout d'abord sans peine, mais au contraire avec plaisir ; je ne sais comment cela s'est fait. Seulement, pour celle bienheureuse Catherine de Tolosa qui m'a tant encouragée dans ses lettres que j'ai lues, il faut, ce me semb'.e, la contenter.
7. Nous n'entendons pas bien les dispositions de la Providence ; peut-être vaut-il mieux que j'aille maintenant ailleurs: je crois que l'archevêque le désire et il fait néanmoins tant de résistance ; il y a là quelque mystère. Je n'en ai rien dit ici à l'archevêque de Soria : il est tellement occupé qu'il n'a pu me recevoir ces jours-ci, et j'y répugne tant que je m'en suis bien passée; je serais même surprise qu'il se trouvai quelqu'un qui l'approuvât, après ce qui est arrivé à l'évèque de Palcncc. le ne parle que du froid qu'il fait à Burgos cl de ce que ma saule aura à souffrir d'un voyage au commencement de l'hiver. Je dis à l'archevêque que je ne veux pas le mettre dans ces embarras avant d'avoir traité avec la ville, et je le remercie de sa protection. Que le Seigneur arrange cela pour son service.
8. Pour certaines raisons le prébendier n'a pas cru devoir confier la réponse au commissionnaire qui a apporté le message; nous avons donc attendu celui-ci qui va certainement à Valladolid. Ecrivez-moi franchement ce que vous pensez des raisons que je vous ai données. Sontce des rêveries? J'en ai encore beaucoup d'autres. Si je vous en disais tout ce que j'en pense, il me semble que vous abonderiez vous-même dans mon sens.
9. Je suis bien sensible à la peine que vous vous donnez pour cct'.o aumône, mais comme tout cela est pour les pauvres , je m'imagine que cela ne vous coûte pas. Ce n'est pas tout que ce que vous nous envoyez. Dieu nous suscitera d'ailleurs d'autres charités, et peu à peu il pourvoira à tout. Je ne voudrais pas qu'on renonçât à la quêle dans les villages, surtoul après qu'il a dû y aller quelque prédicateur de l'ordre ; il pourra néanmoins se faire que celte année les collectes soient moindres.
10. Que Notre-Seigneur vous tienne compte de vos bons avis touchant la renie de cette maison. Les pièces ont été passées avant le départ du P. Nicolas, et il a été si heureux qu'au lieu d'une rente de 14 pour mille comme on s'y attendait et comme cela pouvait être, on l'a eue de 20. L'acte est expédié. Le P. Nicolas l'a placé en tête des litres du monastère.
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88 LETTtlE SI..
11. Remerciez ce pctil saint de prébendicr de ce qu'il fait, il prend plaisir à ce que je vous en parle. Celle âme ne doit pas être connue, une telle humilité ne saurait être sans de grandes richesses. Vous me donnerez, monsieur, bien plus volontiers la permission de finir celte lettre, que je ne la prendrai et que je ne vous la donnerai à vousmême. Je vous prie d'une chose, c'est de me faire savoir simplement ce que vous pensez de la prieure, comment clic s'y prend ; s'il est besoin de lui donner quelque avis, et sur quel pied sont vos relations avec elle. Elle ne finit pas de me dire du bien de vous. Que Nolrc-Seigncur vous garde et m'accorde le bonheur de vous voir souvent , s'il lui plaît. Je me porte bien. C'est aujourd'hui le 13 juillet.
Votre indigne servante et 011e quoiqu'un peu à charge,
Thérèse de Jésus.
12. Je baise les mains à M. don Francisque, à ceux à qui vous le jugerez à propos, et je me recommande par charité à San-Migucl. 11 importe peu que l'on diffère de changer la porte de la sacristie. Je bénis Dieu que l'on ferme de bonne heure la porte de l'église, je voudrais qu'on eût déjà placé la grille. J'espère que Notre-Dame et son Fils seront mieux servis désormais dans celte maison. On mettra d'autres grilles cl, s'il est possible, on les fera venir de Burgos. Si on y fait une chapelle de Notre-Dame, il faudra qu'elle soit toute petite. Je ferai tout payer , puisqu'elles n'ont pas de quoi. Celte maison m'inspire de jour en jour plus d'inlérét, je ne sais pourquoi.
NOTES
N. \. Palée de Sorin 1581, nuis sans adresse, ic'.îe longue lelt i se [ri lire en us ['oratoire de Saint-Lonis-dii-Noviciai, à Ville-des-Champs.
N. 2. On doit remarquer celle senlcnccdu N. 1 : Quand Dieu veut nous faire souffrir, il tic sert de rien de fuir.
N. 5. Ah nombre 2, outre 1er raisons ostensibles données à Catherine de Tolosa, elle en donne d'antres sccrèles à Rcynoso.
N. i. Elle dit an N. 5, qu'on lui a proposé deux fondations; or. c'était à Yillc- Rodrigue ei à Ordugna; celle-ci en Calabre, cl l'autre dans l'ancienne Lusitanie.
N. 5. Dans le 5e nombre, elle se traite de noire fondatrice: oui, noire, si elle vêtu, mais belle, comme celle «jui dit dans le Cantique de Salomon: Je suis voire.
N. G. Dans le nombre suivant : si c'est l'œuvre de Dieu, dit-elle, elle s'acci mplira en dépit du démon; c'est une prophétie des contradictions et des succès de son entreprise.
N. 7. L'évèque de Sorîa qu'elle dit n'avoir pas consulté, était M. Yelasqnez ; et dans le N. 7, elle demande à M. Rcynoso ce qu'il pense de sps folles raisons: cela est modeste, sans doute.
N. 8. Elle change <le sejet an 9e nombre- Il y est question d'aumônes pour les religieuses. An 10e, d'une rente fondée par dona BéalrixdeBeaumont, pour le couvent de Soria. L'affaire était lionne, 20 pur m;IIe.
N. U. Duns le nombre 1 1 , c'est Pierre de Ribéra qui esl le petit saint ; il fut parla suite chanoine. La prieure dont elle demande des informations était Agnès de Jésus, sa cousine.
N. tO. Elle parle dans le post-scrîplum de don François Rcynoso, oni le de celui a qui elle écrit, alors chanoine, cl plus lard évêque de Cordonc. On remarque ses attentions pour tout ce qui peut prévenir les désordres qui se commettaient dans la chapelle et ceux qui pourraient s'introduire au couvent, faute de clôture, etc.
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LETTIIE XL!,
Au licencié Alonzo de Satinas, chanoine de la sainte église de Palence. Jésus.— 1. La grâce du Saint-Esprit soit avec vous, monsieur. Nou3 sommes bien à l'hôpital, grâces à Dieu. Je comprends ici combien vous méritez dans celui où vous é!es. Il y a un grand mérite à exercer vos fonctions dans un tel lieu. Dieu soit béni de ce qu'il prend ainsi soin des pauvres. Je me console parfaitement.
2. L'archevêque m'a envoyé un exprès pour savoir si j'ai quelque chose à lui demander. Pour ma consolation, dit-il, pour l'évèque de Palence et pour moi, ainsi que pour ceux qui en ont fait la demande, il accordera enfin la licence, pourvu que nous ayons une maison, et nous sommes libres de retourner où nous étions. Cela suppose à peu près qu'on le lui a demandé.
3. Ces pères se tiennent sur la défensive et ils se plaignent de moi parce que j'ai écrit à M. le chanoine qu'ils n'en ont jamais fait autant. J'ignore qui a pu le leur dire, mais peu m'importe. Ils viennent de partir pour aller voir Catherine de Tolosa pour savoir comment nous l'avons fait sortir de sa maison, et ils m'ont envoyé dire de ne pas mo tourmenter à chercher à les voir; qu'à moins que le général de Rome ne le leur ordonne, ils n'en feront rien jusqu'à ce que nous ayons un monastère; qu'ils n'entendent pas que nous croyions que notre ordre et le leur n'en font qu'un. Voyez, monsieur, ces gentillesses et la moitié de Palence en révolution pour ce que j'ai écrit. Je vous dis cela afin que M. le chanoine Reynoso en ait connaissance et pour vous prier de leur dire de ne me faire aucune grâce en cet endroit. Ils doivent s'entendre euxmêmes; il en viendra bientôt d'autres qui ne seront pas de ce caractère.
4. Nous nous trouvons dans le cas, si nous voulons fonder, d'avoir une maison. Nous sommes donc réduits à attendre pour cela les renonciations de ces sœurs, car quel que soit le désir de Catherine de Tolosa, elle ne peut rien sans cela. Nous en avons ici bien du plaisir et un peu de souci. Nous sommes en marché d'une qu'on nous laissera, dit-on, pour 2,000 ducats ; elle les vaut bien et au delà, car elle est très-bien bâtie, et il n'y aura rien à y faire d'ici à bien des années. EIlo est très-mal placée. Le propriétaire se nomme Ulano de Mena. Nous ne devons pas chercher à nous trouver dans les quartiers les plus populeux, et il y a si peu de bonnes places que, quoique cellc-Jà ait des inconvénients, nous désirons beaucoup l'avoir.
5. J'en étais là de ma lettre, lorsqu'on m'a envoyé dire qu'outre le9 2.000 ducats, nous aurions à notre charge une rente rachetable de 900 ducats que l'on pourrait éteindre pour 600. Cette nouvelle nous a consternées. Néanmoins, si on avait de quoi faire, ce n'est pas ce qui nous arrêterait, car c'est un grand point que la maison n'ait besoin de rien d'ici à plusieurs années et que l'église soit belle. Dites-moi, mon-
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90 LETTltE XLII.
sirur, votre avis. Je viens de faire voir voire lettre dans tous ses détails, tt je n'y suis plus. Que M. lleynoso prenne celle-ci pour lui. Que noire-Seigneur nous conserve votre seigneurie, comme je l'en supplie. Amen. C'est aujourd'hui le 1er février.
Votre indigne servante,
THÉRèsfi DE JÉSL'S.
NOTES
N. ! . Ecri it H irsos en 1jS"2, celle leiirc a cio conservée par le couvert de la primitive obédience <le Duruelo.
N. -2. Cesl île l'hôpital de la Conception que sainte Thérèse a écrit celle lettre, ei c'est l'hôpital de Saint-Antolin tie Palence q .'clic félicite d'avoir peur administrateur le chanoine de Salm;)- à qui elle écrit.
N. 3. L'archevêque qui fait des offres p»ur la fondation, ciait don Chrîsloval Vêla. Ces offres élaienl feintes et non sincères; plus tard il suscita de grandes dif- Gcultés.
N. t. Il par. il que les pères de l'Observance, ceux de saint-Basile et les minimes cherchaient en ce moment à fonder à Burgos, des maisons de leurs ordres respectifs. I! y avait donc grande rivalité, etc.
Au licencié Louis Buiz de la Pegna, chapelain du roi, aumônier et confesseur de Mgr Quiroga.
Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit avec vous, monsieur. îl n'y avait que vingl-quatre heures que j'avais dépêché un exprès dont s'étail servi madame dona Louise pour m'écrire, lorsqu'on me remit voire lettre; j'en ai été bien fâchée, parce que j'aurais voulu y répondre de suite; comme il n'y a pas d'ordinaire en cet endroit, je ne sais quand pourra partir celle-ci. Je désirerais que ce fût bientôt, afin que vous sussiez combien il y a peu de ma faute, ou, pour mieux, dire, qu'il n'y en a pas du tout. Cela est d'autant plus vrai que, par égard pour la personne dont vous parlez, qui est parente de son illustrissime'seigneurie, je ne lui ai pas fait connaître les démarches que j'ai faites pour empêcher l'entrée de cette dame dans nos maisons. Si le P. Ballhazar Alvarez, qui était provincial de la compagnie dans celte province, était encore en vie, il serait un bon témoin de tous mes efforts pour l'en détourner, car il était celui qu'elle considérait le plus et il s'en était chargé à ma prière.
2. Il y a déjà quelques années que je la reliens, et ne croyez pas que c'est parce que son illustrissime seigneurie ne le voudrait pas, mais de peur qu'il ne nous arrive ce qui nous est déjà arrivé d'une autre dame qui a. abandonné ses demoiselles pour entrer dans un de nos couvents, toutefois sans mon agrément; lorsqu'elle entra j'étais loin de celle ville. Je dois vous dire qu'il y a eu dix années d'inquiétudes (car il y a tout ce temps qu'elle est entrée) cl de bien grandes peines, et cependant elle est fort bonne servante de Dieu; mais comme cela est contraire à l'ordre de la charité, je pense que Dieu permet qu'elles en soient punies ainsi que les religieuses. J'ai si bien recommandé cela dans les monastères que certainement, ic le sais, la prieure de Médina éprouve un
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grand chagrin chaque fois qu'elle entend dire que cela doit avoir lieu. £%.
Telle est la vérité: admirez, monsieur, comment le démon a inventé de fë£
p$, me faire imputer le contraire. **|,
3. Noire-Seigneur a coutume de me réjouir par les fausses imputa- |H<
(ions, et je n'en ai pas peu essuyé en celte vie; mais celle-ci me cause *^
de la .peine, parce que quand même je ne devrais à son illustrissime ?**;
seigneurie que l'honneur et la faveur de m'avoir admise à lui baiser les ,W,
mains, c'en serait bien assez ; mais à plus forte raison, après avoir reçu **«{
d'aulrcs marques de sa bonté qu'elle croit toutefois que j'ignore, sa vo- *^
lontô en cet endroit m'élant bien connue, il faudrait que je fusse dé- &3
pourvue de jugement pour ne pas empêcher cette démarche. Il est vrai J^
fr£ que quelquefois, comme celte dame pleure à [chaudes larmes, après lui *$
avoir dit bien des choses pour la détourner, je dois lui avoir donné quel- j**j
que lueur d'espérance pour la consoler, et c'est cela peut-être qui lui a j**
fait croire que j'y consens, quoique je n'en aie aucun souvenir *»»
précis. » h
h. Il est certain que j'aime beaucoup cette dame, etelle le mérite bien. Ç*
A part donc ce qui a rapport à nous, si pour elle arrivait à cause de mes ^
péchés ce que je dis, je désire grandement qu'elle réussisseen tout. Hier, *£%
la prieure de celte maison qui vient du monastère de Médina, et avec j**:
>** laquelle celle dame a élé très-liée, me racontait qu'elle lui avait dit **ï
*4< avoir fait -le vœu d entrer aussitôt qu'elle pourrait, et que si on 1 assu- *^
»2 rait qu'elle servirait mieux Dieu en n'entrant pas, elle y renoncerait. »^
$>% Mon avis à moi, est qu'elle a assez d'enfants et une bru assez jeune *^
*4j pour être dispensée de son vœu et ne pouvoir l'accomplir. Si vous ^^
%% le jugez à propos, dites-le à son illustrissime seigneurie, afin qu'elle %î*
connaisse bien ce que c'est que ce vœu. Elle consulte des docteurs qui jjJS
^jjj l'inquiètent, et si peu qu'on donne de scrupule à une personne de celle J*5
*^ sainteté, elle en est troublée.
5. J'eusse éprouvé une grande peine, si j'avais reçu votre lettre >?<«
&<¥, avant celle de madame dona Louise qui me marque que son illustris- »<*
fr-H sime seigneurie est détrompée et sait très-bien maintenant qu'il n'y ^
9><t( a aucunement de ma faute dans celle affaire. Dieu soit béni de la ^
*$ grâce qu'il me fait d'avoir mis au jour la vérité, sans que je m'en sois ^
mêlée ; il rejaillira quelque éclat sur toute ma vie de ce que je me sui9 ^3
jjjjj trouvée là-dessus exemple de toute faule. Je vous remercie, monsieur, jj^
|&K de l'avertissement que vous me donniez, je vous ai une obligation *^
*•*< toute particulière et c'est pour moi un nouveau motif de faire quelque ]*<n
*<«< chose pour votre service, et de prier pour vous avec plus de dévotion, j*>i
g* quoique jusqu a présent je n y aie pas manqué. &$
»% 6. Pour ce qui est d'une fondation à Madrid, j'ai supplié son illus- ^
>*^ trissime seigneurie de nous faire obtenir une licence, par la raison ǣ.
** qu'il me semble que Notre-Scigneur en serait mieux servi, et pour mo $[[**
jj* délivrer des importunités des déchaussés et des déchaussées qui sont *J
*<*< toujours à dire qu'il importe grandement à tous d'y avoir une maison. «^J
jffi&ffij^^
02 LETTRE XUI.
Mais comme son illustrissime seigneurie lient la place de Dieu, s'il ne lui semble pas que ce soit pour le bien, cela ne me fera aucune peine, et je croirai que c'est pour la plus grande gloire de Dieu, pourvu que je n'y renonce pas pour ne rien faire, car je vous dirai qu'il y a fort à faire en toute fondation.
1. Ce qui me causerait une très-grande peine, ce serait de penser que son illustrissime seigneurie aurait conservé quelque impression des imputations qu'on a inventées contre moi, car j'aime tendrement sa seigneurie en Notre-Seigneur; pourvu qu'il eu ait fait bon marché, je me console que cela soit parvenu à sa connaissance. Nolrc-Seigneur n'a non plus nul besoin d'être aimé, et pourtant il se contente de l'être seulement, mais aussi lorsqu'il l'est véritablement, on le voit aussitôt par les œuvres et par le soin de ne pas s'écarter de ses volontés. En cela je ne puis rien pour son illustrissime seigneurie, mais de ne pas l'oublier en ce que je croirai utile, je vous assure, monsieur, que je n'y manquerai pas. Qu'il ne m'oublie pas dans ses saints sacriGccs, nous en sommes convenus. Je ne vous dis rien de mes voyages, notre mère prieure vous en parlera. Je me porte maintenant mieux ici qu'à l'ordinaire. Je me réjouis beaucoup de savoir que son illustrissime seigneurie jouit d'une bonne santé. Que Pieu vous la donne avec la sainteté, telle que je l'en prie. Amen. De Soria, au monastère de la Trinité, ic
dernier juin.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
NOTES
N. {. Ces liens de soie dont elle attache le? bouts aux mains du confesseur du seigneur de Quiroga, pour enlacer plus sûrement cet archevêque-cardinal, lurent t\ adroitement filés au monastère de Soria . l'an 1581. Don Vincent d'Ovalle tenait, en 1771, l'original de celle belle lettre, l'une des mieux écrites à coup mit de sainte Thérèse, et de celles qui témoignent le plus de sa finesse et de la grâce de son esprit.
M. -2. Rien ne surpasse la clarté, la douceur de ses paroles, li beauté de son langage dans ce qu'elle dit au N. 1er pour se justifier d'avoir influencé doua Hélène de Quiroga, cousine du cardinal, et d'avoir provoqué l'entrée en religion de celle dame. Elle ne dira pas les démarches qu'elle a faites pour l'en empêcher; il serait moins adroit d'en parler. Mais elle en prend à témoin le P. Alvarez, qui est mort; c'était un si saint nomme! Llle a un autre léuioiu qui est en vie, c'est frère Diego Alderètc, prieur des dominicains de Soria.
N. 5. Au nombre 2 elle continue son apologie. Il y a bien des années qu'elle s'oppose à cette entrée en religion par une raison personnelle à la daine et par une ex-' périence malheureuse, faite aux dépens de doua Anne Wastecls , qui avail pris l'habit à Avila, h Sainte en étant absente. Enfin, elle s'y est opposée comme à un genre de vie contraire à l'ordre de la charité et puni de Dieu, même dans les religieuses : c'e^t de la théologie.
N. 4. Les imputations qui lui avaient élé faites à ce sujet lui fournissent l'occasion de faire connaître sa vertu. Don Alvaro de Hendoze disait que, pour se rendre grand ami de Thérèse de Jésus, il n'y avait qu'à la calomnier. Elle se plaint pourtant d'avoir élé affligée de la calomnie cette fois. Mais ce n'est pas du formel, c'est du matériel, ce qui est adroit et subtil. La verlti y trouve doublement son compte, elle a été exercée à la fois avec joie el déplaisir, avec humilité et charité; avec joie par rappori à Thétcse.avce déplaisir par rapport à M. de Quiroga. Elle fait un aveu i|ui pourrait la compromettre : elle a donné quelquefois des espérances à celte dame, mais c'est lorsqu'elle fondait en larmes et qu'il y avail nécessité de quelques paroles de consolation.
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LETTRES XLIII-XUV.
N. 5. Dans le nombre i, elle dit avoir déclaré à Hélène de Quiroga que son vœu n'était pas obligatoire dans les circonstances où elle se trouvait; enlin elle se plaint que ses directeurs l'entretiennent dans des idées contraires.
N. 6. Après s'èire défendue de toute participation au dessein de celte dame, sans se plaindre de personne , quoiqu'elle eût été accusée de l'avoir favorisé, elle plaint l'archevêque et sa cousine, tout le monde, excepté elle. Dans le N. 0, c'est une autre affaire : elle sollicite de M. de Quiroga une licence pour fonder une maison à Madrid, et elle ne s'y prend pas moins bien que pour dissiper les bruits qui l'avaient mécontenté.
N. 7 Dans le dernier nombre, qui aurait suffi pour lui assurer les bonnes grâces de l'archevêque, elle nous apprend qu'il lui avait promis de la recommander dans le saint sacrifice, et elle lui témoigne un bien tendre attachement. 11 est bon et honorable d'avoir, à la cour surtout , des amis qui vont au ciel. Malheureusement il arrive rarement qu'on les y suive. M. de Quiroga a sans doute eu le bonheur d'y suivre sainte Thérèse.
A un confesseur de ta Sainte,
Jésus. — 1. La grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous, monsieur. Amen. Je vous assure que cela est mortifiant. Pensez-vous que parce que je suis éloignée , je n'ai que faire de savoir ce que vous faites et de| m'y intéresser? Certainement non ; bien au contraire, j'en suis bien plus en peine ; je sais combien est grand le conlentement de ces 6reurs lorsque vous leur donnez vos bons soins et quelle est leur joie lorsque vous les confessez. Ainsi la prieure m'écrit qu'elle en a bien de la peine, et elle a raison.
2. Quoique le provincial y soit et qu'il les confesse , toutes ne s'arrangeront pas du même, etquoique vous ayezdela bonnegrâce, ce n'est pas un obslacle. Je regrette de n'être pas dans l'âge de pouvoir en jouir, et je me recommande à vos prières. Comme je trouve le P. provincial bon, il me suffit d'avoir un parent comme vous , pour que je le trouve très-bon et d'autant meilleur.
3. Comme la mère prieure me donne de vos nouvelles et que vous lui donnez des miennes , à cause de mes grandes occupations, là-bas j'étais en repos en comparaison de ce que j'ai à faire ici , je ne vous écris pas souvent ; mais je ne vous oublie pas dans mes pauvres oraisons. Je vous prie donc de ne pas m'oublier dans les vôtres- Vôtre indigne servante,
Thérèse de Jésus, notes.
L'original de cette lettre sans date se trouve à Dadajoz dans le couvent de Notre- Dame des Anges.
A un confesseur d'un de ses couvents.
Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous , monsieur. Voyez la nouvelle voilée un de ces jours, entretenez-la longuement et chargez-la de me recommander à Dieu, ainsi que les affaires de l'ordre. Que Noire-Seigneur la rende bien sainte , de même que madame doua Culbcrinc, Saluez-les de ma part.
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2. Je suis étrangement mortifiée de voir notre genre de pauvreté et (!«' ce que nous vivons si délicatement. Les frères ne manqueront pas île dire qu'il en est ainsi pour la nourriture, que la maison est belle et bien en état. I! manque quelques petites choses, mais je crains que tout ne nous abonde, car on nous donne beaucoup, et nous l'envoyons aux frères.
3. Je crois que Béatrix finira par vous faire honneur, puisqu'elle f;iit de tels progrès. Je me réjouis beaucoup de ce que la mère prieuro et vous dites qu'elle ne vous cause aucune peine. Sa Révérence me marque qu'au tour elle parle peu. Dites-lui que j'ai oublié de lui dire que c'est moi qui le lui ai recommandé, parce que c'est une verlu nécessaire aux portières de nos maisons. Ici j'ai donné la consigne à Alberto qui l'est, de ne dire mol, mais d'écouler et de répondre, et si on lui dit ou demande autre chose, de répondre qu'elle n'en a pas la permission. Par ce moyen, elles édifient bien mieux qu'en parlant. Comme j'écris à la mère prieure une longue lettre, à la faveur de ce que j'en ai peu reçu aujourd'hui , elle vous dira ce qui ne se trouve pas dans celle-ci. Je ne vous prie plus de lui dire de m'écrire de temps en temps, que cela me fait un grand plaisir. Que Dieu vous accorde celui que
vous désirez. Amen.
Votre indigne servante et fille,
Thérèse de Jésus, notes.
N. t. Celle lettre, dont l'original est conservé par les religieuses de la maison de Luéches, n'est qu'un fragment d'une lettre bien plus longue dont les autres parties sont illisibles. On n'a pu savoir à qui elle était adressée. Comme la Sainte prend la qualité de fille (lu destinataire, on prémunie que c'était à un de ses confesseurs, ou du moins ;i un de ceux de ses couvents. Cette lettre fut écrite à Médina et envoyée à Valladolid l'an 1571.
iN. 2. Il est à remarquer que la Sainte craint pour ses maisons l'abondance, et non la disette; que les sœurs envoient aux fi ères ce qui n'est pas nécessaire à leurs besoins , ce qui renouvelle pourtant la communauté de biens des premiers chrétiens, façon de vivre, assez tombée, avant et après, eu désuétude.
N. 5. Oc fait l'éloge de la tourière Béatrix, que la prieure accusait de parler peu. C'est la consigne des tourières de sainte Thérèse; c'est la verlu propre de leur emploi. C'en est une grande pour tout chrétien. Si quis verbo non offendit, liic perfeclut est vir.
A Antoine Gaytan, chevalier de Alva. (Première.) Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec vous , monsieur, mon bon fondateur. Le muletier n'est arrivé qu'hier. Dieu veuille que le licencié l'envoie en message; il me l'a bien promis. Je lui en parlerai de nouveau , je suis trop inquiète. Dans le trousseau j'envoie deux doubles à la prieure, et je lui dis de payer le surplus. Maintenant nous sommes riches; à la vérité, rien ne nous a manqué jusqu'ici, si ce n'est au moment où je l'eusse le moins voulu, c'est-ù-dire lorsqu'il fallait me mettre eu route.
2. L'archevêque est arrivé ici; il fait tout ce que je veux, il nous
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donne du grain, de l'argent et ses bonnes grâces. On nous prie de nous occuper de la maison et de l'église de Belen : je ne sais ce que nous ferons. L'affaire va déjà Irès-bien , qu'elles ne s'inquiètent pas , dites-le aux sœurs ; et à ma sœur, que je ne veux pas lui écrire jusqu'à ce que j'aie à lui donner de bonnes nouvelles de mes frères. Ne laissez pas, monsieur, de nous écrire, vous savez que cela me console.
3. le me porte bien, il en est de même de toutes les sœurs et de la prieure. Il fait assez chaud : nous avons un plus beau soleil qu'à Albino et nous sommes obligées de tendre des toiles dans la cour pour nous garantir de la chaleur : c'est beaucoup. Je lui ai déjà écrit que la licence a été oblenue pour Caravaquc et Véas. Comme vous aviez donné votre parole, cela n'a pas peu servi. Si les fondateurs ne renvoient pas les religieuses de Ségovic , je dis qu'il faut s'en tenir là. Avant d'avoir vu à quoi aboutiront les négociations à la cour, nons ne pouvons rien faire. Notre bon ami don Teutonio conduit bien cette affaire, et, selon les apparences , elle obtiendra un plein succès. Recommandez-la à Dieu, ainsi que moi. Mes compliments à la mère prieure , à Thomassine et à San-Francisco.
h. Ecrivez-moi comment vous avez trouvé notre petit insecte , comment vous avez trouvé votre maisdn, si elle est tombée, et votre nourrice. Mes compliments à qui vous le jugerez à propos. Dieu soit avec vous. Je désirerais déjà bien vous revoir, dùt-il m'en coûter une autre grande fatigue. Que sa divine majesté vous rende aussi saint que je l'en prie. Amen. Le 10 juillet.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
Le nonce a dit là-bas de la lettre que je lui avais écrite pour lui demander des religieux, qu'il ne lui passait pas parla tète d'en envover. Voyez pour l'amour de Dieu madame la marquise et marquezmoi comment elle se porte ainsi que ses sœurs et madame dona Major.
NOTES
N. i. C'est à Salamanqne, dans le couvent des pères de Saint Pierre d'Alrantara que se trouve l'original de cette lettre écrite à Séville, 1575, et r.dressée au dévot chevalier d'Alba, Antoine Gaytan, qui assista la Sainte dans les fondations de Véas et de Séville, et fit les préparatifs de celle de Caravaque.
N. 2. L'archevêque qui vient la v;.ir, au nombre 2, est M. Roxas ; fâché d'abord contre elle, :iprè; l'avoir f.;vori>ée et avoir protégé sa famille, à cause qu'elle avait fondé à Séville sans son autorisation, il revient et lui rend ses bonnes grâces accompagnées de tiutes sortes de secours. Elle eu dans la prospérité et elle veutqu'on le fasse savoir à ses religieuses, sansdoute pour qu'elles se réjouissent de sa l>otme fortune après avoir compati à sa pauvreté. Elle ne veut pas écrire à sa sœur (('était dona Jeanne d'Ahumède), jusqu'à ce qu'elle ait reçu des nouvelles de ses fi ères qui étaient dans les Indes.
N. 3. Au nombre 3, elle dit que, le 10 juillet, il fait bien plus chaud à Séville en Andalousie, qu'à Alvino, enCaslille. Cela doit êirc.
N. i. Le petit insecte ét.iit une jeune tille «le Gaytan ; il un sera question dans la lctire suivante. Lorsqu'elle lui demande des nouvelles do sa nourrice, elle fait entendre qu'il était veuf.
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LETTRE XLU,
Ah même Antoine Gaytan, chevalier d'Alba. JÉsrs. — 1. La grâce de l'Espril-Saint soit avec vous, monsieur. J'ai reçu de vous une lellrc et je vous aurais répondu bien plus tôt, s'il n'eu avait tenu qu'à ma volonté; mais les travaux et les affaires ont clé tels ces années-ci, que j'ai eu assez de peine à m'en tirer, grâces àDieu, qui nous a fait réussir en tout
2. Lorsque la mère prieure vous dira que je suis contente de votre état, c'est que je l'approuve. Dieu veuille que vous l'ayez fait pour son service; il y a des saints dans cet état comme dans les autres, et si vous ne vous y perdez par votre faute, vous serez du nombre.
3. La seule chose dont je pourrais d'ailleurs meplaindrc de vous, c'est de ne m'en avoir pas donné connaissance dès que vous l'avez su ; peutêtre aurait-on prévenu les désagréments et empêché une partie du mal qu'a fait le démon, en faisant entendre qu'il y en a. Lors même que tout ce qu'a imaginé cette dame serait vrai, eu égard à sa qualité, elle eût dû s'y prendre autrement et ne pas diffamer avec ce cynisme. Au jugement de Dieu, l'on verra ce que l'on pourrait préjuger dès à présent sans l'offenser. Au fait , puisque l'amitié était si grande cl si ancienne, si elle était innocente, il n'y avait pas de quoi en faire un si grand crime. Ma sœur est, par caractère , d'une si grande bonté pour tout le monde que, bien qu'elle le voulût , elle ne pourrait être sévère pour personne; tel est son naturel. D'ailleurs, elle croyait sa Clic si rangée qu'elle ne pensait pas en avoir besoin à son égard; elle paraissait fort tranquille.
h. Après lout, je ne les ai guère fréquentées; mais j'ai eu pour ma part un grand chagrin des offenses qu'on doit avoir faites à Dieu, eu envenimant ainsi cette affaire. Elle me jure qu'il n'en est rien; je m'en rapporte à son témoignage. Ma sœur n'est pas menteuse, et il n'y a personne ici qui aille droit de l'accuser de l'être : ce ne serait que la pauvrelé qui pourrait lui attirer un tel mépris, et Dieu le permet sans doute pour qu'elle souffre de toutes les manières, car elle est une vraie martyre en cette vie. Que Dieu lui donne la patience. Je vous dirai, monsieur, que si je le pouvais, quoique je sois témoin , j'ôterais les orcasioiis ; mais tout ce que je puis, c'est de les recommander à Dieu, si cela peut y faire quelque chose ; mais comme je suis si misérable, je ne leur sers pas plus que vous voyez, et il ne m'a servi de rien à moimême d'être sa servante ; c'est pourquoi, comme je vous l'ai dit, je mettrai au plus lot la main à celle affaire.
5. Vous dites que je ne suis pas pour vous ce que j'ai été; je ne sais comment vous pouvez me juger ainsi, car tout ce qui vous louche, me touche moi-même; je fais en parole ce que je ne puis faire pour vous autrement, et je parle de vous comme vous le méritez ; c'est la pure vérité. C'est vous-même, monsieur, qui avez changé à mon égard, et tellement que j'en demeure étonnée. A la vérité je le mérite bien.
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*4\ Ejj LETTRE XLVH. 97 £2
Îr3 G. La mère prieure m'a écrit que vous lui aviez dit avoir arrêté avec
**^ moi la dot de ce petit ange qui est au couvent : cela peut être; je me ;.- - £Jj rappelle seulement que vous m'avez dit que vous vouliez que tout ce
5i£2 qu'elle a fût pour sa dot, et que vous pouviez lui faire 700 ducats, c'est
2?2 tout ce que je me rappelle. Le plaisir que j'avais de vous être agréable £**
£<* me fit trouver cette dot fort bonne, et penser que le père visiteur, qui
était alors le P. Gracian , pouvait donner son autorisation ; en consé- >M
quence je lui écrivis et je lui dis tout ce que je pus. A part Casilde et >mk
*<*; la petite Thérèse, avec une petite sœur du P. Gracian, nous n'avons
pet. reçu aucune petite fille, et je ne consentirais pas à ce qu'on en reçût
«45 d'autres. Au surplus, mes pouvoirs ne sont plus ce qu'ils étaient; c'est £ "■-
*^ lui qui mène les choses à son gré et selon les constitutions établies. j£^
^ Elle ne peut prendre l'habit avant l'âge de douze ans, ni faire profession ^
*£j avant l'âge de seize ans. Il n'y a donc pas lieu de s'en occuper pour le ^$
^ moment. #-*«
7. Vous aurez soin de lui fournir en partie les aliments , parce que, ***<
»-.« comme vous avez bien d autres dépenses a faire, vous ne pourriez le *<*
i»><tt fairequandvouslu voudriez. On nie dit que vous ne les donnez pas depuis >*.^
**« longtemps, et cela ferait penser qu'il pourrait en être de même de la ^
55$ dot. Soyez assuré que s'il ne tenait qu'à moi , vous ne seriez pas ^
tourmenté à ce sujet. Que Notre - Seigneur vous donne le repos que fêfy
je vous souhaite. Amen. Saint-Joseph de Palcnce , le dernier jour de ȣ*j
»"* Pâques. r**
^ Votre indigne servante, ^
(P£ Thérèse de Jésus. ^
fc>*, notes. *<*<
$*3 N.l. C'est en loSl, le 28 mors, que la Sain'.e écrivit àPalence eclic leilre, dont £<^
l'original est conservé p.ir les religieuses de Salamanque. S *j
N. 2. Dans le troisième nombre, elle déplore les calomnies répandues conire sa ît^ jf*j cousine Béatrix par une dame d'Alva, quien était jalouse. Sainte Thérèse se plaint
L^ à M. Gaylan deee qu'il ne luia pas appris plus tôt cl à temps ces diffamations qu'elle &&
j^-r.' aurait arrêtées. te<*i
£*, N.5. Au nombre troisième, elle parle de la petite fdle de ce monsieur dont il a £*<
>M< clé déjà question dans la ici ire précédente ; celle enfant était déjà au couvent d'Alva, ES
j£j| où la Sainte lui avait donné l'emploi de lourière. {£<«
LETTRE XLVII. H g
j4 Rodriguez de Moya, chevalier de Caravaque. i*-*j
Jésus. — 1. La grâce de l'Esprit-Saint soit avec V. M. J'ai été bien **j
consolée pafvotre lettre qui m'apprend qu'il en est tout autrement qu'on £*j lo disait ici. Que Dieu soit béni de tout! J'étais bien étonnée de la mère
prieure et bien fâchée qu'elle eût fait quelque chose contre votre gré. (*<$'
Je connaissais assez les motifs de l'auteur de ces bruits pour soupçon- %<ti
ner un peu qu'il n'en était rien. Il m'était bien malaisé de le croire, j£y
et c'est pour cela que je vous ai prié de me dire la vérité. La mère éj&
prieure me parle toujours de vous comme elle doit le faire; elle ino O
dit que vous êtes sa consolation et que vous lui rendez toutes sortes de ^
services. g «
ES ;i «
«18 LETTRE XLTlf.
2. Je ne suis pas mécontente du prix de la maison, ne soyez pas plus difficile que moi. Lorsqu'une maison est avantageusement siluée , je ne regarde pas à un tiers de plus qu'elle ne vaut ; il m'est même arrivé d'en donner la moitié plus. Cela est tellement important pour un monastère, que ce serait une faute de prendre garde au prix. Je paierais volontiers ailleurs l'eau et la vue beaucoup plus cher que ce qu'elle coûte. Dieu soit béni de ce qu'on a fait.
3. Pour ce qui est du proviseur, n'en soyez pas en peine, vous avez bien raison de le dire, ce n'est pas le principal. Le monastère est fondé avec l'autorisation du conseil des ordres et sur l'ordre du roi. Si Sa Hajcslé ne l'avait pas ordonné (et en cela elle me fait une grande faveur,en considération du grand intérêt que lui inspirent ces monastères), il en serait comme de celui qu'on a voulu fonder à Véas. On fut douze ans sans obtenir la licence; il était d'un autre ordre (et on n'avait pas encore connaissance de celui-ci), et on ne put réussir à y fonder. Une fois fondé, un monastère ne se supprime pas légèrement; il n'y a aucun sujet de rien craindre. Maintenant tout marchera rapidement, a moins qu'on ne fût arrêté par ce que je dis dans la lettre de M. Michel Cija, mais je vais l'envoyer ; si je ne l'envoie pas tout de suite, c'est que l'évéquc devrait y aller, comme il le d'il aujourd'hui dans une lettre; mais il ira si bon train, que vous la recevrez bientôt , car il est fort bon cavalier, et j'y ai des parents et des personnes qui me rendront service : il n'y a donc rien à redouter.
h. La faute qu'on a faite, c'est de ne me l'avoir pas dit tout de suite ; comme on m'avait écrit tant de fois qu'on ne le fonderait pas sans la licence de l'ordinaire, je pensais certainement qu'on l'avait , sans quoi je ne serais pas restée sans m'en mettre en peine. Elle sera nécessaire; car j'ai dit ici qu'elles ont 600 ducats de rente, comme l'a écrit la mère prieure. Ainsi l'ont-clles écrit; puissent-elles avoir dit vrail Ainsi, qu'on reçoive quelque religieuse quoique un peu moins dotée, pour parvenir à ce taux, si on ne l'a pas encore atteint. Tout cela ira bien, n'en soyez pas en peine; Notrc-Seigneur veut que nous souffrions un peu. Jusqu'ici cette fondation m'était suspecte, parce qu'elle marchait trop bien. Dans toutes les maisons il doit êlre bien servi; il en arrive ainsi, parce que le démon n'y trouve pas son compte. Je me suis beaucoup réjouie d'apprendre que notre sœur et maîtresse va mieux; Dieu veuille que ce soit pour bien des années. Qu'il vous conserve, ainsi que madame dona Constance. Je yous baise à l'un et à l'autre les mains bien des fo.js. C'est aujourd'hui le dimanche de la sepluagésime. i Votre indigne servante,