‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 110 sur 448 · LETTRES DU P. BERTHIER · texte numérisé non relu

LETTRES DU P. BERTHIER

sens spirituel. Ainsi l'avarice de ces âmes, peu exercées dans les voies de Dieu, consiste en ce qu'elles sonl avides de consolations intérieures, et qu'elles perdent courage quand ces grâces leur sonl soustraites. Leur gourmandise consiste en ce qu'elles s'adonnent à toutes sortes de pratiques, soit de pénitence, soit de dévotion, souvent contre l'avis de leurs supérieurs ou directeurs. C'est ce qui arrive surtout à l'égard de la sainte communion ; ces personnes ne se font point scrupule d'en extorquer de leurs confesseurs le fréquent usage, et màne de s'en approclar sans leur permission, ou ce gui est encore pire, de leur cacher cette pratique (.Yiu'f obscure, liv. I, ckap, 6). Leur luxure consiste en ce qu'elles éprouvent des combats dans la chair, et qu'elles s'en troublent au point de s'exposer à de fâcheuses tentations, ou, ce qui n'est pas moins dangereux, elles forment des amitiés prétendues spirituelles, où il se mêle beaucoup d'amour-propre et de sensualité. Leur envie ou jalousie consiste en ce qu'elles veulent être préférées à d'autres qui l'ont aussi profession de piété. Leur paresse consiste en ce qu'elles recherchent plutôt leur satisfaction que la volonté de Dieu; qu'elles fuient les croix, les humiliations, cl généralement tout ce qui appartient à la voie étroite. A l'égard de la vanité et de la colère, il est rare que ce ne soient pas des péchés formels dans ces commençants ; et il en sera de même des autres articles quand il s'y mêlera de l'obstination, de l'impatience, de la tiédeur, etc. Oh! madame, qu'il est rare que ces aspirants à la perfection ne contractent pas beaucoup de taches dans la pratique même de leurs bonnes œuvres 1 Saint Jean de la Croix traite toute cette matière avec une justesse et dans un détail qui me remplissent d'admiration. Qu'il connaissait bien, ce grand homme, toutes les faiblesses du cœur humain, toutes les armes qu'emploie le démon pour nous combattre, toutes les illusions de nos sens, toutes les erreurs de notre esprit! Je ne voudrais que ses réflexions sur les amitiés qu'on nomme spirituelles, pour juger de son bon esprit et de sa sagesse. Voici, par exemple, une règle qui me paraît infaillible en celle matière : Quand l'amitié est vraiment spirituelle, elle fortifie l'amour de Dieu à proportion qu'elle croit, et plus on rj pense, plus on se souvient de Dieu, plus on g désire de le posséder i de sorte que les accroissements se font également des deux côtés [Nuit obscure, liv. I, ch. 4). Telles furent sans doute les amitiés de saint Bazilc et de saint Grégoire de Nâzianze, de saint Jean Chrysostome et d'Olympia», de saint Jean de. la Croix et de sainte Thérèse. Mais se trouve l-il encore de tels amis? 0 mon Dieui s'écriait saint Augustin, il n'y a île vraie amitié que celle qui a soti prin* cipe dans la charité que vous répandez dans les cœurs en leur donnant votre Saint-lisprit iConfess., liv. IV , ch. 4). C'est absolument la pensée de notre saint auteur.

Les commençants agissent donc et vivent dans les voies de Dieu d'une manière basse, grossière, commode à leur goût et à leur amourpropre; ils ne sont pas encore dans la nuit des sens; mais quand Dieu les appelle à ce degré pour les conduire à l'union, il ne manque pas de les éprouver par des aridités, par des ténèbres, par la soustraction des douceurs spirituelles. Y'oilà l'entrée dans la nuit. Notre saint directeur n'oublie pas de donner des règles pour distinguer cet état de la tiédeur, du relâchement, de la mélancolie, .et il enseigne la manière de se conduire dans celle nuit très-obscure. Le principal avis qu'il donne est de quitter l'oraison de discours et la méditation, pour s'abandonner au repos où Dieu met l'âne, en observant de souffrir avec patience les désolations qu'elle éprouvera encore quelrjiie temps. Au reste, les avantages de cette nuit sont inestimables; je vous les ai indiqués, madame, dans ma quatrième lettre, et je ne les répéterai pas ici. J'ajoute seulement que l'exposition qu'en fait notre saint doit extrê-

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