‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 111 sur 448 · IM · texte numérisé non relu

IM

FtrewH

mement consoler et encourager loutes les personnes spirituelles.

On est donc dans la nuit durant cette purgalion des sens; mais ce n'est que le prélude d'une nuit bien plus obscure, qui est celle de l'esprit. Saint Jean de la Croix traite ce sujet dans son second livre (de la Nuit obscure de\rdme), en y adaptant encore sou premier cantique, mais dans un autre sens que quand il s'agissait de la nuit précédente; car cette nuit de l'esprit est tout autrement pénible et crucifiante que celle des sens. Cependant, comment accorder cet état de peines et de souffrances avec les lumières qui, selon notre saint, sont communiquées à l'âme durant cette nuit? Ah I madame, il nous fallait un aussi grand maître pour nous expliquer ce mystère. C'est que les lumières de Dieu l'ont connaître à l'âme loutes ses misères, la concentrent dans la vue de ses faiblesses , l'étonnent par la comparaison qu'elle fait de la grandeur de Dieu avec son néant, la remplissent de terreur, de désolation et d'une sorte de découragement qu'elle n'avait point éprouvé jusqu'alors. Les personnes qui sont dans des épreuves si affligeantes aiment Dieu au point de donner mille vies pour lui ; mais ce grand amour ne les empêclie pas de croire que Dieu ne les aime point, n'ayant n'en qui soit digne de son amour, et s' estimant même assez méprisai/les pour mériter sa haine et l'horreur de toutes les créatures (Nuit obscure, liv. 11, ch. 7, vers la fin).

Cependant l'âme se purifie dans celle nuit ténébreuse; les restes du vieil homme s'y consument ; le feu de l'amour divin s'empare de toutes les puissances de l'homme spirituel, et notre saint auleur expose dix degrés de cet amour. Selon lui l'âme tombe dans une sorte d'affaiblissement et de langueur, puis elle s'empresse de chercher Dieu sans interruption; elle acquiert un nouveau courage dans cette recherche, elle accepte les souffrances inséparables de ce travail, elle conçoit des désirs véhéments de posséder Dieu; elle court, elle vole vers cetunique objet de son amour ; elle passe à une sainte hardiesse, à une sorte de familiarité en traitant avec Dieu ; elle l'embrasse, elle s'unit à lui, et elle goûte dans cette union des douceurs ineffables : mais le dernier degré n'est pas de la vie présente, puisqu'il consiste dans la -vision béalifiquc. Ces dix degrés sont expliqués en détail et avec des précautions qui écartent tout danger d'erreur et d'illusion. Par exemple, en raisonnant de la liberté dont l'âme use dans son commerce avec Dieu, le saint avertit qu'elle suppose une inspiration particulière, sans quoi il serait à craindre de perdre l'humilité et de s'écarter du respect profond qui est dû à Dieu en loules choses. En parlant du degré où l'âme s'unil à Dieu, il observe qu'il s'y mêle de l'interruplion et que ce n'est point un état fixe, parce que, si l'on y persévérait, on jouirait, en quelque manière dès celte vie, de la félicité des bienheureux ; ce qui n'est donne à personne avant que d'être délivré des liens du corps.

Médilons, madame, dans le silence de la retraite, ces deux livres de la nuit obscure de l'dme. 11 n'y a qu'un saint élevé à une oraison sublime qui ait pu les composer, et il n'y a que des âmes comme la vôtre, déjà bien exercées dans la science et dans la pratique de l'oraison, qui puissent les bien comprendre. Je suis, etc.

Sur la Vive Flamme d'amour, et sur les Cantiques spirituels de saint Jean

de la Croix.

Je serai fort court, madame, sur la Vive flamme de l'amour et sur les quarante cantiques de saint Jean de la Croix. Ces deux ouvrages ne sont pas susceptibles d'une analyse suivie ; l'un et l'autre exposent les sentiments de l'âme parvenue à l'union divin», surtout le désir ardent

LETTRES DU P. BERTDIER

qu'elle a d'obtenir la vue de Dieu. Ce langage plein de figures, à l'exemple du Cantique des cantiques, n'est point fait pour les âmes vulgaires; j'entends celh s mêmes qui ont quelque usage de l'oraison. Il faut avoir bien étudié la doctrine de saint Jean de la Croix pour le suivre dans ces deux derniers traités. Quoique le style qu'il emploie soit celui de l'amour le plus enflammé et le plus sublime, quoique ce soient des traits de feu qui s'élancent de ce cœur transformé en Dieu, je remarque cependant encore qu'il n'abandonne point la méthode d'instruction. 11 y a, par exemple, dans la Vive flamme de l'amour (Vire flamme, cant. 111, vers. 3, §4), un excellent morceau sur la direction des âmes. Le saint y fait voir combien les directeurs peu versés dans les voies de Dieu retardent les âmes appelées à la contemplation. 11 parle en cet endroit avec loule la force et toute l'autorité que lui donnaient ses grandes lumières. Vous avez gémi quelquefois, madame, du peu de secours qu'on trouve dans ce siècle, par rapport à la conduite spirituelle. Cela n'est cependant pas trop étonnant quand on a lu ce qu'exige notre saint auieur pour cet emploi. Je suis persuadé que, de son temps même, les directeurs tels qu'il les désire étaient rares, et c'était néanmoins un siècle très-fécond en saints. Que faut-il donc penser du nôtre, où l'on a pris à tâche, en quelque sorte, de décrier la science spirituelle et les voies de Dieu? Pour quelques abus qui se sont glissés de temps en temps dans la pratique de l'oraison, fallait-il couper jusqu'à la racine de la théologie mystique? Je suis persuadé que si on lisait encore les œuvres de saint Jean de la Croix, on reviendrait de beaucoup de préjugés à cet égard.

Quoi qu'il en soit, madame, je me suis occupé de ces deux derniers traités ; j'y ai reconnu les effets qu'opère, dans une âme bien morte à elle-même, le saint amour de Dieu; j'y ai trouvé ce que saint Augustin avait remarqué plus de mille ans avant nous, que cet amour divin blessei embrase, enivre ; c'est comme la substance de ce que saint Jean de la Croix tourne en cent manières différentes. Je suis, dans ce saint amour, votre, etc.

Combien la doctrine de saint Jean de la Croix est éloignée de celle des

faux mystiques.

Si j'avais été capable, madame, de donner une édition en notre langue des OEuvres de saint Jean de la Croix, je l'aurais accompagnée d'observations propres à éclaircir sa doctrine en quelques points; je me serais appliqué surtout à faire voir qu'elle est sûre, solide et sans tache dans toutes ses parties. Je suppléerai ici à ce que le traducteur n'a pas fait, et je marquerai les différences essentielles qu'on doit reconnaître entre les instructions de notre saint auteur et les principes des faux mystiques qui s'élevèrent sur la fin du siècle dernier. Je n'ai qu'à parcourir quelques-uns des articles qu'on a le plus reprochés à ces novateurs, et à leur opposer les sentiments très-orthodoxes de saint Jean de la Croix.

Premièrement, ceux qu'on appelle quiétistes faisaient de leur homme prétendu spirituel une espèce d'être insensible qui serait dans une inalléralion et une inaction entière en la présence de Dieu.

Secondement, ils voulaient que cet homme en vînt à ne désirer rien, pas même son salut; à ne craindre rien, pas même l'enfer; à ne s'alarmer de rien, pas même des pensées et des actions les plus impures.

Troisièmement , ils croyaient devoir porler l'abnégation de toute

•.-:>■>■,,■, .■■=■ ,-.,,, -.v.vr-. .■,.-.•, ■,,-:--,v,-^, -.-.r ,-•:,••:, -,-•. :••:••.■•:-•>,■,,■■.•■,,-,-.••.■' .•

SUR LES OEUVRES DE SAINT JEAN DE LA CROIX. 397 *jjj

image, jusqu'à exclure de leurs oraisons le souvenir de la sainte humanité de Jésus-Christ.

Quatrièmement, les plus mitigés d'entre eux prétendaient établir un état fixe et permanent de l'amour pur, en sorte que l'âme agît toujours parce motif, en excluant le mouvement, même indélibéré, qui la porte jHj à rechercher son propre intérêt, et en supprimant l'exercice de l'espé- *% rance et des autres vertus chrétiennes.

Je dis, madame, que la doctrine de saint Jean de la Croix est totalement opposée à ces erreurs ; cl d'abord il enseigne partout que, dans la contemplation même la plus sublime, l'homme doit s'appliquer avec attention et amour à Dieu Montée du Carmel, liv. II, ch. 12, dernier alinéa; ch. 15, premier alinéa). Je crois que celte règle est répétée plus de cinquante fois dans ses OEuvres. 11 dit de même que quand Dieu se communique à l'âme fidèle, celle-ci y consent avec amour (Nuit obscure, liv. II, ch. 11, second alinéa) ; que l'ouvrage de l'âme qui aime est de s'ap- $&« ptiquer continuellement à l'exercice de l'amour. Mais que trouve-t-on dans les derniers traités du saint (Cantique spirituel, cant. IX, vers la &■* fin), 1 la vive Flamme de l'amour et les Cantiques spirituels), sinon le tableau de l'amour le plus actif et le plus varié dans ses opéralions.

Ensuite, saint Jean de la Croix a tellement à cœur que l'âme élevée à l'union divine désire le salut que ces deux mêmes traités (la Vive

E Flamme de l'amour et les Cantiques) roulent uniquement sur le désir de

posséder Dieu. Dans cet état, dit-il ailleurs, l'espérance l'encourage de *>té telle sorte et la porte à la recherche de la vie éternelle avec tant de vi- [ vacité, que tout l'univers ne lui paraît qu'une bagatelle en comparaison de ce qu'elle espère, etc. (Nuit obscure, liv. Il, chap. 21, vers le mifeï lieu). ' g

Pour ce qui regarde la pureté de l'âme, tout ce qu'il enseigne de la mortification des sens tend à exclure toute espèce d'attachement aux objets sensuels. C'est là le fondement et la base de toutes ses instructions.

L'article qui concerne l'humanité sainte de Jésus-Christ est expliqué en termes si clairs et si forts qu'il n'est pas possible d'imputer à notre saint le moindre doute sur cet objet. Vous avez vu, madame, dans ma sixième lettre, un long passage où il déclare sa pensée, et je pourrais en citer beaucoup d'autres qui recommandent toujours la méditation z / £= ■; des mystères delà vie et de la mort de Jésus-Christ.

Enfin, quand il parle de l'union intime avec Dieu, il l'appelle, à la vérité, un étal; mais il ne dit en aucun endroit que ce soit un état fixe et permanent; il enseigne même absolument le contraire, puisqu'il borne la contemplation la plus sublime à des moments : Alors, dit- il, Noire-Seigneur donne à l'âme une simple, générale et amoureuse attention ;' à Dieu... Hors de ce temps-là, l'âme, dans tous ses exercices spirituels, dans tous ses actes et dans toutes ses œuvres doit se servir de la mémoire ■■ et de la méditation pour augmenter sa dévotion et l'utilité qu'elle en re- S 1 . çoit ; mais surtout elle considérera la vie, la passion et la mort de Notre—

Seigneur Jésus-Christ, afin que ses actions et toute sa vie soient con- ^^ formes à ce divin modèle (Montée du Carmel, liv. II, chap. 32, vers la fin).

En quel sens donc l'union divine est-elle un étal, selon la pensée de saint Jean de la Croix? C'est qu'au moyen des instructions répandues p! dans son ouvrage, l'homme, aidé de la grâce, s'unira souvent à Dieu par les actes de l'amour pur ; ce que ne fera pas, du moins si facilement et si souvent, celui qui ne sera que dans les premières voies de la vie spirituelle. Cette union divine sera un état, parce que l'homme qui s'y trouvera élevé conformera en tout sa volonté à celle de Dieu ;

tœœmmmmMmmmsœs

wwmwm

LETTHES DU P. IiliU'1 ilLI.U

or, la volonté de Dieu est assurément que l'homme, en cette \ie, fasse non-seulement des actes d'amour pur, mais aussi des actes de foi, d'espérance, de crainte surnaturelle et de toutes les vertus chrétiennes. Qu'on conçoive bien, en un mot, que l'état d'union divine dans les principes de notre saint n'est pas l'état d'amour pur, mais l'état de conformité à la volonté de Dieu (1); ce qui suflit pour le distinguer de tous les quiétisles rigides ou mitigés.

J'ajoute, sur l'amour désintéressé, que saint Jean de la Croix était trop savant dans la connaissance de l'âme pour croire qu'elle pût renoncer expressément au penchant qui la porte à rechercher son bien. Ce penchant est nécessaire dans l'âme, et il est aussi impossible qu'elle aime an objet qui ne se présente pas à elle comme bon qu'il lui est impossible de ne pas désirer son bonheur. Dans l'amour pur, on peut bien faire abstraction du motif de l'intérêt propre ; mais ce motif indélibéré, qui n'est autre chose que le penchant nécessaire vers le bien, se trouvera toujours dans cet acte, quelque pur qu'il soit. S'il y a donc eu des mystiques qui aient voulu exclure ce penchant si essentiel à l'âme, ils étaient aussi mauvais philosophes que théologiens dangereux et spirituels séduits par leur imagination. Saint Jean de la Croix eut des qualités toutes contraires. J'ai voulu, madame, entrer dans celle discussion, non pour vous instruire ou pour prévenir vos doutes, mais pour me rassurer moi-même sur une doctrine qui ne m'est pas aussi familière qu'à vous. Je suis, etc

Suite du même sujet.

En vous parlant, madame, de la doctrine spirituelle de saint Jean de la Croix, je ne vous ai rien écrit qui ne soit vrai; mais je ne vous ai pas dit tout ce qui est vrai, et pour suppléer à ma négligence, j'ai l'honneur de vous écrire cette onzième lettre, qui est peut-être la plus nécessaire de toutes celles que vous avez eu la complaisance de recevoir sur les Œuvres de saint Jean de la Croix.

L'erreur reprochée aux partisans de l'amour pur, consiste en ce qu'ils ont prétendu qne l'âme pouvait s'établir dans un tel état qu'elle agirait toujours par le seul motif de l'amour pur. 11 faut entendre que tous les actes qu'elle ferait à l'égard de Dieu, seraient dépouillés de tout sentiment d'intérêt propre; que celle âme, déterminée au moins par les perfections infinies de Dieu, ne désirerait rien, pas même de posséder celte beauté suprême et incréée; qu'elle ne serait touchée ni de la crainte ni de l'espérance; qu'elle pourrait même renoncer à l'avantage ou au plaisir intérieur qui accompagnent ces actes d'amour, ou qui en résultent. Il s'ensuivrait que l'exercice des vertus surnaturelles, autres que l'amour, serait comme étranger à cette âme, tandis que la vraie doctrine du salut est qu'en cette vie l'homme doit s'exercer dans la foi, dans l'espérance, dans la crainte de Dieu, dans la componction, dans l'humilité, en un mot dans toutes les vertus chrétiennes.

L'acte de l'amour pur est, à la vérité, quelque chose d'excellent, el il consiste à aimer Dieu pour lui-même, non en renonçant à la douceur que goûte l'âme qui s'unit ainsi à Dieu; ce renoncement est impossible, parce que la nature de l'âme est de tendre nécessairement à son

(l) On voit 3ssPî que le P. Berthier ne rejette ici que l'étal d\imour pur au sens des quiétisles, qui cxi lisaient de cet étal tous les actes distingués de la charité, Les principes que le 1'. Berluiet expose dans cet alinéa, aussi bien que dans la lettre suivante, montrent i lairement qu'il était bien éloigné de nier la | ussiuililé, et môme la réalité d'un étal d'amour pur dans lequel tous les actes distingués de la iluriiose (mil ordinairement pat le motif propre de la charité. On ne doit pas perdre de vue celle observation en lisant la lettre suivante.

•r-ri

bien. Dans l'amour pur, il suffi! à l'âme de ne pas s'appuyer sur son propre intérêt, de ne pas aimer Dieu à cause des récompenses qu'il promet soit en celle vie, soit dans la vie future. Cette sorte d'amour qu'on appelle intéressé, est louable; mais ce n'est pas l'amour pur: celui -ci est plus sublime, et consiste, encore une fois, à chercher Dieu, à s'attacher à Dieu en vue el à cause de ses perfections sublimes. Vous sentez, madame, qu'il y a de la différence entre aimer quelqu'un à cause de ses belles qualités, et l'aimer à c;iusc du bien qu'on en attend, ou à cause du plaisir qu'on goule à l'aimer. L'espérance du bien pourra se trouver dans le premier de ces amours, el le plaisir d'aimer s'y trouvera toujours; mais ni cette espérance, ni ce plaisir ne seront le motif de cet amour. On aimera uniquement à cause des belles qualités delà personne, et ce sera un amour pur, mais naturel et humain. A l'égard de Dieu, l'acte sera surnaturel el d'un grand mérite. Il est commandé par le premier préceple de la loi, on ne peut trop le répéter durant le cours de celte vie mortelle ; mais il ne peut former un état, c'est-à-dire, qu'il ne doit ni ne peut arriver que l'âme agisse toujours fl) par le motif de cet amour. Cela n'est accordé qu'aux habitants ou ciel, ou peut-être à certaines âmes privilégiées, telle que fut, par exemple!, la sainte Mère de Dieu; encore faudrait-il reconnaître que ces grandes âmes ont exercé les actes de la foi, de l'espérance et des autres vertus.

Pou»' en venir présentement à saint Jean de la Croix, quoiqu'il ne parle en aucun endroit de l'amour pur, il est cependant vrai que sa doctrine sur l'union divine tend à nous faire connaître qu'on n'entre dans cette union que par l'amour pur ou désintéressé. C'est une conséquence nécessaire des quatre nuits où il établit l'âme ; il entend également qu'on peut acquérir l'habitude de celle union, c'est-à-dire, une grande facilité pour s'élever à Dieu par la contemplation. Mais, madame, il y a deux choses bien remarquables dans ces principes : la première est qu'avec les dispositions les plus excellentes pour l'union divine l'âme sera encore obligée de recourir de temps en temps à la méditation et à l'oraison de discours : vous en avez les preuves dans ma dixième lettre; la seconde chose est que dans l'exercice même de la contemplation la plus subWjne, l'ame fera les actes de toutes les vertus chrétiennes; qu'en particulier, elle désirera très-ardemment de posséder Dieu : c'est ce que démontrent les deux traités, celui qui a pour litre lu Vive flamme de l'amour, et celui que le saint appelle les Cantiques. Lisez-les, je vous prie, pour voir combien l'âme, dans le plus haut degré d'union , s'intéresse à la jouissance de Dieu. Vous sentirez irèsbien, madame, que les partisans outrés de l'amour pur ne pourraient concilier leur doctrine avec les deux articles que je viens de vous indiquer.

Saint Jean de la Croix explique parfaitement sa pensée dès son premier cantique de la Vive flamme de l'amour (ICanlicjue, 1 vers), La transformation de l'âme par l'amour est, selon lui, une habitude ; mais les actes, qui sont comme la flamme de cet amour, ne se font que quand Vamey est portée par les mouvements particuliers du Saint-Esprit,

Ils ne sont donc pas permanents, ils ne forment pas un état. L'âme demeure disposée à l'amour, comme le bois pénétré de feu est disposé à la flamme : c'est la comparaison qu'emploie notre saint; mais comme le bois le plus embrasé ne jette pas toujours de flamme, ainsi l'âme la plus transformée par l'amour ne produit pas toujours les actes de l'amour pur. Je pourrais m'étendre beaucoup sur la discussion de ce

(1) Ce mot no se trouvait pas daus la première édition : c'était certainement une faute d'impression, aussi a-t-elle été corrigée dans l'édition de 1311, que nous suivons ici.

REMARQUES SIR LE tout DE SAUT JEAN DE LA CROIX.

point de doctrine spirituelle; mais c'en est assez pour vous, madame, qui entendez toutes ces choses comme à demi-mot, et qui pourriez en faire des leçons aux autres. Je suis, etc.

Page 1