‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 112 sur 448 · REMARQUES SUR LE TOUT · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LE TOUT

DE SAINT JEAN DE LA CROIX (l).

Les quatre premiers articles qui concernent ce tout, comprennent toute la science de la philosophie chrétienne. J'ai examiné ces vers l'un après l'autre, et j'ai trouvé dans l'oraison qu'il y avait là un progrès admirable d'idées. Il y a des sensuels qui veulent goûter tout, des curieux qui veulent savoir tout , des avares qui veulent posséder tout, des ambitieux qui veulent être tout : ces gens-là sont des aveugles. Pour goûter tout, il faut n'avoir de goût pour rien; pour savoir tout, il faut désirer de ne rien savoir; pour posséder tout, il faut souhaiter de ne rien posséder; pour être tout, il faut vouloir n'être rien.

II y a des gens peu sensuels, mais curieux de science, mais fort jaloux de posséder quelque chose ; enfin il y a des gens qui ne se soucient ni de plaisirs, ni de science, ni de richesses, mais qui veulent être quelque chose dans le monde; et ce dernier état est la manie de tous les hommes. Un manœuvre veut avoir de la considération dans son ordre et parmi ses égaux; et nul, hors les amis et les disciples de saint Jean de la Croix, ne dit dans le fond de son cœur : Je veux n'être rien.

Voici donc un grand travail : pour entrer dans le tout de Dieu, il faut renoncer à la sensualité, à la curiosité, à l'esprit de propriété, à la vanité; il faut embrasser la mortification, l'abnégation, la désappropriation, l'humiliation; c'est celte quadruple nuit où il est nécessaire de se plonger pour parvenir à la lumière du tout.

J'ai considéré le tout de Dieu, et j'ai connu qu'il était toute suavité, toute science, toute richesse, toule grandeur; en le goûtant on a le goût de tout,- en l'étudiant on acquiert la science de tout, en le possédant on possède tout.

J'ai examiné s'il y avait eu des hommes dans ce tout, et j'ai d'abord remarqué le grand Apôtre : il ne goûtait que Jésus-Christ, nesavait que Jésus-Christ, ne possédait que Jésus-Christ, ne vivait que de Jésus-Christ; tout cela est prouvé par ses divines Epîtres. Mais la grande merveille est que la sainte humanité de Jésus-Christ, qui avait tous lesdroits possibles à jouir du tout, s'est soumise à entrer dans le tout par la voie des souffrances, de l'abnégation, de la pauvreté, des opprobres. Cela me transporte d'admiration; et je vois qu'il n'est pas possible désormais de ne pas embrasser le tout, quelque chose qu'il puisse en coûter.

Trois caractères uniques dans les œuvres de saint Jean de la Croix:

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