‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 120 sur 448 · LIVRE I. CIIAP1TIIE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP1TIIE IV

Toute la ^agesse du monde comparée avec la sagesse de Dieu n'est qu'ignorance, parce que, comme saint Paul l'écrit aux Corinthiens : La sagessede ce monde est folie devant Dieu ( I Cor., III , 19 ). C'est pourquoi quiconque estime sa sagesse au point de croire qu'elle lui suffit pour entrer dans l'union divine, est insensé devant Dieu et très-éloigné de lui , puisque la folie n'a point de commerce avec la sagesse. Ainsi , tous ceux qui pensent être sages ne le sont pas devant Dieu; car en se disant sages , dit saint Paul , Us sont devenus fous ( Rom. I, 22). Ceux-là donc comprennent seuls la sagesse de Dieu, qui, ne s'attribuant nulle sagesse, non plus que des enfants et des ignorants, le servent et lui obéissent avec amour. C'est cette sagesse que l'Apôtre nous enseigne par ces paroles : Que nul ne se[trompe soi-même, dit-il, si quelqu'un d'entre vous se croit sage selon le monde, qu'il devienne fou pour être sage (I Cor., III, 18). L'âme doit donc aller à l'union de la sagesse divine plutôt par l'ignorance que par la science.

Toutela domination et toute la liberté des hommes, si on en fait comparaison avec le domaine et la liberté de Dieu, ne sont qu'une véritable sujétion et qu'une fâcheuse captivité d'esprit,; de sorte que celui qui court après les dignités, les honneurs, les prééminences et la liberté de ses passions déréglées, Dieu ne le traite pas comme un homme libre et comme un fils bien-aimé, mais comme une personne vile et comme un esclave de ses passions; parce que celui-là ne veut pas suivre la doctrine de Jésus-Christ, qui nous apprend que quiconque veut être le plus grand, doit devenir le plus petit. Ainsi, l'âme ne peut goûter la souveraine liberté d'esprit, de laquelle on jouit dans l'union divine, elà laquelle l'esclavage est entièrement opposé; liberté qui règne non pas dans un cœur tyrannisé par les passions, mais dans un coeur affranchi de leur empire. C'est pourquoi Sara pria Abraham de chasser de sa maison Agar et son fils, parce que l'enfant d'une femme esclave ne devait pas être héritier avec l'enfant d'une femme libre (Gen., XXI, 10).

Toutes les délices et toutes les douceurs des créatures ne sont que des peines et des amertumes très-grandes, lorsqu'on les compare avec les délices et les douceurs de Dieu. Celui-là donc ne mérite que des tourments, qui s'abandonne aux plaisirs du monde.

Toutes les richesses créées et toute leur gloire, si on en fait comparaison avec les richesses et la gloire de Dieu, ne sont que pauvreté et confusion ; de sorte que l'âme qui les aime et les désire tombe dans une extrême indigence et dans une dernière ignominie devant Dieu. C'est pourquoi jamais elle ne pourra se remplir des richesses et de la gloire, qui est la transformation d'elle-même en Dieu, parce qu'il y a une très-grande différence entre la pauvreté et la misère extrême, et les richesses et la félicité infinie.

Pour cette cause, la Sagesse divine se plaignant de ceux que leur attachement à la beaulé, à la gloire, aux autres biens de la terre, jette dans la laideur, dans la confusion et dans la pauvreté, s'écrie : C'est à vous, ô homme, que je parle! Vous, qui êtes petits, comprenez avec quelle prudence vous devez vous comporter ; vous, qui n'avez pas encore le sens parfait, prenez garde et écoutez. Je vais parler de choses très-grandes. Je possède les richesses, la gloire, la magnificence et la justice {Prov. VIII, h, 5, 18, 19, 20, 21). Mon fruit est meilleur que l'or et que les pierres précieuses, et ce que je produis vaut mieux que l'argent. Je marche dans le chemin de la justice et du jugement pour enrichir ceux qui m'aiment, et pour remplir leurs trésors.

La Sagesse adresse ces paroles à tous ceux qui donnent leur cœur aux créatures ; elle les appelle petits, car ils sont semblables aux objets qu'ils aiment, et qui sont très-petits d'eux-mêmes. Elle les avertit

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d'être prudents et de faire réflexion sur les biens, sur la gloire, sur la justice, sur les autres richesses, qui sont infiniment grandes. Elle veut leur parler de Dieu pour les désabuser de l'estime qu'ils font des choses créées. Elle ajoute que le fruit qu'ils tireront de ses conseils et de son secours, surtout à l'égard de lotir âme, est plus noble et plus précieux que l'or, que l'argent et que les pierreries. Ils doivent donc étouffer leur amour pour les créatures, et ne le conserver que pour s'unir au Créateur.

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