‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 121 sur 448 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

On continue à montrer, par des autorités et des figurés tirées de V Ecriture sainte, combien il est nécessaire que l'âme tende à Dieu par la nuit obscure ou mortification des passions.

Saint Augustin connaissait parfaitement la différence qui se trouve entre Dieu et les créatures, et combien les âmes qui les aiment s'éloignent de lui, lorsqu'il parlait à Dieu de la sorte : Misérable que je suis ! quand sera-ce que je rendrai conforme à votre droiture tout ce que j'ai (U- déréglé? Vous êtes bon, et je suis méchant ; vous êtes pieux, et je suis impie; vous êtes saint, et je suis pécheur ; vous êtes juste, et je suis inluste ; vous êtes la lumière, et je suis aveugle; vous êtes la vie, et je suis mort : vous êtes la médecine, et je suis malade; vous êtes la vérité su* prime, et je ne suis que vanité et que mensonge ySoliloq., c. 2). Voilà ce que ce saint docteur dit de lui-même, en considérant le penchant qu'il avait pour les créatures. C'est aussi ce qu'on peut dire de tous les hommes, parce qu'ils ont les mêmes passions.

De sorte que celui-là est fort ignorant, qui s'imagine qu'il peut aller au sublime état de l'union avec Dieu, avant qu'il ait détruit en son cœur l'amour des choses naturelles, et même le désir des choses surnaturelles, non pas en tant qu'elles contribuent à la gloire de Noire- Seigneur, mais en tant que, par une évidente corruption de l'amourpropre, il ne les voudrait posséder que pour ses intérêts particuliers, et que pour ce dessein il s'y attacherait dérèglement. La raison est parce que les biens de la nature sont infiniment différents des biens do la grâce, qui sont communiqués à l'âme dans sa parfaite transformation en Dieu. Et c'est pour ce sujet que Jésus-Christ dit : Que celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être son disciple (Luc, XIV, 33). Soit que celte possession soit réelle, soit que ce soit un simple allai hement de la volonté aux biens de la terre, on ne saurait raisonnablement douter de ceci. Le Fils de Dieu est venu apprendre aux hommes à mépriser les choses créées, afin qu'ils puissent recevoir l'esprit de Dieu. Ainsi, l'âme est incapable de le recevoir par sa transformation en Dieu, avant qu'elle se soit détachée des créatures.

Nous avons dans l'Exode une figure de celte vérité (Exod,, XVI, 3). Dieu ne donna la manne aux Israélites qu'après qu ils eurent consommé la farine qu'ils avaient apportée d'Egypte, pour nous faire cnlendre que nous ne pouvons goûter celte viande célesle qu'après avoir renoncé aux créatures. Ceux-là donc qui se repaissent de ces objets ne peuvent être animés de l'Esprit de Dieu; ils le provoquent même à la colère. C'est ce mélange de l'amour de Dieu et de l'amour des créatures que firent les Juifs, lorsque ennuyés de la manne, ils demandèrent de la chair, et, préférant une nourriture si grossière à ce pain angélique qui avait le goût de toutes les viandes qu'on pouvait souhaiter , ils irritèrent le Seigneur contre eux. La justice divine les punit dans la chaleur de leur gourmandise , et en fil mourir un grand nombre, comme le prophète-roi le rapporte eu ses psaumes {Psal. LXXVTI, 31 .

Wi

Page 1