LIVRE I. CHAP1TEE XII
à plusieurs que Dieu a retirésdu monde, etdont il a exterminé les péchés el prévenu les rechutes, aGn de s'unir avec plus de liberté à leur Créateur. Mais parce qu'ils ont entretenu un continuel commerce avec leurs imperfections, comme avec les ennemis de leurs âmes, et que par une extrême lâcheté ils ne les ont pas anéanties, la majesté divine, indignée de leur faiblesse criminelle, les abandonne au pouvoir de leurs passions , qui les entraînent comme des captifs dans des fautes dont l'énormité croît à proportion que leur nombre augmente.
La ruine de Jéricho représente encore cette vérité. Dieu commanda à Josué de ruiner cette ville de telle sorte qu'il n'y restât ni hommes , ni femmes, ni enfants, ni bétail, ni meubles, ni autres biens, de quelque nature qu'ils fussent , et que personne d'entre les Israélites n'enprit aucunes dépouilles, et n'en conçut pas même le désir Josue,^'l, 21 ). Ainsi l'âme qui aspire à l'union de Dieu doit nécessairement faire mourir tout ce qu'elle a de sensuel, el étouffer même le désir qu'elle en sent, jusqu'à ce qu'elle en ait de l'horreur, comme d'un ennemi que le Seigneur a commandé d'exterminer. L'Apôtre nous apprend aussi à rompre les liens qui nous tiennent attachés aux créatures, quand il écrit aux Corinthiens : Que le temps est court, et qu'à l'avenir ceux qui sont mariés doivent vivre comme fie l'étant pas ; ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas ; ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas; ceux qui achètent, comme ne possédant pas; ceux qui usent de ce monde, comme n'en usant pas ; car la fiqure de ce monde passe ( I Cor., VII, 29, 30, 31 ). Ces paroles marquent distinctement combien nous devons avoir le cœur éloigné des moindres attaches pour les choses créées, aGn de jouir d'une étroite union avec Notre-Seigneur.