‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 150 sur 448 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Les Irois vertus théologales doivent perfectionner les trois puissances de l'âme. De quelle manière ces trois vertus les privent de toutes choses et les réduisent dans l'obscurité. On explique deux passages de l'Ecriture, l'un de saint Luc, l'autre d'Isaïc.

Puisque je suis obligé de dire la manière d'introduire dans la nuit spirituelle les trois puissances de l'âme : l'entendement, la mémoire et la volonté, il est nécessaire de montrer comment les trois vertus théologales , par lesquelles l'ânie acquiert l'union divine , produisent la nudité et l'obscurité chacune dans chaque puissance; savoir : la foi dans l'entendement, l'espérance dans la mémoire et la charité dans la volonté. Nous dirons ensuite comment l'entendement se doit perfectionner dans les ténèbres de la foi, la mémoire dans le vide et le dépouillement de l'espérance, et la volonté dans la nudité de l'amour, afin que l'âme puisse aller à Dieu; c'est ce qui se fait de la sorte.

.La foi nous propose des choses que l'entendement ne peut concevoir par la force de sa raison et de sa lumière naturelle ; c'est pourquoi saint Paul la nomme le soutien des choses que nous espérons (Uebr., XI, 1). Et, quoique l'entendement y consente avec beaucoup de certitude et de fermeté , il ne les pénètre pas néanmoins , et ne les connaît pas clairement ; car, s'il en avait une connaissance claire et évidente, la foi ne serait plus foi, puisqu'elle donne des lumières qui sonl à la vérité trèscertaines, mais qui sont toujours accompagnées d'obscurité.

On ne doit pas non plus douter que l'espérance ne fasse dans la mémoire un semblable effet en la vidant de toutes les choses qui regardent la vie préseule et la vie fulure ; car nous n'espérons que ce que nous ne possédons pas, et si nous possédions quelque chose nous ne l'espérerions plus. De sorte, dit saint Paul, que ce n'est pas à ce que l'on voit présent que l'espérance se porte; car, qui espère ce qu'il voit (Rom., V III , 2k ? Cette vertu tient donc la mémoire dans l'obscurité en la privant de toutes choses.

La charilé dépouille aussi notre volonté de toutes les créatures en détachant noire amour de tout ce qui n'est pas Dieu ou de tout te que nous n'aimons pas uniquement pour Dieu, cl en nous Unissant à Dieu par les liens d'un amour très-pur et très-parfail. C'est ce que Noire-Seigneur Jésus-Christ nous enseigne lorsqu'il nous assure que quiconque ne renonce pas, au moins de volonté, à tout ce qu'il possède, il ne peut être son disciple (Luc, XIV, 33). On voit par la que la foi, l'espérance et la charité mettent l'âme dans l'obscurité et dans la nudité de toutes les choses créées.

Les trois pains qu'un ami alla demander sur l'heure de minuit à son ami, comme le Fils de Dieu le dit dans une parabole, expriment trèsbien ces trois verlusj et nous apprennent que l'âme doit tenir ses puis-

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sances dans les ténèbres pour acquérir ces vertus tandis qu'elle est dans la nuit spirituelle , et pour les posséder dans leur dernière perfection [Luc, XI, 5).

Nous en avons encore une figure dans le sixième chapitre d'isaïe. Ce prophète vil aux côtés du Seigneur deux séraphins qui avaient chacun six ailes ; ils cachaient leurs pieds de deux ailes pour nous représenter que la volonté doit éteindre, par la force de son amour pour Dieu, toute l'affection qu'elle pourrait avoir pour les créatures; ils couvraient de deux autres ailes leur visage pour nous faire comprendre que l'entendement doit demeurer devant Dieu dans les ténèbres; ils employaient enfin les deux autres à voler, pour nous signifier que l'espérance l'élève au-dessus de tout ce qu'on peut posséder hors de Dieu , et qu'elle vole vers les choses qu'on ne possède pas encore et qu'on attend avec confiance.

Nous devons donc disposer les trois puissances de notre âme à acquérir ces trois vertus en affermissant notre entendement dans la foi , en éloignant notre mémoire de la jouissance des créatures , et en allumant l'amour de Dieu dans notre volonté ; en les séparant ainsi de tout ce qui ne convient pas à chaque vertu, nous les mettrons dans une obscurité parfaite.

Voilà la nuit spirituelle que nous avons appelée active, parce que l'àmc fait ce qu'elle peut de sa part pour s'y introduire. Au reste , le moyen d'y entrer que nous venons d'expliquer est très-bon et très-sûr pour nous garantir des artifices du démon et pour nous délivrer de l'amour-propre et des vices. Cet amour trompe subtilement les personnes spirituelles et arrête leurs progrès en la vertu, parce qu'elles n'ont pas le secret de s'écarter des choses créées ni de se gouverner suivant ces trois vertus , de sorte qu'elles ne goûtent jamais les biens spirituels dans toute leur pureté, et qu'elles ne marchent pas à la perfection par un chemin aussi court et aussi droit qu'elles pourraient faire. Ce que nous disons ici regarde non pas les commençants pour qui nous écrirons plus au long , mais ceux qui sont déjà parvenus à l'état de contemplation.

- jj

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