LIVRE II. CHAPITRE VIII
leurs conlemplations et leurs communications avec Dieu , ils n'avanceront beaucoup en Celte perfection.
Notre véritable avancement en la vie spirituelle ne se trouve qu'en l'imitation de Jésus-Christ, qui est le chemin, la vérité et la vie, et personne ne vient à son Père que par lui , parce qu'il est la porte , et que celui qui entrera par lui sera sauvé (Joan., XIV, 6, et X, 9). C'est pourquoi je ne puis croire que celui-là soit poussé d'un bon esprit , qui veut aller a Dieu par des consolations et des moyens faciles et commodes, et qui ne veut pas marcher sur les pas de notre Sauveur.
Et parce que j'ai dit que le Fils de Dieu est le chemin, et que ce chemin n'est autre chose que mourir à la nature, en tout ce qui concerne les sens et l'esprit , je dirai ici comment cela se doit faire en suivant Notre-Seigneur, qui est notre exemplaire et notre lumière.
En premier lieu , il est certain que Jésus-Christ , pendant qu'il a vécu sur la terre , est mort spirituellement à sa partie sensitive, jusqu'à ce que sa mort naturelle l'en ait privé tout à fait sur la eroix. Aussi, comme il le dit dans saint Matthieu, il ne voulut pas avoir où reposer sa tête {Matth., LXXXIV, 20), tant il était mort à tout ce qui pouvait contenter les sens.
En second lieu , il est pareillement mort à sa partie spirituelle et supérieure , par une continuelle abnégation, dont il donna des marques, surtout avant sa mort naturelle , lorsqu'il fit connaître par des paroles fort touchantes son délaissement (Matth., XXVII, 46). Car son Père céleste l'avait privé de toutes consolations intérieures , et l'avait plongé dans une extrême amertume de cœur. Mais comme cet abandonnement fut le plus grand qu'il ait jamais éprouvé , aussi ce fut en ce temps-là qu'il acheva le plus grand ouvrage qu'on puisse jamais imaginer, à suvoir la rédemption de tous les hommes, et leur réconciliation avec Dieu , ce fut, dis-je, dans le temps où il était perdu et comme anéanti dans l'estime des Juifs, qui, le voyaut expirer sur une croix, le prenaient pour un misérable et s'en moquaient. Ainsi , sa mort et le mépris qu'on faisait de lui semblaient le réduire alors dans le néant.
Son Père, en retirant tout ce qui pouvait le consoler , parut aussi l'anéantir en quelque façon, afin qu'étant délaissé de la sorte, et abaissé jusqu'au néant, il payât à la rigueur les dettes du genre humain. Ce qui découvre aux personnes spirituelles le mystère de la porte et du chemin par où elles doivent passer pour arriver à l'union divine ; tellement que plus elles seront anéanties selon la partie animale et la partie raisonnable , plus elles seront unies étroitement à à Dieu, et posséderont enfin le plus sublime état où l'on puisse parvenir en cette vie. On trouve donc cette éminente perfection dans la mort volontaire et spirituelle des sens et de l'esprit, de l'intérieur et de l'extérieur, et non dans les goûts et les douceurs que la contemplation des choses divines peuvent verser dans l'âme.