‹ uvres tres-complètes de Sainte Thérèse (volume 2)Chapitre 154 sur 448 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Ni les créatures , ni les connaissances naturelles de l'esprit humain ne peuvent être un moyen prochain pour s'unir à Dieu.

Avant que je parle de la foi , qui est le moyen le plus propre pour s'unir à Dieu , il est nécessaire de montrer que ni les créatures , ni les connaissances naturelles de l'esprit ne peuvent élever l'homme à l'union divine, et qu'au contraire, s'il voulait s'en servir, ce serait un obstacle qui l'en éloignerait infiniment. C'est ce que nous ferons voir premièrement en général; secondement, nous descendrons dans le dé-

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tail des connaissances que l'entendement peut avoir; enfin, nous apporterons les inconvénients que l'âme en peut souffrir , et qui l'empêcheront de profiter en celte voie, lorsqu'elle s'appuyera sur la foi.

Selon la doctrine des philosophes , les moyens doivent avoir de la convenance , de la ressemblance , de la proportion avec la fin , de telle sorte qu'ils nous y conduisent efficacement et sûrement. Par exemple, si quelqu'un veut aller en quelque ville, il doit prendre un chemin qui soit un moyen propre pour l'y mener ; ou si l'on veut introduire la forme du feu dans du bois, il est nécessaire que la chaleur, qui est le moyen pour unir le feu avec le bois, soit proportionnée à cette union , afin que le bois étant pénétré du feu , ait une entière ressemblance avec lui : au contraire , si quelqu'un voulait employer de l'eau ou de la terre pour disposer le bois à recevoir la forme du feu, il lui serait impossible d'y réussir. De même il est nécessaire que celui qui veut unir son entendement à 'Dieu, autant qu'il est possible en celle vie , prenne un moyen propre pour faire celte union parfaite.

Il faut considérer en cet endroit, que nulle créature supérieure ou inférieure ne peut nous unir à Dieu, et n'a aucune ressemblance avec sa nature. Car encore qu'il soil vrai, comme les théologiens l'enseignent, que toutes les choses créées sont des participations de l'être divin , et qu'elles aient un rapport essentiel à leur Créateur, les unes plus, les autres moins , selon leur perfection plus grande ou plus petite , toutefois il n'y a point de ressemblance d'essence entre Dieu et elles ; au contraire, il y a une différence infinie ; de sorte que l'entendement ne peut parvenir par leur moyen jusques à Dieu. C'est pourquoi David parlant des créatures célestes : Seigneur, dit-il, il n'y en a point de semblable à vous entre les dieux [Psal. LXXXV, 8 , entendant parles dieux les anges et les âmes saintes. Mon Dieu, dit le même ailleurs, vos voies et vos œuvres sont pleines de sainteté. Mais quel Dieu est aussi grand que notre Dieu [Psal. LXXVI , 14-)? Comme s'il disait que le chemin qui nous mène à Dieu est un chemin de sainteté, à savoir la pureté de la foi. Car où peut-on voir un homme aussi grand que Dieu? C'est-à-dire qui des bienheureux, qui des anges, quoiqu'il soit d'une nature trèsélevée , sera jamais assez grand pour être un chemin proporlionné et suffisant pour nous conduire à vous? Ce saint roi , parlant encore des créatures célestes 'et des terrestres, dit : Que le Seigneur est haut, et qu'il regarde de près les choses basses , et de loin les choses hautes (Psal. CXXXY1I, 6). Pour nous apprendre que Dieu ayant un être infiniment sublime, reconnaît que les créatures terrestres, comparées à la hauteur de son essence, sont très-basses et très-viles, et que les créatures célestes, quoiqu'elles paraissent plus grandes, sont infiniment éloignées de sa nature. 11 s'ensuit de là que toules les choses créées ne peuvent être un moyen propre pour nous unir parfaitement à Dieu.

Toutes les représentations de l'imagination, et tontes les opérations de l'entendement ne peuvent être aussi un moyen prochain pour nous rendre participants de l'union divine ; car les connaissances naturelles, dépendant des sens et des fantômes matériels , ne peuvent rien contribuer à celte union, qui est spirituelle et divine. Pour ce qui regarde les connaissances surnaturelles, il est certain que l'entendement étant renfermé dans une masse de chair, n'a pas les dispositions propres pour recevoir la claire connaissance de Dieu. C'est pourquoi Dieu dit autrefois à Moïse : qu'aucun homme vivant ne peut le voir (Exod., XXXIII , 20). Saint Jean assure de même, que personne n'aj'amais vu Dieu (Joan., 1, 18). Saint Paul dit encore, que l'œil n'a point vu. ni l'oreille n'a point entendu , ni le cœur de l'homme n'a point connu 1 1 Cor. , H , 9) , c'est ce oui empêcha Moïse de regarder avec attention le buisson ardent ou

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