LIVRE II. C0AP1TUE XII
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maginer, que la divinité soit semblable à aucune figure d'or ou d'argent, 'ni de pierre travaillée par le dessein et par l'industrie des hommes [Act., XVII, 29).
De là vient qu'il y a des hommes spirituels qui se (rompent en cet endroit. Car après qu'ils se sont servi longtemps comme doivent faire ceux qui commencent, des représentations imaginaires et des méditations, pour s'approcher de Dieu le plus près qu'il leur était possible ; néanmoins, lorsque Dieu veut les attirer à la jouissance des biens spirituels et plus intérieurs, en les privant du goût de l'oraison où ils ont accoutumé de raisonner et d'occuper leur imagination, ils reculent, ils résistent aux attraits divins ; ils n'osent et ne peuvent même se résoudre à quitter ces manières de prier sensibles et palpables ; ils s'efforcent de les conserver; ils se persuadent enfin qu'ils doivent marcher toujours par ce chemin et garder toujours cette méthode.
Cependant ils se donnent beaucoup de peine, et ils en tirent peu de fruits; leur travail même, leur aridité et leur inquiétude s'augmente d'autant plus, qu'ils s'appliquent davantage à jouir de ces sortes de douceurs spirituelles, parce qu'on ne peut les trouver dans ce premier moyen d'aller à Dieu, ni dans cette première espèce de méditation. En effet, l'âme ne goûte plus une viande si sensible; mais elle en demande une plus délicate et plus spirituelle, qui consiste non pas dans les opérations de l'imagination, mais dans le repos que cette nourriture procure à l'àme, en la laissant dans sa paix et dans sa tranquillité. Car plus l'âme avance en la perfection intérieure, plus les opérations de ses puissances envers les objets particuliers cessent. Elle ne fait sur tous ces objets qu'un seul acte général et très-pur ; et ainsi ses facultés n'opèrent plus pour arriver au terme où elles allaient auparavant, parce que l'âme y est déjà parvenue elle-même. 11 en va comme d'un voyageur : quand il a fait tout son chemin il s'arrête ; car s'il marchait toujours, jamais il ne pourrait voir la Gn de son voyage; de même si on employait toujours les moyens qui nous conduisent à la fin, et si on s'arrêtait là sans passer plus outre, on ne pourrait jamais arriver à son ternie.
Si bien que c'est une chose déplorable de voir des personnes qui troublent le repos de leur âme, lorsqu'elle veut demeurer dans la paix intérieure où Dieu la nourrit de ses douceurs célestes; ils la contraignent de revenir aux choses extérieures; de retourner en arrière sur ecs pas, et de quitter le terme où elle repose , pour se servir tout de nouveau des moyens qui l'y menaient, et qui sont les considérations et la méditation , ce que l'âme ne peut faire sans une extrême résistance. Car comme celui qui est arrivé avec beaucoup de travail au lieu où il jouit d'un profond repos, s'afflige lorsqu'on le force à travailler tout de nouveau, de même l'âme qui est dans le centre de sa paix, sent beaucoup de répugnance à reprendre les premières opérations qui la fatiguaient auparavant. Mais parce que ces gens-là ne pénètrent pas dans le secret de cet état, qui leur paraît nouveau, n'en ayant pas encore l'expérience, ils s'imaginent qu'ils ne font rien dans l'oraison. De sorte qu'ils ne peuvent s'abandonner à cette paix et à cette tranquillité intérieure, et qu'ils s'efforcent de raisonner dans leurs méditations, et d'y faire des considérations suivant leurs premières idées.
Et voilà la source de leurs aridités et de leurs sécheresses. Ils Cnerchent avec empressement les goûts et la dévotion sensible, qu'ils ne trouveront plus en cette voie , et nous pouvons leur appliquer ce proverbe : Plus il gèle, plus il serre; car plus ils s'obstineront à discourir dans l'oraison mentale, plus ils s'en trouveront mal, puisqu'ils éloigneront davantage leur âme de son calme spirituel. Se comporter
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de la sorte, ce n'est autre chose que laisser le plus pour le moins, faire ce qu'on a déjà fait, et reculer en arrière.
Au reste, il faut recommander à ces personnes-là de se conserver dans le repos, en s'appliquant à Dieu avec attention et avec amour, et de négliger les opérations de l'imagination , puisque les puissances n'opèrent pas alors, et qu'elles sont tranquilles dans celte simple et douce, et amoureuse vue de Dieu. Que si elles font quelque opération , elles ne la font pas avec violence ni avec un discours prémédité, mais avec un amour plein de douceur; tellement quelles agissent plutôt par le mouvement de Dieu que par la capacité de l'âme. Ce que nous avons dit suffit maintenant pour montrer qu'il est nécessaire que ceux qui veulent profiler, se débarrassent des opérations de l'imagination et de la fantaisie, lorsque leur avancement spirituel le demande en l'état où ils se trouvent. Mais afin qu'on voie clairement quand cela se doit faire, nous en donnerons des marques dans le chapitre suivant.
PS