CHAPITRE TREIZIEME
On propose les signes que l'homme spirituel peut remarquer en lui-me'me, pour commencer à renoncer aux représentations imaginaires et nw discours dans la méditation.
Afin que la doctrine que nous expliquons ne paraisse ni confuse, ni obscure, il est nécessaire de montrer quel est le temps commode pour quitter les opérations de l'imagination et les raisonnements de l'entendement, de peur que l'homme spirituel ne les abandonne, ou plus tôt ou plus tard que l'esprit ne le demande. Comme il est expédient de les omettre en son temps, de peur qu'ils n'empêchent d'aller à Dieu, de même il ne faut pas les interrompre avant le temps, de peur qu'au lieu d'avancer, on ne recule en ce chemin; car, quoiqu'ils ne soient pas un moyen prochain de l'union divine, à ceux qui ont fait de grands progrès en celte >oie, ils sont néanmoins utiles comme des moyens éloignés à ceux qui commencent, afin qu'en se servant des sens, ils disposent l'âme et l'accoutument aux choses spirituelles , et qu'ils prennent occasion de là d'effacer toutes les images des choses temporelles , séculières et naturelles. Pour celte fin , nous apporterons des marques pour juger s'il est à propos de soustraire ou non les opérations de ces puissances.
Or il y a trois signes : le premier est quand on reconnaît qu'on ne peut plus ni méditer, ni se servir de l'imagination, non pas absolument dans ses opérations naturelles, mais à l'égard de Dieu dans la contemplation surnaturelle ; quand on ne trouve aucun goût , ni aucune nourriture de l'âme comme auparavant, mais plutôt on y souffre de l'aridité dans les choses où l'on avait coutume de nourir les sens , et d'où on tirait du suc et de la pâture spirituelle. Toutefois , pendant que l'homme spirituel pourra raisonner en méditant, et goûter quelques douceurs intérieures, il ne faut pas qu'il renonce à la méditation , sinon peut-être lorsque son âme s'est établie dans une tranquillité parfaite.
Le second est, lorsque l'homme spirituel ne sent nul désir d'appliquer 1'imaginalion aux choses particulières , intérieures ou extérieures. Je ne parle pas pourtant des égarements de celle faculté qui est si volage , qu'au temps même de la récollection la plus sévère , elle va de lous côtés ; mais je veux dire seulement , que l'âme ne prend plus aucun plaisir à employer l'imagination dans les autres choses.
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