I.IVRE II. CHAPITRE XVI
songe. Mais mon serviteur Moïse gui est très-fidèle en ma maison n'est pas semblubtc à eux , je lui parle bouche à bouche, et il me voit , non point par énigmes ni par figures , mais distinctement et avec clarté {Ntm., XII, G, 7, 8).
Il parait par là que dans cet éminent état d'union et d'amour, Dieu ne se communique pas à l'âme par des visions imaginaires , par des ressemblances et par des Ggures , mais qu'il lui parle bouche à bouche, c'est-à-dire dans sa pure essence qui est en quelque façon sa bouche pour entretenir le commerce de l'amour divin; et dans la pure essence de l'âme, lorsque la volonté donne son consentement pour aimer Dieu. C'est pourquoi l'âme se doit garantir de toutes ces représentations corporelles, quand elle veut jouir de l'union divine; puisque toutes ces opérations ne sauraient être on moyen propre pour y parvenir. En effet, si elle devait s'y arrêter, ce serait principalement à cause du frujt qu'elle en recevrait. Mais ces visions ne lui sont nullement nécessaires pour profiter; au contraire, il lui sera plus utile de les refuser. Car tout ce qu'elles peuvent faire, c'est de lui donner des connaissances et de l'amour, et des consolations intérieures. Néanmoins , elles ne contribuent rien à ces effets, parce que Dieu produit incontinent luimême ces choses dans l'âme qui les reçoit alors d'une manière passive, comme le verre reçoit les rayons du soleil, sans y pouvoir résister, lorsqu'il n'est pas couvert de taches. De même lorsque l'âme est délivrée des souillures de ces espèces matérielles, elle est pénétrée et remplie des lumières et de l'amour de Dieu , lesquelles se répandent dans elle sans aucun obstacle.
Ainsi l'âme doit toujours a'un côté se détacher de ces représentations imaginaires, et de l'autre tenir ses yeux attachés sur ce qu'elle ne voit pas et qui ne tombe pas sons les sens; à savoir sur la foi qui est le moyen prochain pour la conduire à l'union de Dieu.
Mais , dira-t-on , si Dieu forme surnaturellement dans l'âme ces figures imaginaires, afin qu'elle ne les accepte pas, qu'elle ne s'y appuie point , qu'elle n'en fasse nul état; pour quelle fin les lui impriiue-t-il? puisque d'ailleurs elles peuvent la jeter dans l'erreur, ou l'empêcher d'avancer en la vie spirituelle; puisque Dieu peut aussi lui communiquer spirituellement et par lui-même tout ce qu'il fait en elle par l'usage de ces images matérielles? Nous répondrons à ce doute dans le chapitre suivant, qui contient une doctrine de grande importance, et même, selon mon sens, très-nécessaire aux personnes spirituelles et à leurs directeurs.
Car quelques-uns croient que quand ces visions viennent de Dieu , l'âme y doit adhérer et s'y appuyer, ne considérant pas qu'elle y aura de rattachement et qu'elle y trouvera des obstacles préjudiciables à son avancement spirituel. Cependant ils s'imaginent qu'il est utile à l'âme d'admettre l'impression de ces espèces, pourvu qu'elle s'éloigne des créatures. Mais après tout , ils exposent de cette sorte les personnes qu'ils conduisent et eux-mêmes, à de grands dangers et à de fâcheuses peines, en s'engageant à faire le discernement des choses vraies d'avec les choses fausses. Dieu ne veut pas néanmoins que des âmes simples et sincères s'embarrassent dans ces difficultés, puisqu'elles ont la foi, qui est un moyen sûr pour faire du progrès en la vie intérieure.
C'est ce que nous enseigne saint Pierre, quand il dit qu'encore que la vision de la gloire de Jésus-Christ dans sa transfiguration fût certaine, toutefois nousavons la parole desprophètes plus établie, età laquelle vous faites bien de vous attacher, étant comme une lampe qui éclaire dans un lieu obscur (U Petr.,l, 19). Cette comparaison explique très-bien autre doctrine. En effet, dire que nous devons nous attacher à la foi
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WO LA MONTÉE DU MONT CARMEL
qui éclaire dans un lieu obscur, c'est dire qu'il faut fermer les yeux de lame à toutes les autres lumières, et demeurer dans l'obscurité, afin que la foi qui est elle-même obscure , soit la seule lumière en laquelle nous mettons notre appui. Passons maintenant à la résolution du doute qu'on a formé ci-dessus.