CHAPITRE DIX-SEPTIEME
Pour satisfaire à la difficulté proposée , on déclare la fin que Bien regards et la manière dont il se sert , pour verser dans l'âme par les sens ses biens spirituels.
On demande donc pourquoi Dieu présente ces visions imaginaires à l'âme , puisqu'elles l'empêchent de s'unir à lui et qu'elles peuvent meule la conduire dans l'erreur. Pour répondre à cette question , il faut supposer trois principes. Le premier est de saint Paul , qui dit que Dieu a établi avec ordre tout ce qui est dans le monde {Rom., XIII, 1). Le second est du Saint-Esprit. Dieu dispose toutes choses avec douceur Sap., VIII, 1), c'est-à-dire quoique la sagesse de Dieu passe d'une extrémité à une autre extrémité, néanmoins elle fait tout ce qu'elle l'ait dune manière douce et sans violence. Le troisième est de plusieurs théologiens, qui soutiennent que Dieu meut et fait agir les créatures selon leur nature et leurs qualités. Il s'ensuit de ces trois principes que Dieu doit mouvoir l'âme suivant sa nature et ses qualités, pour l'élever du terme de sa bassesse au terme de la sublimité de l'union divine. Or, comme l'ordre de la connaissance de l'âme et la manière d'acquérir cette connaissance consistent dans la dépendance des sens et dans les figures imaginaires des choses matérielles, il faut nécessairement que Dieu commence à l'éclairer par l'opération des sens qui est l'extrémité la plus basse, et qu'il la conduise à la connaissance purement spirituelle qui est l'extrémité la plus haute, afin qu'il la gouverne avec douceur et avec plaisir. C'est pour celte fin qu'il l'instruit d'abord par des espèces et des visions imaginaires soit naturelles ou surnaturelles , par le raisonnement et par les considérations. 11 lui communique ensuite des lumières spirituelles, et dégagées de toutes ces représentations corporelles et sensibles.
A la vérité , Dieu voudrait bien lui donner d'abord l'esprit tout pur comme il est en lui-même; mais comme ces deux extrémités, l'humain et le divin , le sens et l'esprit, ne peuvent dans le cours ordinaire des choses , s'unir ensemble par un seul acte d'entendement ou de volonté, il est nécessaire de produire auparavant plusieurs actes qui soient des dispositions propres pour faire cette union. De sorte que les premiers servent de fondement et de disposition aux seconds, les seconds aux troisièmes , et ainsi des autres , afin que ces deux extrémités se joignent d'une manière douce et agréable. Comme nous voyons que dans les agents naturels , les premières dispositions qu'on introduit dans un sujet servent aux secondes, et les secondes aux troisièmes , c'est de la même sorte que Dieu s'accommodant à la nature de l'homme, il le conduit par les choses les plus basses qui sont les extérieures aux choses les plus élevées qui sont les intérieures.
Voilà pourquoi il excite au commencement l'âme à faire un bon usage de ses sens extérieurs en les appliquant à de bons objets , tels que sont ceux-ci : entendre la messe et les prédications , regarder avec respect les choses saintes , mortifier le goût et l'appétit des viandes , l'odorat et l'inclination de sentir des odeurs délicieuses, l'attouchement en pratiquant des austérités qui l'affligent. Ensuite lorsque l'homme a préparé ses sens de celte sorte, Dieu lui donne ordinairement des grâces
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