CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Des dommut/rs qui les maîtres de la vie spirituelle peuvent causer aux âmes, qwtilâ ils ne les dirigent pas bien pendant qu'elles reçoivent ces visions i mat/ inaires; et comment ces représentations, quoiqu'elles viennent de Dieu, peuvent jeter ces âmes dans l'erreur.
J'ai remarqué, selon mon sens, assez peu de discernement en quelques-uns de ceux qui font profession d'instruire les âmes de la vie spirituelle, pour ne pas distinguer ce qu'ils doivent faire, lorsque Dieu communique des visions imaginaires. Car les regardant comme des effets de l'opération divine, ils croient marcher par des routes sûres; ils mènent par un même chemin les personnes qui se mettent sous leur direction; ils les engagent dans les égarements et dans la confusion ; parce que, comme Jésus-Christ le dit, lorsqu'un avew/le conduit un autre avewjle, ils tombent tous deux dans un précipice [Mat th., XV, 14. ). I! ne dit pas qu'ils tomberont, mais qu'ils tombent. Car il n'est pas nécessaire pour tomber, qu'ils voient leur erreur ; il ne faut que vouloir et qu'osef conduire quelqu'un par le chemin des visions surnaturelles, pour faire cette chute.
En effet, il y en a qui s'embarrassent, en permettant aux âmes l'usage de ces représentations corporelles, en estimant ces voies extraordinaires, en s'y fiant comme à des moyens que Dieu donne pour profiter dans la perfection : cependant ils n'établissent pas solidement ces âmes dans la foi, et ils les empêchent d'arriver à la pureté de l'esprit et à l'union de Dieu. Car, suivant (exemple de leurs directeurs , elles font état de ces choses ; elles s'y plaisent; elles les goûtent comme plus commodes aux sens ; elles n'entrent point dans l'obscurité et dans l'abîme de la foi, qui les conduirait à Dieu d'une manière purement spirituelle.
De là naissent plusieurs imperfections : une âme en devient moins humble, se persuadant qu'elle est de quelque considération devant Dieu; qu'elle a son approbation ; qu'elle possède un bien spirituel de grand prix : elle en reçoit de la joie, et elle est contente d'elle-même; ce qui blesse assurément l'humilité. D'ailleurs le démon augmente ces sentiments si finement, que l'âme ne s'en aperçoit pas. Il lui suggère aussi ou de l'estime pour ceux qui jouissent de semblables visions, ou du mépris de ceux qui en sont privés. Et tout cela est contraire à la sainte simplicité, qui exige de l'âme qu'elle se tienne dans une solitude intérieure, sans se mêler des autres. Or ceux qui ne sont pas avancés en la foi, ne se peuvent garantir de ces perles
Il est vrai que toutes les visions ne sont pas si sensibles que cellesci ; mais il y en a de plus subtiles et de plus odieuses à la Majesté divine, comme il arrive lorsque l'âme ne vit pas dans une entière nudité spirituelle. Néanmoins, devant en parler ailleurs, je me contente do
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